ROBERT LINDET [1816I
Jusqu'à sa mort, il conserva les doctrines philosophiques de sa vie et sut y conformer sa conduite.
Il fut, comme Robespierre, un adversaire de la théorie philosophique de l'athéisme ' : il vit avec chagrin Condorcet, au nom du Comité d'instruction publique, proposer à l'Assemblée législative, dans ses séances des 20 et 21 avril, de n'enseigner dans les écoles et dans les instituts que des principes de morale^ fondés sur nos sentiments naturels et sur la raison,
L*idée d'un dieu s'affaiblit ou s'effaça tellement de la mémoire des hommes les plus célèbres, dit-il, que lorsqu'on présenta le premier projet de Constitution rédigée par une commission de neuf membres, parmi lesquels on comptait Condorcet, Petion, Vergniaud, la philosophie ne permit pas d'honorer le frontispice de cet important ouvrage du nom, de l'assistance ou de l'invocation de l'Étemel. Si l'athéisme fit des progrès et de grands ravages, il fut introduit par la philosophie et soutenu par les orateurs. Le sage dut éviter jusqu'aux apparences du fanatisme : mais il réclama en vain contre l'intolérance politique et philosophique qui succéda à l'intolérance religieuse '. La Constitution de 1793 arrêtée en présence de l'Être suprême donnait satisfaction à ces principes philosophiques.
Il s'apposa donc, comme la plupart de ses collègues du Comité de salut public, aux tentatives de déchristianisation faites à Paris par Chaumette et par certains représentants en mission.
ensuite deux effets montant à 36,000 francs, dus par M. F d'Honfleur,
et deux autres s'élevant à 16,000 francs signés par M. F de Bemay. « Si
je fais mon voyage, dit-il, je ne prendrai que peu de chose, 2,000 ou 3,400 francs. » Au total, son avoir mobilier s'élevait à une cinquantaine de mille francs.
En réalité, sa position de fortune s'était un peu améliorée depuis sa sortie de la Convention, grftce aux bénéfices que lui avait procurés sa profession d'avocat.
Pour le cas où il eût dû obéir à un ordre d'exil, R. Lindet paraissait décidé à se rendre à Jersey ou à Guemesey, ou bien à Nivelle en Flandre avec M. Jouenne Deslongchamps, qui avait demeuré trois ans dans cette ville et y avait eu un entrepôt de tabacs.
Thomas Lindet, son frère, l'ancien évoque constitutionnel de l'Eure demeuré à Bernay, eut aussi à subir quelques tracasseries de la part du préfet de l'Eure ; mais comme il n'avait accepté aucun emploi, ni signé aucun registre pour adhérer à VActe additionnel^ il put résister avec succès et mourir en paix dans son petit domaine. Cf. Kuscinski, Les conventionnels en exily dans la Révolution française, 1891, fascicule du 14 février.
I. a Uathéisme est aristocratique : l'idée d'un grand être qui veille sur l'innocence opprimée et qui punit le crime triomphant, est toute populaire. » Discours de Robespierre aux Jacobins, 31 nov. 1793-P' frimaire an II.
3. Notice à la suite de la brochure : Robert Lindet au peuple français ou Tableau de la Convention nationale, p. 39. Voir aux Pièces justificatives, IV.
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Il s'associa aux décrets des 16 et 18 frimaire proclamant la liberté des cultes et signa avec Carnot, Billaud-Varenne et C. A. Prieur, le 16 décembre 1793, la lettre énergique par laquelle le Comité rappelait à Lanot et à Brival les principes qu'ils devaient répandre : a C'est d'éclairer et de ne jamais aigrir, de persuader et de ne jamais violenter. Que chacun croie ce qui lui plaît, pourvu que sa conduite ou ses erreurs ne troublent point l'ordre public ' . »
Ainsi la croyance en Dieu et en l'immortalité de l'âme qui animait le parti de la Montagne avait son complément obligatoire dans l'abnégation individuelle comme conséquence des rapports sociaux. Pour ces conventionnels, le dévouement absolu était la condition du pouvoir *. Robespierre avait formulé cette théorie à la séance du 10 mai 1794, en disant que les fonctions publiques étaient des devoirs d'autant plus pénibles qu'elles occupaient un rang plus élevé dans la hiérarchie, et que le magistrat digne de ce nom contractait, par son investiture, l'obligation volontaire de se sacrifier entièrement à la patrie. Dirigé par ces principes de dévouement et de fraternité envers l'humanité, R. Lindet sut s'abstenir de toute démonstration religieuse ou irreligieuse, gardant dans son for intérieur les principes philosophiques qui l'avaient éloigné depuis longtemps des pratiques de la religion romaine, consacrant entièrement son temps, avec une rigueur inflexible, aux travaux multiples dont il s'était chargé dans le but unique d'assurer la République et d'amener le triomphe des principes sociaux auquels il avait consacré sa vie.
II ne faisait d'ailleurs aucunement mystère de ses opinions.
Chacun de nous, écrivait-il, le 28 brumaire an VII (18 novembre 1808), éprouve les impressions et les secousses de deux grands pivots qui soutiennent et bouleversent le monde, qui changent toujours et que Von ne peut jamais fixer : la religion et le gouvernement. Il n*y a ni religion ni gouvernement qui résiste au temps : il les change et les modifie presque de siècle en siècle. La religion catholique et la monarchie ont subsisté plusieurs siècles en France. Avant cette époque, il y avait une autre religion et une autre forme de gouvememont, et ces institutions en remplaçaient de plus anciennes que le temps et les passions avaient détruites.
Il n*y a que la providence éternelle qui soit au-dessus de ces mutations et révolutions.
Au milieu de ces bouleversements, l'espèce humaine conserve des prin-
I. Recueil des actes du Comité de salut public^ Âulard, IX, 441 . 3. Bûchez et Roux, Hist.parl., préface XXVI, xiij.