I. Notes de M. Bodin. Bibliothèque Canel, Pont-Âudemer
a. R. Lindet semble partager l'opinion de Rousseau qui écrivait dans la Profession de foi du vicaire savoyard : « Je regarde toutes les religions particulières comme autant d'institutions salutaires. Je les crois toutes bonnes quand on y sert Dieu convenablement. 9 Comme tous les Constituants et les députés à la Législature, partisans de la constitution civile du clergé, il avait cru un instant qu'en remplaçant les prêtres réfractaires aux lois du pays, par des prêtres patriotes, et en assurant la liberté de conscience, il arriverait à désarmer l'hostilité du clergé sans toucher à la foi des catholiques. Les intrigues du clergé et des royalistes démentirent vite ces généreuses illusions.
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société, établir un gouvernement libre et populaire, et préparer des lois sous la protection desquelles vous pourrez librement professer votre religion, suivre votre culte, exercer vos professions... »
Ces principes élevés du déisme avaient guidé sa conduite privée dans une voie de rigoureuse et saine austérité. La tentation de gains faciles par les spéculations ou l'agiotage ne s'était point présentée à son esprit; son train de maison fort modeste ne le désignait point aux regards de la foule et suffisait cependant à ses goûts de simplicité bourgeoise, aurea mediocritas. Sa maison était, comme celle de Socrate, petite, mais ouverte à un petit nombre d'amis choisis : c'était un logement de la rue Mignon (n® 7), quartier de l'école de médecine.
C'est dans cette maison qu'il mourut, le 16 février iSaS, à 6 heures et demie du soir, des suites d'un refroidissement; il fut enterré au cimetière du Père Lachaise.
Sur le sentier dit de Saint-Louis qui se détache du chemin du Dragon près du monument du général Foy, et conduit au monument de Cambacérès le régicide, devenu archichancelier de l'empire, et de Le Brun, l'ancien consul, une colonne tronquée de marbre blanc, entourée d'une grille, s'élève au milieu des herbes qui poussent drues autour, et porte ces seuls mots : Robert Lin^ det \ et \ M. A. E \ Mesnil \ son épouse.
Lindet avait voulu que la simplicité de sa tombe ne démentît point sa vie de travail et d'obscur dévoûment à la République et à la démocratie '.
A ce nom de Lindet *, nous dit Félix Bouvier, on s'agenouille humblement.
1. La mémoire de R. Lindet resta un objet de vénération parmi le parti républicain de TEure. Dupont (de l'Eure), qui l'avait connu, juge ainsi Lindet, dans une lettre du 16 octobre 1847 adressée à M. Bodin. « La ville de Bernay, qui se glorifie de lui avoir donné le jour, conserve de lui le plus honorable souvenir, et pour mon compte, je me fais un devoir de rendre hommage à sa vertu. Jamais je n'ai vu un patriote plus dévoué à son pays, plus pur et plu^ désintéressé dans sa vie privée, plus digne enfin de l'attachement de tous ceux qui l'ont connu. »
Et cependant le département de l'Eure, et la ville de Bernay spécialement, n'ont pas encore élevé le moindre monument à la gloire de leur citoyen R. Lindet. A Evreux, Buzot a été honoré d'une inscription commémorative dans le nouvel hôtel de ville: est-ce que Bernay oubliera longtemps encore et R. Lindet, et Du Roy le martyr de prairial, et Th. Lindet, l'évéque constitutionnel, ses anciens députés à la Convention nationale?
2. Voici la copie de l'acte de décès : a L'an 182 5, le dix-septième jour du mois de février, dix heures et demie du matin, par devant nous Marie-Guillaume
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Cest lui qui, tandis que Carnot, Merlin de Douai, Le Bas, Saint-Just, Chasles, Lacoste, Baudot, Milhaud, Fabre (de FHérault), Dubois-Crancé, combattaient aux frontières ; c*est lui qui sauvait Paris de la famine, la France du déficit, lui qui faisait surgir de terre du pain et des millions comme d'autres en faisaient jaillir des armées; c'est lui qui, plus tard, avec Cambon, rétablit Tordre dans les finances et dans l'administration, puis vécut à l'écart des splendeurs impériales pour mourir républicain impénitent, sous la Restauration '.
Cette tombe, si simple à côté des monuments prétentieux et fastueux des grands dignitaires de l'empire, anciens collègues de Lindet à la Convention, n'est-elle pas la protestation symbolique du droit et du devoir méconnus, contre le succès momentané de Fégolsme personnel triomphant? La justice, au pied boiteux arrive pourtant à son heure et restitue à chacun, dans Tordre historique, la place qui lui est due : suum cuique.
La postérité impartiale rendra justice à cet homme d'État inflexiblement attaché au devoir tracé par la conscience, — à ce travailleur aussi probe qu'infatigable, — à cet administrateur de génie redoutant l'éclat du pouvoir, mais en acceptant toutefois — et fièrement — la responsabilité devant ses adversaires. Sa renommée parmi la foule fut moins éclatante que celle de Carnot ; les services qu'il rendit pour l'approvisionnement des armées et de la France entière furent-ils moins importants quoique moins connus ?
L'homme politique qui, dédaignant la popularité, sauva des vengeances terroristes l'Eure et le Calvados, évita à Evreux et à Caen le sort de Lyon et de Bordeaux, réorganisa le commerce national et revivifia l'industrie et l'agriculture, assuma la tâche surhumaine d'assurer le service des charrois et des fourni-
de Bure, adjoint à M. le maire du XI* arrondissement de Paris, faisant les fonctions d'officier public de l'État civil, sont comparus MM. Casimir Thomas Devilleneuve Depierre, propriétaire, ftgé de 46 ans, demeurant à Paris, rue Saint-Honoré, n** 288, neveu du défunt, Jean Maurice Faivre, médecin, ftgé de 39 ans, demeurant à Paris, rue Mignon, n* 7, ami du défunt, lesquels nous ont déclaré que le seize de ce mois, à 6 heures et demie de relevée, M. Jean-Baptiste-Robert Lindet, avocat, ftgé de soixante dix-neuf ans, natif de Bernay, département de TEure, demeurant à Paris, susdite rue Mignon n* 7, quartier de Técole de médecine, est décédé en la dite demeure, marié à Madame Marie-Agathe-Elisabeth Mesnil, sa veuve. Et ont les déclarants signé avec nous le présent acte de décès après qu'il leur en a été fait lecture, le décès ayant été dûment constaté. Signé au registre : Depierre, J.-M. Faivre, et de Bure. »
I. Nos grands mortSt dans la Révolution Française, i885, 3* semest. 14$.
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tures des denrées, et des vêtements pour les armées, — les subsistances de la France déchirée par la guerre civile et privée des bras de ses ouvriers de Tagriculture et de Tindustrie, — cet homme-là ne mérite^t-il pas une place à part dans l'histoire de la Révolution, quand on réfléchit que, diffamé, injurié par ses adversaires, il sut pratiquer l'oubli et ne réclama jamais la mort d'un adversaire politique même au plus fort de la Terreur?