LE PROCÈS DU ROI
prétendu qu'il y avait ici des partisans de la royauté, s'écria-t-il. Hé bien ! avant d'aller plus loin et d'entrer dans l'examen du fond du procès du Roi, je demande qu'il soit décrété que quiconque proposerait ou tenterait de rétablir la royauté soit puni
de mort Puis s'arrétant un instant, il ajoute : sous quelque
dénomination que ce soit... » L'allusion faite au prétendu triumvirat était claire. Robespierre se sent visé et veut répliquer, mais l'Assemblée, houleuse, l'en empêche : le décret est voté. Un tel décret, aussi peu défini dans ses termes, devait être une arme sanguinaire aux mains de l'accusateur public près le tribunal révolutionnaire.
Voilà comment Lindet juge le rôle des Girondins : a La discussion sur la conspiration de Louis se prolongeait de manière à faire craindre que la discussion même ne devint aussi funeste par sa longueur que l'aurait été la conspiration, si elle avait eu tout son effet. Brissot et Vergniaud firent entendre les paroles les plus outrageantes contre ceux de leurs collègues qui défendaient la liberté et la république. Gensonné dénonça les républicains comme des assassins. Il provoqua contre eux la fureur des mécontents et les armes des tyrans. »
Le lendemain de Noël, De Sèze prononça la défense du roi . Après les paroles de son défenseur, le roi ajouta qu'il n'avait jamais eu V intention de faire verser le sang du peuple. Lindet fit part de l'état du procès aux officiers municipaux de Bernay, en leur faisant connaître les difficultés nées en Belgique, entre le peuple de Mons et l'aristocratie du pays, à propos de l'application du décret du 1 5 décembre que Dumouriez ne voulait pas faire exécuter .
La Convention, dit-il ', a décrété que la discussion sera continuée toute autre affaire cessante, jusqu'à ce que Louis soit jugé. La première question qui va être traitée est celle-ci : Louis sera-t-il puni de mort ? La deuxième : le décret sera-t-il soumis ou présenté à la ratification des assemblées primaires?— Cette question n'occuperait pas longtemps l'assemblée, s'il était facile de conserver un pareil prisonnier, après un décret de mort. On sent bien que les assemblées primaires seront travaillées. Paris sera dans une agitation continuelle, et la France sera déchirée de troubles et de divisions, tant que les partisans de la royauté auront quelque espoir de sauver ou d'enlever Louis, ou de diviser l'opinion publique sur son sort.
Les puissances de l'Europe feront de plus grands efforts et emploieront l'or et le fer. Louis aura des complices, tant qu'il vivra ; et la conspiration aura moins de force et d'activité, elle se dissipera lorsque le chef n'existera plus.
I. Lettre du 37 décembre 1792. Archives de la mairie de Bernay.
5o ROBERT L1NDET [^793]
Les Girondins demandèrent Pappel au peuple dans le but de sauver Louis XVI ; mais une telle proposition n'était-elle pas suspecte dans leur bouche, eux qui avaient été les premiers à solliciter la déchéance, à se glorifier du lo août et à envoyer Louis XVI au Temple? Salle, Buzot, Rabaut Saint-Étiedne apportèrent tour à tour Tappui de leur éloquence à cette thèse nouvelle sur leurs lèvres. Ils ne réussirent qu'à exciter contre eux les soupçons populaires et à attiser la haine de Marat. La Convention présentait le spectacle d'une arène de combattants où chaque parti, Tœil en feu, la menace aux lèvres, menaçait Tautre, avant d'en venir aux armes.
Enfin, le i5 janvier, eut lieu l'appel nominal : 683 voix déclarèrent Louis coupable de conspiration contre la liberté de la nation et la sûreté générale de l'État. L'appel au peuple fut rejeté par 423 voix, 281 voix l'approuvèrent.
Le lendemain, 16 janvier, à 10 heures du matin, commença le défilé des conventionnels venant apporter leur vote à la tribune sur l'application de la peine. Paris tranquille ne paraissait pas se douter de la grandeur de l'acte tragique qui s'accomplissait au sein de la Convention. Louis Blanc, dans une page inspirée, a saisi toute la grandeur de Fénergie dont firent preuve ces hommes qui, au péril de leur vie, sans souci du lendemain et de leur renommée, venaient publiquement prononcer d'une voix haute et ferme ces mots : Je vote pour la mort! Ils frappaient la royauté, le roi, tout ce qui, depuis des siècles, personnifiait la force et la puissance, ce que le patriotisme avait défendu sur le champ de bataille, célébré dans les arts et la littérature, tout ce que la religion, la légende, le fanatisme, avaient adulé et servi : ils rompaient avec le passé pour défier l'avenir. « N'était-ce donc rien que de frapper cela, en plein jour, d'un seul coup, en inscrivant son nom dans un registre où le bourreau le retrouverait plus tard ! Et ils savaient bien ce qui les attendait, lorsqu'ils seraient retombés dans la foule obscure ! Ils savaient bien quelles vengeances les poursuivraient jusqu'au tombeau, dans le tombeau et au-delà du tombeau! » Pas un ne faiblit devant l'arrêt que prononçait sa conscience.
A rappel de son nom Robert Lindet répondit : « Je ne puis voir des républicains dans ceux qui hésitent à frapper un tyran. Je vote pour la mort. »
Son frère Thomas : a J'éprouve un sentiment pénible naturel à l'homme sensible qui est obligé de condamner son semblable, mais je crois qu'il serait imprudent de vouloir exciter la com-
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passion en faveur de Louis. L'expérience n'a-t-elle pas prouvé que rimpunité ne fait qu'enhardir les tyrans? Je vote pour la mort. »
Du même département de l'Eure, Bouillerot, Du Roy, Buzot, votèrent pour la mort. Richou, Lemaréchal, Vallée, Savary et Dubusc opinèrent pour la détention pendant la guerre et le bannissement lors de la paix. Topsent se faisait passer pour malade.
La mort fut votée sans condition, par 387 voix sur 72 1 votants.
Vergniaud, qui, lui aussi, avait voté la mort, proclama en sa qualité de président de la Convention, le résultat de ce scrutin mémorable.
Pounant une question dernière avait été soulevée : vingt-six députés en votant la mort avaient demandé qu'il fût sursis à l'exécution. Buzot se rattacha vivement à cette idée du sursis et la défendit avec son talent ordinaire. Il eut la surprise de se voir combattu par Barbaroux, tant l'esprit de suite et de discipline manquait à ce parti Girondin! 383 conventionnels contre 3 10 voulurent l'exécution immédiate. Tous les députés de l'Eure votèrent pour le sursis, sauf Topsent malade, et Robert Lindet, Thomas Lindet, Bouillerot et Du Roy.
Le 21 janvier, Louis XVI mourait noblement en roi de France et payait de sa vie, non pas seulement ses trahisons per-* sonnelles, mais les crimes de la monarchie dont il avait hérité.