SON ADRESSE A LA VENDÉE
Chollet. C'était comme une traînée de poudre : Machecoul, ChallanSy Pornic, tombaient successivement au pouvoir des révoltés. On entrait dans la guerre civile, inspirée par le fanatisme et le royalisme qui allaient déchirer le sein de la patrie, pendant qu'elle était assaillie sur ses frontières par les troupes coalisées de la Prusse, de TAutriche, de la Hollande et de l'Angleterre 1 Quels moyens seraient assez puissants pour conjurer un tel fléau?
R. Lindet, comme beaucoup de ses collègues, attribuait le soulèvement des campagnes vendéennes au fanatisme des paysans et à leur manque d'instruction. Il pensa qu'en les éclairant sur les bienfaits que la Révolution leur avait déjà conquis, il ramènerait les égarés de bonne foi. Il publia alors son Adresse à ses concitoyens du département de la Vendée '.
Les ennemis de la République, dit-il, ne fondent leurs espérances que sur nos discussions et les troubles de Tintérieur : ils savent qu*un grand peuple ne peut être vaincu ni subjugué par la force des armes, que les ligues et les coalitions des tyrans étrangers ne peuvent balancer ses destinées ni influencer son gouvernement.
C'est en vous armant les uns contre les autres quMls espèrent vous vaincre et vous asservir. La royauté et la religion ont été leur cri de guerre ou de ralliement, et la guerre civile a éclaté... Est-ce pour des rois, citoyens, que vous voulez combattre ? Voulez-vous rétablir le despotisme et relever le trône de la tyrannie? Avez-vous oublié les crimes des rois...
[Lindet passe ensuite en revue les fautes de Louis XIII, Torgueil de Louis XIV, les débauches de Louis XV, la conduite si pleine de trahisons de Louis XVI et de Marie-Antoinette, leur résistance au vœu du peuple.] La France n'a-t-elle pas fait, pendant quatorze siècles, une assez longue et fatale épreuve du gouvernement monarchique ?
Est-ce pour la religion, citoyens, que vous avez porté les armes contre votre patrie ? La religion a-t-elle jamais dû être un sujet de guerre entre les hommes? Les premiers chrétiens, que vous regardez comme vos modèles... savaient que tous les hommes naissent égaux en droits; ils savaient conserver leur liberté, combattre les tyrans, résister à l'oppression.
On vous a dit que la religion était proscrite, que vos représentants avaient dessein d'abolir votre culte. Ah, citoyens! les législateurs qui ont décrété la liberté des opinions n'aspirent pas à devenir les tyrans de la pensée!... ils ont été envoyés pour... préparer des lois sous la protection desquelles vous pourrez librement professer votre religion, suivre votre culte, exercer vos professions... etc.
La religion est, comme la pensée, une propriété individuelle, libre et indépendante... Tout législateur qui porte des lois sur la religion est un
I. Adresse du citoyen R. Lindet, député du département de TEure à la Convention nationale, à ses concitoyens du département de la Vendée, in-8*, i5 pp. de l'imprimerie du Républicain chez R. Vatar et ass., rue de l'Université, n* i39 ou 926.
6i. ROBERT LINDET- ll793]
tyran. ^ Est'-ce pour maintenir votre religion que vou$ appelez sur votre patrie les calamités de la guerre, que vous voudriez les secours de' l'Angleterre, de la Hollande et de la Prusse qui ont accueilli indifféremment tous les cultes, excepté la religion catholique ? Qu'attendez-vous de ces nations que vous qualifiez d^hérétiques. et qui vous traitent de fanatiques?
Citoyens, connaissez vos ennemis : ces prêtres imposteurs, ces courti-. sans, ces sujets qualifiés de Tancie^ine monarchie, ne vous parlent de royauté et de division que pour vous diviser et vous opprimer.
Prenez-vous aussi les armes pour rétablir la dîme, la féodalité, des privilèges, une noblesse héréditaire, une magistrature vénale, une cour corruptrice, un gouvernement despotique, une administration sans principes et sans foi ? quel avantage en espérez-vous ? »
[Puis Lindet annonce les mouvements de troupes qui vont se diriger sur la Vendée. Il adjure les rebelles de rentrer dans le devoir.] c Que ceux qui ont été égarés ou séduits se séparent de leurs chefs, rentrent dans leurs foyers, l'armée les protégera. Éclairer les citoyens, affermir la paix et la tranquillité publique, dissiper les erreurs politiques et religieuses, rappeler Tamour de la patrie, tel est l'image que la république veut faire de la puissance qu'elle va déployer. »
Il termine en affirmant que « les représentants du peuple, poursuivis par la calomnie, assaillis par les orages des passions, rempliront leurs destinées... a Les traîtres et les conspirateurs ont calomnié Paris, et les sociétés populaires. Ces sociétés ont été le berceau de la liberté. Le courage des Français a fondé la République : leur persévérance la maintiendra. »
Tels sont, analysés, les principaux principes exposés dans cette brochure '. Mais l'appel au bon sens et au raisonnement ne pouvait être entendu. Le fanatisme religieux est le plus terrible de tous, parce qu*il est le plus sourd : la force seule devait venir à bout de cette révolte fomentée par les prêtres, subventionnée par l'or anglais, et exploitée par les frères du roi prudemment réfugiés à l'abri du danger.
Sur la Meuse, nos armées avaient subi un nouvel échec à Neerwinden. Quelques jours après, la défection de Dumouriez venait encore compliquer les embarras d'une situation militaire compromise, et que les divisions des partis pouvaient rendre irrémédiable.
L'énergie de la Convention, par la création du Comité de salut public, allait encore une fois sauver la France de l'invasion et donner une nouvelle impulsion aux idées révolutionnaires.
I. Le numéro du Journal des hommes libres du i5 juillet annonce la mise en vente de cette brochure. Bibl. Nat., L' 733.