‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 38 sur 201 · AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC · texte numérisé non relu

AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC

comme inféodé aux idées de Robespierre. Il vota tantôt avec les Girondins et tantôt avec la Montagne, mais il ne s'attacha à aucune faction, et au sein du grand Comité du salut public, en décembre 1793 et dans Tannée 1794, nous le verrons s'allier avec Carnot et Prieur pour faire échec à Robespierre, et refuser sa signature au décret qui mettait Danton en accusation. Lindet, très personnel de caractère, très réservé dans ses relations, prisait à un très haut prix son indépendance et ne se laissait point enrégimenter dans telle ou telle coterie, dans l'entourage de telle ou telle haute personnalité '. Il n'était pas plus l'ami de Buzot que celui de Robespierre.

Il entra au Comité du salut public, par devoir et avec la conviction de pouvoir rendre d'utiles services ; et sa part, en effet, fut grande dans l'œuvre accomplie par ce nouveau pouvoir. Le 7 avril, le Comité se réunit et s'organise. Il tiendra deux séances par jour, l'une à 9 heures du matin, l'autre à 7 heures du soir : ses délibérations seront secrètes et il sera nommé un commissaire pour entendre les citoyens qui auront quelque chose à proposer. Les bureaux sont immédiatement créés et leur personnel choisi, et, dès le lendemain, 10 avril, les membres se répartissent entre eux les divers travaux, suivant leurs aptitudes particulières, et de la manière suivante :

Les citoyens Cambon, Guyton et Lindet se chargent de la correspondance, de l'intérieur, des subsistances et des finances, de la distribution du travail dans les autres départements ou sections du Comité, et de la surveillance des bureaux ;

Les citoyens Delmas et Delacroix s'occuperont du département de la guerre ;

I. Mallet du Pan, dans ses Mémoires et correspondances, publiés par Sayouz, en i85i, dit que Lindet entra au Comité protégé et placé par Bwçot qu^il trahit... Il est bien inutile de faire remarquer qu'à ce moment Lindet, par ses votes dans le procès du roi, et lors de rétablissement du tribunal révolutionnaire, s'était complètement éloigné de Buzot avec lequel, du reste, il n'avait jamais été lié. M. Aulard a nettement mis en lumière la nuance politique à laquelle appartenait la majorité des membres du Comité. « Ils se rattachaient tous au parti de la Montagne, mais à la Montagne non doctrinaire. C'étaient des amis de Danton. Aucun d'eux n'est soumis à l'influence de Robespierre : tous deviendront ses ennemis. Ce sont aussi, pour la plupart, des adversaires déclarés des Girondins ; mais beaucoup d'indices portent à croire qu'au fond du cœur ils sont partisans d'une entente avec les sages, les patriotes de la Gironde, avec Vergniaud, avec Condorcet. — Le premier Comité de salut public est, en réalité, un ministère Danton. » Âulard, Le Comité de salut public dans La Révolution française^ année 1890, I, 25.

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Les citoyens Barère et Danton des affaires étrangères, du choix et de l'envoi des agents révolutionnaires aux armées et dans l'intérieur;

Les citoyens Treilhard et Bréard de la marine, •

Ainsi mise en marche, cette machine puissante va donner son impulsion titanique aux armées, au recrutement, à Tarmement, aux finances, aux subsistances. Tous les éléments de la défense vont sortir du cerveau de cette poignée d'hommes résolus à sauver la patrie, et, — jusqu'au lo juillet 1 793, époque du renouvellement du Comité, — toutes les mesures de défense, d'administration, toutes les instructions aux généraux, aux commissaires pour les armées, vont être discutées, élaborées au sein du Comité et soumises ensuite au vote de la Convention. Faire l'histoire du Comité de salut public pendant cette période ce serait écrire l'histoire de la France et de sa lutte gigantesque contre l'ennemi qui envahit les frontières, contre les conspirations de l'intérieur qui mettent à feu et à sang nos départements de l'ouest '.

Nous devons nous restreindre à ce qui touche spécialement Lindet dans l'œuvre collective. A partir du 7 avril jusqu'au 4 juin, presque toutes les minutes des procès-verbaux sont de la main de Lindet, quelques-unes seulement de la main de Barère. La facilité de rédaction dont Lindet était si heureusement doué lui valait cette charge spéciale, ce qui ne l'empêchait pas d'écrire de sa main de nombreuses lettres aux représentants en mission, pour leur recommander Texécution des instructions décrétées par la Convention.

C'était surtout la présence aux armées des Commissaires envoyés par la Convention, qui devait agir efficacement sur le moral, l'activité et le patriotisme des troupes campées devant l'ennemi. Ce puissant moyen d'action et de propagande révolutionnaire, pour produire tous ses effets, devait être régi par une règle commune, obéir à des instructions générales, afin d'assurer l'unité de direction et la suite dans les entreprises commencées. Le salut de la patrie était subordonné en quelque sorte à l'action intelligente de ces Commissaires et aux inspirations, aux instruc-

I. « Dans la situation où était la France, tout ce qui n'était pas pour elle était contre elle. Ceux qui ne voulaient ni s'armer ni se dépouiller n'étaient pas Français, et notre affirmation est rigoureusement vraie. Quiconque exami^ nera cette grande question avec la bonne foi la plus ordinaire, verra que le partage devait 6tre ainsi : levée en masse pour les bons citoyens, réquisition pour les indifférents, prison pour les suspects, échafaud pour les traîtres, extermination pour les Fédéralistes et les Vendéens* » Histé pari. y 29,4.

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