PLAN DE TRAVAIL POUR LES REPRÉSENTANTS EN MISSION
lions qu'ils puiseraient près du Comité de salut public. Le Comité sentit toute Timportance que prenait Télaboration et la rédaction du plan de travail qu'il voulait imposer aux députés commissaires et il chargea de cette besogne Robert Lindet.
Le 7 mai, le Plan de travail, de surveillance et de correspond dance proposé par le Comité de salut public aux représentants du peuple, députés près les armées de la République, que Lindet venait de rédiger, fut présenté à la Convention par Cambon '. Buzot laissa éclater dans la circonstance toute sa mauvaise humeur contre l'instruction rédigée par son collègue de l'Eure : « Comme je ne veux donner à personne, dit-il, le droit de voter et de piller mon pays, je demande la question préalable.» Barbaroux appuya Buzot, mais Couthon, faisant appel aux douloureuses circonstances qui venaient de se produire en Vendée, n'eut pas de peine à démontrer, qu'aux représentants en mission seuls appartenait le droit de choisir les membres du Comité de correspondance dont ils devaient s'entourer, et qu'ils ne pouvaient en laisser la nomination aux administrations constituées, dont le patriotisme n'était pas toujours à la hauteur des événements. La Convention vota ensuite le projet qui venait de lui être soumis.
Cette pièce est à lire en entier. Nous n'en donnerons que le début parce qu'il résume le but et le programme de l'instruction, et trace les grandes lignes de la mission imposée aux représentants.
La Convention nationale a député, auprès des armées, des représentants du peuple investis de pouvoirs illimités, pour établir entre les frontières et rintérieur la correspondance la plus active, imprimer à toutes les sections de la République, à toutes les armes, à la marine, un mouvement rapide et uniforme par son but et son objet, animer toutes les parties de l'administration du môme esprit, accélérer le développement des forces et de la puissance nationales, inspirer le courage des défenseurs de la patrie, faire observer la discipline non moins utile aux soldats que redoutable aux ennemis, se faire rendre compte des subsistances, des munitions, de Tappro-
I. Moniteur ^ XVI, 33 1. — Dans ses Variétés révolutionnaires, Paris, Alcan, i885, p. i55, M. Marcelin Pellet étudie ces Instructions du Comité de salut public aux représentants en mission, et en fait ressortir tout le mérite. « Elles portaient, dit-il, la signature de Cambon, Robert Lindet et Danton. Heureux temps que celui où la France comptait, et par milliers, de tels serviteurs ! »
Pour être tout à fait juste, il aurait dû ajouter que R« Lindet était Tauteur de cette instruction. Dans son discours de Germinal, Lindet en revendiqua la paternité exclusive comme un titre d'honneur (p. 10}. Elle ne lui fut pas contestée.
visionnement des ports, des places, des armées^ des moyens d'attaque et de défense, vérifier les comptes et les états, surveiller tous les fonctionnaires et les agents de la République^ visiter les camps, les armées, les places et surtout les hôpitaux, donner l'exemple du courage, de la patience dans les travaux, dans les dangers, du dévoûment à la patrie, faire concourir Tautorité des corps administratifs, le génie de l'industrie, du commerce, l'activité de tous les Français, à multiplier les moyens et les ressources de l'État, pourvoir provisoirement à tout ce que les circonstances et la célérité du service exigeront ; étendre et propager rapidement l'influence et l'autorité de la représentation nationale. C'est par une correspondance active avec la Convention nationale, par l'uniformité de principes et de conduite dans les pouvoirs qui leur sont délégués, que les représentants du peuple affirmeront l'unité et l'indivisibilité de la République, en rendront sensibles la nécessité et les avantages. L'exactitude dans tous les services, la môme surveillance, la môme activité dans la correspondance, démontreront à l'Europe que tous les Français n'ont qu'une patrie, une puissance individuelle, un point de ralliement, un centre d'action, de gouvernement et d'administration.
Puis il envisage les fonctions des représentants, relativement : lo aux armées qui sont sur les frontières, aux villes et places frontières ; 2° aux armées des côtes maritimes, aux forces navales, aux ports et aux côtes ; 3® aux corps administratifs et municipaux, aux sociétés populaires, au développement des moyens, des ressources et des forces des départements, à la direction de l'industrie vers les arts nécessaires à la guerre, aux établissements qui sont à faire, ou à perfectionner ou à encourager et multiplier.
Pour les aider dans l'accomplissement de cette tâche multiple, tout à la fois militaire et administrative, les commissaires doivent se concilier la confiance des généraux, séjourner dans les camps, partager les fatigues des défenseurs delà patrie, assurer la répartition des hommes fournis par le recrutement entre les divers cadres des armées, veiller à l'instruction des volontaires dans les lieux de rassemblement, passer de fréquentes revues d'effectif et obliger les chefs de corps à de nombreuses revues du linge, de la chaussure, de l'habillement et de l'armement des soldats, encourager les progrès étonnants de Tartillerie française, dresser des états des effets de campement, examiner la qualité des fournitures, s'assurer de l'état des fortifications des places fortes et de leur mise en état de défense et d'approvisionnement, visiter les hôpitaux fixes et ambulants, éclairer les citoyens rebelles dans les départements insurgés, surveiller l'incorporation des recrues et l'exécution des plans qui leur seront adressés par le Comité de Salut public, dresser les états des batteries des côtes, acheter les bâtiments nécessaires à la défense, après estimation faite par experts, et tenir journal des opérations des armées.