PLAN DE TRAVAIL POUR LES REPRÉSENTANTS EN MISSION
Les représentants étaient autorisés, par l'article 17 de la loi du 3o avril, à se faire aider des conseils d'un comité dit de correspondance, formé de citoyens instruits et zélés, choisis parmi les membres des administrations de département, des districts, des conseils généraux des communes, des sociétés populaires et des bons citoyens. Ce comité ne pouvait prendre aucune délibération. Au moyen de ce comité, les représentants étaient en état de connaître de suite toutes les ressources locales, les productions du sol, les fabriques, les manufactures, les forges, les mines le prix des denrées, des bestiaux^ des productions brutes et ouvrées et aussi de la main d'oeuvre. C'est par ces agents qu'ils pouvaient répandre les lumières, Tamour de la patrie et l'émulation du civisme, exciter le zèle des citoyens à former de nouveaux établissements et à diriger le commerce et l'industrie vers les objets d'utilité générale.
Ces admirables instructions furent ponctuellement suivies par les représentants commissaires et le Comité de Salut public y tint énergiquement la main. Le 22 mai, Lindet écrivait ' luimême aux représentants près l'armée d'Italie, sous les murs de Toulon, pour leur enjoindre de former les comités de correspondance dont ils devaient s'environner. « C'est par ce comité, leur dit-il, que vous acquerrerez la connaissance de toutes les ressources locales, de la disposition des esprits, des moyens et des facultés que vous serez dans le cas d'employer. Ne différez pas un seul moment de former ce comité. Faites des choix heureux : donnez la préférence aux agents du Conseil exécutif s'ils sont instruits, s'ils méritent votre confiance et s'ils sont en état de remplir vos vues. »
En même temps, Lindet partageait avec Cambon son ami la direction des finances de la République, assurait les subsistances des armées et de la population, surveillait tous les bureaux et faisait, de concert avec ses deux collègues, la répartition du travail entre les divers bureaux du Comité. On peut dire que par Danton, Cambon et Lindet, la Montagne, qui pourtant n'avait point la majorité numérique au sein du Comité, le dominait cependant, grâce à la valeur politique et la puissance de travail de ces trois véritables hommes d'État.
Pendant que les neuf membres du Comité essayaient ainsi de faire tête à toutes les difficultés, le danger vendéen grossissait
I. Aulard, Recueil des actes du Comité, IV, 277. Cf. également Séance du Comité du i3 mai, Âulard, IV, i38.
de jour en jour, et chaque nouvelle défaite des troupes républicaines semblait une nouvelle cause de récriminations contre le parti de la Gironde. Le Comité pourtant multipliait ses efiforts pour faire passer en Vendée les troupes cantonnées dans le Nord : il avait à Avesnes et à Landrecies des manufactures d'armes et essayait de se procurer à l'étranger des canons et des fusils \ Les victoires des insurgés donnaient la France aux Jacobins, qui seuls paraissaient assez audacieux et assez purs pour écraser Tinsurrection. Les sections de Paris, déplus en plus exaspérées, en étaient venues, le i5 avril, à demander l'expulsion des vingt-deux Girondins dont elles dressaient la liste. C'était jeter un défi aux départements dont ces députés étaient les élus.
A cette nouvelle, les administrateurs du département du Calvados, rédigent un nouveau manifeste auquel adhèrent Tadministration des districts, les membres du tribunal criminel, et la société populaire des Amis de la constitution. Le conseil général de la commune de Caen y joint sa protestation. Le manifeste débute ainsi :
I. R. Lindet renoua, avec Caron de Beaumarchais, les négociations pour Tachât de 922 caisses et de 27 tonneaux contenant 52,345 fusils avec leurs baïonnettes ou mousquetons, y compris des paires de pistolets déposées dans un magasin à Ter-Veere en Hollande. Beaumarchais en avait traité déjà, le 3 avril 1792 et le 18 juillet suivant, avec le gouvernement français, mais les événements politiques et le décret de la Convention du 26 novembre l'avaient empoché d'exécuter le marché. Afin de soustraire cet armement aux Hollandais disposés à faire main-basse sur des armes appartenant à des Français, Beaumarchais l'avait vendu à un sujet anglais, Le Cointe. C'est pour effectuer le rachat de ces armes que Beaumarchais vint, sur la demande de Lindet, assister à une conférence avec le Comité de salut public le 19 mai et y signa un premier marché. Un dernier travail secret et solutif du Comité' de salut public sur les fusils de Hollande avec le citoyen Caron Beaumarchais vint modifier les bases du premier marché. Enfin le 22 mai, deux arrêtés écrits de la main de Lindet assurent, par l'intermédiaire du banquier Perregaux^ les moyens financiers pour faire passer à Londres, en monnaie hollandaise, le prix de ces armes. Ces conventions^ à raison des circonstances, étaient secrètes, et R. Lindet fut cru sur parole quand il annonça à ses collègues qu'il avait des raisons majeures de tenir secrète sa conduite avec le vendeur de ces armes. Plus tard, quand on fit de ce traité un reproche au Comité, R. Lindet en revendiqua hautement la responsabilité. Les fusils demeurés en magasin ne purent être utilisés par nos ennemis. — Sur ce marché de fusils voir les Actes du Comité de salut public, publiés par Aulard, I, 24, 52, 53, 54 ; IV, i56, 236, 279, 283 et suiv. Cf. discours de Lindet en date du 2 germinal, p. i5.
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