CHAPITRE VI
Mission de R. Lindet à Dijon et à Lyon (8-17 juin ijgS).
Interrogatoire subi par Lindet à son arrivée. Défiances suscitées par sa présence à Lyon. Ses négociations avec les administrateurs du département de Rhône et Loire. Sa correspondance avec le Comité de salut public. Le département insurgé refuse de vérifier ses pouvoirs. R. Lindet rentre à Paris rendre compte de sa mission.
En demandant d'aller à Lyon, Lindet n'obéissait pas seulement à son inspiration personnelle, il cédait aux sollicitations de plusieurs de ses collègues et notamment de Cusset, député de Rhône et Loire, qui redoutait, pour sa ville natale et pour la République, les suites terribles de la guerre civile. C'est lui qui se chargea de trouver pour Lindet cheval et voiture. Il vint le prendre chez lui, raccompagna jusqu'à Charenton et, en le quittant, le pria de donner place dans son cabriolet à un Lyonnais ayant habité Paris et qui s'en retournait dans son pays. Arrivé le jeudi 6 juin à Dijon, Lindet fit aussitôt réunir dans une assemblée commune le Conseil général de la commune et celui du département, afin de régler à l'amiable le litige qui les divisait. Il s'agissait de savoir qui, de la commune ou du département, avait qualité pour ouvrir à la poste les lettres venant de l'étranger '. Lindet trouva les deux autorités dans les meilleurs sentiments : il proposa au département de déléguer à la municipalité l'exercice des fonctions qu'il était autorisé, par un arrêté du Comité de salut public, de déléguer à des citoyens d'une probité et d'un civisme reconnus, et de charger celle-ci
I. Comité de salut public. Séance du 3 juin 1797. — Aulard, Recueil des actes du Comité de salut public^ IV, 4*30, 43 1 et suiv.
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de s'occuper de ces fonctions à la poste et d'en rendre compte au département, comme seraient tenus de le faire les commissaires que le département aurait choisis ailleurs. Ainsi la municipalité, chargée de surveiller la correspondance des émigrés, se trouvait, par la délégation du département investie du droit de contrôler les correspondances étrangères. On évitait ainsi l'inconvénient d'avoir des commissaires différents pour des fonctions ayant le même objet. Cette proposition fut acceptée unanimement et toute trace de dissentiment disparut entre les deux autorités.
Le soir, Lindet se rendait à la Société populaire, la haranguait, et celle-ci votait une adresse de félicitations à la population de Paris.
Il put dès lors continuer sa route sur Lyon, où il arriva le samedi 8 juin, à six heures du matin. On lui demanda son passeport, on lui fit lecture des ordres donnés par la nouvelle municipalité provisoire qui siégeait à Thôtel de ville. Il se fit connaître et demanda à être conduit à la municipalité. Un soldat monta avec lui dans sa voiture et l'accompagna à Thôtel de ville.
La ville était en pleine fermentation. Dubois-Crancé et ses collègues, en autorisant, le 14 mai, la création d'une armée révolutionnaire de six mille hommes, le désarmement des suspects, l'expulsion des étrangers et une contribution de 6 millions, avaient excité contre eux une haine furieuse. Malgré le refus de la Convention d'approuver cet arrêté, la municipalité en avait appliqué les dispositions. Le département, prenant alors parti pour les mécontents, avait fait appel aux armes et, dans la sanglante journée du 29 mai, renversé l'ancienne municipalité, occupé l'hôtel de ville, puis emprisonné les anciens administrateurs. La population redoutait maintenant les suites de son insurrection, elle avait horreur surtout de Dubois-Crancé, car elle n'ignorait pas qu'il avait écrit à la Convention et sollicité des mesures contre Lyon. Les canons étaient placés et les canonniers à leur poste, mèche allumée '.
L'imminence de la marche des troupes sur Lyon avait exaspéré la municipalité, et quand Lindet se présenta, on lui déclara nettement qu'il était suspect. Le président lui donna lecture d'une lettre venue de Paris disant qu'il fallait se défier de ce
1. Sur cet arrêté des représentants, voir HisL parL, XXVII, pp. 17, i56. Convention. Séance du i5 mai; — Aulard, loc. cit,y IV, 423. Cf. Discours de Lindet du a germinal^ pp. 24 et 25.