COMITÉ DE SALUT PUBUC
DE LA Convention Nationale
Au nom de la Ri^publique.
A tous tes Corps adminiftratifi , & Officiers civils ^ militairtt Laijfez paj)cr tibrcntent U Citoyen f\ia^*A4, tif i,e<.J*4^j^
M*uV^{-Ât*<^f^*-»-*'^*nJ natif da /àe/t460^- TtéparUment
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U préfent Paffe-port valabU pour T^ZT /i^^"^ .tjuJtA^^/^^^
Fait au Comité de Salut Public, le^ /càte-i j yi , l'an fécond de la RêpidiîiquB Françaife. ^ ^j?" /"
député qui n'était qu'un envoyé Jacobin. « Lyon est calme : que venez-vous y faire? Pourquoi quittez-vous votre poste? » Et alors on lui expliqua la nécessité de la journée du 29 mai. « On ajouta qu'elle avait été un malheur, mais nécessaire ; que les citoyens avaient tiré Tépée du fourreau pour détruire les anarchistes et que désormais les bons citoyens sauraient faire respecter la loi, qu'ils voulaient la loi toute entière et que les coupables allaient être livrés à la justice \ »
« On lui demanda s'il était venu avec un scélérat nommé Gaillard? — Non, répondit Lindet. — Vous êtes de mauvaise foi, car un bourgeois, qui vous a suivi, nous atteste que vous êtes venu avec Gaillard.
« Je suis venu, répond Lindet, dans une voiture que Cusset, mon collègue, m'a obligé d'accepter. Il m'a accompagné jusqu'à Charenton. Au-delà de la barrière j'aperçois plusieurs de mes collègues avec un citoyen qui s'approche de la voiture. Cusset descend et ce voyageur prend sa place. . .
« Mais vous n'avez pas pu faire la route sans connaître ce citoyen? — Je vous répète, dit Lindet, que ce citoyen m'a été présenté par mon collègue. » On reproche encore à Lindet de n'apporter que le trouble et l'anarchie, mais il est onze heures : il se retire à son hôtel. On lui demande s'il réclame sa voiture et la vache (valise) qu'elle contient. On lui fait signer une déclaration en ce sens, puis les membres du conseil se retirent, pendant qu'il rédige le récit de ce qui vient de se passer. En arrivant, Lindet avait vu le citoyen Gonchon, qui, en qualité de commissaire du pouvoir exécutif, avait donné au ministre de l'intérieur des renseignements desquels il résultait que les Lyonnais ne s'étaient pas soulevés contre la liberté, mais contre les brigandages et les excès commis par les partisans de Chalier. Gonchon lui confirma ce qu'il avait écrit à Garât '.
i. Toutes ces citations sont extraites d'une sorte de mémorandum tenu par R. Lindet, de sa mission à Lyon, et contenant, jour par jour, le détail de ses actes et de sa correspondance. Cette pièce fait partie de ses papiers conservés dans la famille.
3. « Gonchon, homme populaire, à la manière même du peuple, orateur longtemps fameux du faubourg Saint Antoine, qui, en menant souvent la multitude de Paris ne Tavait jamais égarée, parce que c'était pour elle et non pour lui qu'il l'avait toujours menée... » Garât. Mémoires, Hist parL^ 18, 416. Cf. Victor Fournel, Revue de la Révolution, 1887, 2* semestre.
Le passeport de Gonchon allant dans les départements de Rhône et Loire et de l'Ain fut visé par le Comité de Salut public le 11 mai 1793. — Âulard, loc. cit., IV, 96.
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A cinq heures Lmdet se présente au département. Il se fait connaître, décline Tobjet de sa mission, donne lecture du décret de la Convention du 3 juin ' et sollicite l'enregistrement de ses pouvoirs. Il est l'objet d'une grande défiance ; on parle des Jacobins, des anarchistes : Lindet rétablit les faits. Le procureur général syndic Meynis « observe que dans les circonstances actuelles où l'unité de la représentation nationale vient d'éprouver les plus dangereuses atteintes par l'arrestation de plusieurs de ses membres, on doit présumer que les membres de la Convention, loin de se répandre dans les départements, ont le plus grand intérêt de rester à leur poste ; que la mission du citoyen Lindet est sans objet puisque la ville jouit du plus grand calme et que c'est pour ce motif que les citoyens Nioche et Gauthier sont retournés à leur poste à l'armée des Alpes; que par toutes ces considérations, il conclut qu'il fût sursis à la vérification des pouvoirs du citoyen Lindet ».
Le maire provisoire Coindre intervint et demanda que la discussion de cette question eût lieu, le soir même, dans la grande salle de l'hôtel de ville, en présence des corps administratifs et des députés des sections qui y seraient rassemblés.
Cette demande fut agréée, et le soir, 8 juin à 5 heures, les trois corps administratifs sont réunis avec les membres du Conseil général de la commune, en présence de R. Lindet. Le président ouvre la séance, invite Lindet à faire connaître ses pouvoirs et à lire le décret du 3 juin. Puis il revient longuement sur l'incident du voyage avec Gaillard ' et déclare que les réponses de Lindet ne sont point faites, dans les circonstances actuelles, pour lui attirer la confiance des citoyens de Lyon. Lindet persiste à soutenir qu'il ne connaissait point Gaillard, que c'est Cusset qui l'a invité à lui donner une place dans sa voiture... qu'au surplus, il n'avait eu aucune conférence politique avec lui, qu'il
I. « La Convention nationale adjoint le citoyen R. Lindet aux représentants du peuple députés près de Tarmée des Alpes ; ordonne qu'il se rendra incessamment à Lyon pour s'y réunir avec ceux des représentants du peuple qui s*y sont rendus et qu'il reviendra à son poste aussitôt que les troubles de la ville de Lyon auront cessé et que les représentants du peuple auront rétabli Tordre, et fait les dispositions que les circonstances exigeront relativement aux derniers événements arrivés à Lyon. » Recueil des actes du Comité de Salut public ^ Aulard, IV, 432.
3. Gaillard était un ami de Chalier. Après le départ de R. Lindet, il fut emprisonné et se suicida dans sa prison, de désespoir de se voir abandonné. Saint Just fit de lui un pompeux éloge dans la séance des Jacobins du 3 nivôse (23 décembre). Voir Moniteur, XIX, 43.
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ne lui avait jamais parlé de sa mission, ayant pour principe de garder en lui-même son secret qui lui appartient.
Le procureur général, à son tour, témoigne sa surprise de voir Lindet à Lyon au moment où Tordre et la paix y régnent : il lui observe en môme temps que les citoyens des sections se montrent inquiets de son arrivée à Lyon, et cela, avec d'autant plus de raison que le décret qui l'investit de ses fonctions est postérieur à l'arrestation des trente-deux membres de la Convention. Il se résume enfin en disant que les pouvoirs du représentant du peuple portent qu'il se porterait à Lyon pour y rétablir l'ordre : sa mission est finie, du moment où il n'existe plus de trouble dans cette ville.
R. Lindet n'était pas homme à se laisser émouvoir par ces subtilités. Il commence par laisser le citoyen Fain, récemment arrivé de Paris, faire à sa façon le récit des récents événements, puis il rappelle à son tour la cause des journées des 3 1 mai et 2 juin, l'arrestation d'Hébert par la commission des Douze, la suppression de cette commission, puis son rétablissement, enfin le mouvement des sections de Paris, et l'arrestation des trentedeux députés...
Après une longue discussion, « le Conseil général provisoire, en présence du représentant du peuple, des administrations du département de Rhône et Loire et du district de la ville de Lyon, arrête que le procès-verbal de la présente séance serait communiqué aux trente-quatre sections ; qu'on leur demanderait si la représentation n'étant plus entière, n'ayant plus de liberté dans la Convention, les droits du peuple ne sont pas violés, si, dans cet état, il est convenable de vérifier et reconnaître les pouvoirs du commissaire Lindet, représentant du peuple, lesquels pouvoirs n'ont été donnés par la Convention que le 3 juin, après l'arrestation des députés au nombre de trente-quatre ».
Avant la levée de la séance, les députés présents expriment leur désir formel de maintenir la liberté, l'unité et l'indivisibilité delà République française, le règne des lois... et jurent de ne jamais souffrir que Ton porte atteinte à la représentation nationale '.
La séance se termina à dix heures du soir. Aussitôt Lindet rendit compte par lettre au Comité de salut public des événe-
I. Ârch. de la mairie de Lyon. Registre de la municipalité provisoire.
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ments de la journée. Après avoir raconté la séance de l'hôtel de ville, il continua en ces termes :
Pour fomenter les troubles et entretenir la division et les méfiances, on publie quMl existe un parti qui veut ériger en monarchie la moitié de la France et abandonner l'autre moitié J'ignore quel homme a pu supposer Texistence de ce parti. Mais de si grossières impostures font encore beaucoup de mal.
Le Comité n'a pas un instant à perdre pour s'occuper d'un travail pressant : il faut faire une Exposition des motifs du décret d'arrestation ; tel est et tel doit ôtre l'objet du rapport du Comité de salut public. Il faut instruire la France.
Mes collègues ne sont point ici; je me trouve seul, je dois employer deux jours à négocier avec le conseil du département et le conseil de la commune. Je n'ai point de secrétaire, je ne conserve point le double de ma lettre.
Quelle que soit l'agitation de Lyon, Tordre y règne, personne ne veut de tyran : tous tiennent le môme langage ; les mots république, unité, indivisibilité sont dans toutes les bouches; mais on aperçoit facilement que toutes les inclinations se portent vers le Midi et que l'on voit le Nord avec indifférence.
Rappelez-vous, citoyens, que l'Exposition des motifs publiés par l'Assemblée législative le i3 août éclaira la France et la rallia aux mêmes principes; il nous faut aujourd'hui une Exposition plus instructive, plus pressante des faits, et non des discours oratoires '.
Lindet ne voulait ni ne pouvait laisser ignorer à ses collègues que les journées des 3 1 mai, 2 et 3 juin, avaient surexcité Tesprit public, et que le mouvement d'insurrection commencé si tragiquement le 29 mai à Lyon trouvait, aux yeux des Lyonnais, sa justification dans la proscription des Girondins dont ils défendaient les doctrines. Il fallait donc agir de suite sur Topinion publique et la ramener, par un récit fidèle des faits, à une plus équitable appréciation des décrets de la Convention.
La journée du 9 juin ne fit point avancer d'un pas la question de la reconnaissance des pouvoirs de R. Lindet. Il se rend au département à onze heures : on lui dit que les sections n'ont pas encore délibéré; et, dans une longue conversation avec les administrateurs, il essaie de leur faire accepter la légitimité et la nécessité de Tacte du 3i mai. Il se rend ensuite à la commune et signe une sorte d'attestation reproduisant la lettre que Gonchon, commissaire du pouvoir exécutif, avait écrite au ministre de l'intérieur et dont il avait été question à la réunion de la
I. Lettre sans date. — D'après sa teneur elle semble écrite après la séance du 9 juin. Âulard, Recueil des actes du Comité de salut public^ IV, 496.
veille. Il se retire ensuite, le conseil n'était pas en nombre. Lindet évita de donner une marque quelconque soit d'approbation, soit d'improbation des faits accomplis.
A cinq heures, il retourne à la commune. C'était un dimanche. Mauvaise réception. Les membres s'emportent contre la manière d'administrer de la Convention. « Nous avions des députés pour faire des lois, dit l'un, et non pour faire des dépûtations.... nous ne voulons plus recevoir de députés. »
Le président répond à Llndet : « au nom de toutes les sec* tions et du Conseil général provisoire de la commune^ que les pouvoirs ne seraient reconnus que lorsque la représentation nationale serait entière et que la Convention aurait rapporté le décret du 2 juin qui met en arrestation une partie de ses membres ».
Il se rend au département et demande s'il a pris un parti : Non, lui répond-on. Les sections délibèrent encore. La discussion reprend sur l'arrestation des 32 députés. On dit à Lindet que tous les départements se réunissent et qu'on reçoit journellement des députations. Et Lindet répond : « La République se soutiendra tout entière ou périra tout entière . Les coalitions ne peuvent pas la conserver : elles peuvent accélérer sa ruine. Quand mon pays au nord de la France (Normandie) sera dévasté par les étrangers, il n'y aura plus ni prospérité ni sécurité pour Lyon '. »
Malgré ces refus d'enregistrement du décret du 3 juin, Lindet utilisait ses fonctions, en réclamant avec instance le départ de l'artillerie pour l'armée des Pyrénées-Orientales. On avait peu d'égard à ses recommandations. Il écoutait, s'abstenant de louer, de blâmer quoi que ce soit, ne laissant apparaître aucun signe d'approbation ou d'improbation, et demandant seulement que l'on ne s'empressât pas trop de juger les événements avant d'en connaître les causes.
Le calme dans l'intérieur, écrivait-il, le 10 juin au Comité de salut public, ne peut être d*un heureux présage que lorsquMl est le produit de l'har*
I . Dès le 8 juin, le Comité de salut public, redoutant une imprudence des députés à Tarmée des Alpes, proposait à la Convention un décret indiquant, qu'au cas où les représentants croiraient être obligés de requérir quelques parties de la force armée, pour la sûreté de l'intérieur, ils seraient tenus de prendre toutes les mesures nécessaires pour que ces réquisitions ne dégarnissent pas les points des frontières actuellement menacés. — Âulard, Recueil des actes du Comité de salut public, IV, 483. Ce décret fut voté le jour m6me par la Convention^
monie et de la sécurité générales : le calme dont jouit actuellement la ville de Lyon est plutôt le silence des passions que l'efFet de la satisfaction commune. La force des armes a tout décidé : on ne pourra apprécier cet événement dans Tordre politique que lorsque l'on connaîtra la conduite que vont tenir les vainqueurs : Fhumanité aura toujours à s'affliger de la journée du 29 mai '.
Il terminait par cette recommandation également contenue dans sa lettre de la veille :
Hàtez-vous, représentants, d'éclairer la France, de lui mettre sous les yeux un tableau fidèle de ce qui s*est passé. Dites le bien et le mal avec la même impartialité; apprenez à la France ce qui a amené' ou préparé les événements du 2 juin.
Le 10 juin, lundi, Lindet se présenta à ii heures au département. L'assemblée était nombreuse et délibérait avec des députés de quelques autres villes ou départements. Ne voulant pas se mêler à cette discussion, il demanda à quelle heure fixe il pourrait être entendu. On le remit à cinq heures. Il se rend au département à Theure indiquée et demande l'enregistrement de son décret. La discussion s'ouvre. L'un refuse, l'autre entend surseoir; celui-ci veut mettre Lindet en arrestation, celui-là veut qu'on ne parle pas de cette proposition. Lindet n'interrompt personne et demande la parole le dernier. Il répond à tout ce qui avait été dit. Pour ce qui était de son arrestation dont on lui fatiguait les oreilles, il se borne à dire : « Pour être traité comme Camus, Quinette, Bancal et leur collègue, il faudrait être entre les mains de Cobourg ou de Dumouriez d. On délibéra alors de surseoir à l'enregistrement des pouvoirs. Lindet réclame aussitôt une expédition de cette délibération. Il s'attendait à être gardé à vue chez lui ou arrêté, mais sa fermeté ne l'abandonna pas. « Quelque chose qui arrive, vous pouvez compter, représentants, écrit-il au Comité, que je ne compromettrai pas un caractère qui appartient à la nation, je n'aurai ni pensées, ni expressions à désavouer, à retrancher ou à modifier, je n'aurai ni vivacité, ni impatience à me reprocher, je n'aurai manqué ni de courage, ni d'énergie '.
« Il est très prudent d'accélérer l'Exposition des motifs du décret d'arrestation, mais il est urgent aussi d'arrêter une Consti-
I. Lettre du 10 juin. — Âulard, Recueil des actes du Comité' de salut public, IV, 5o3.
3. Lettre du 11 juin. — Aulard, Recueil des actes du Comité de salut public f IV, 522.
tution; on ne sait pas assez combien vos séances sont remplies et utiles . )»
Le lendemain, 1 1 juin, Lindet retourne encore au département. Écoutons-le raconter lui-même celte entrevue au Comité de salut public ' : a Je fus hier au département pour faire décider irrévocablement si Tadministration enregistrerait mon décret, ou si elle me ferait délivrer un extrait du sursis.
« Un administrateur me dit : « Tous les corps s'assemblent c dans la grande salle; il n'est pas prudent que vous y veniez, on a a acquis la preuve que vous étiez rapporteur de l'érection du « tribunal populaire de Lyon. » Je répondis : « Un rapporteur « conclut l'admission ou la réjection d'un projet ; il ne faut pas, « d'abord, vouer un rapporteur à l'exécution, à moins que l'on « ne sache s'il voulait soutenir le projet. En second lieu : Je n'ai « jamais vu le projet d'érection d'un tribunal populaire.
« Je n'ai vu au Comité de salut public qu'une délibération « imprimée des trois corps administratifs et concernant la levée a de 6,000 hommes et de 6 millions : voilà tout ce que j'ai vu. »
Et comme l'administrateur persistait à soutenir que l'érection du tribunal populaire était dans cette délibération, Lindet le mit en demeure de représenter la minute ou les copies imprimées à Lyon qui ne contenaient aucune trace de cette proposition. « Je vais donc, ajouta Lindet, me transporter à l'assemblée et lui exposer qu'elle se trompe...
« Un instant après, continue Lindet dans sa lettre au Comité de salut public, on vient me lire un journal du matin qui contenait une lettre de Dubois-Crancé à la Convention sur les événements de Lyon (c*était la lettre du 3 juin que R. Lindet ignorait, et qui ne fut reçue que le 7 à Paris, au Comité) : la lettre annonçait le projet de faire marcher Tarmée sur Lyon.
Cette mesure me paraissait funeste et précipitée; au lieu de me présenter à l'assemblée, je me retirai pour prier instamment mon collègue de ne pas Texécuter, s'il en avait le dessein; je lui écrivis sur-le-champ et je donnai ma dépèche à un gendarme avec réquisition de remettre le paquet à Dubois- Crancé ou Albitte, d'en rapporter décharge avec une réponse '. Je crois
1. Lettre du 12 juin 1793. Âulard, Recueil des actes du Comité de salut public, IV, 537.
2. Voici les principaux passages de cette lettre si honorable pour Lindet : « J'ai vu avec saisissement que vous vous proposiez de faire marcher l'armée sur Lyon; je crois que je vous offense : les journalistes, les rédacteurs de papiers publics, déhgurent tout ce qu'ils veulent transmettre, tout est empoisonné.
« Représentants, si l'armée marche sur Lyon, la frontière va se dégarnir
86 KOBERT LINDET [^793]
toute violence injuste : car on rCa pris aucune précaution pour rassurer les esprits et parvenir à une conciliation, je regarde comme un devoir sacré d^emplqyer tous les moyens de conciliation avant d'employer la force des armes. Si Tarmée vient à Lyon, j'irai au devant. On traitera sans doute, mais si ma voix n'est pas entendue, je resterai à une distance égale des deux armées et au milieu d'elles; au reste, je suis sûr que mes collègues ne feront pas marcher Tarmée sur Lyon.
Lindet rend compte des projets du département, de l'Adresse que cette administration veut envoyer à toutes les communes de France; « mais on ne doit pas juger, dit-il, de Tesprit de la ville de Lyon par tout ce qui s'y dit actuellement, les esprits sont encore excités de la tempête affreuse du 29 mai... J'espérais me rendre à Paris, maintenant je crois devoir rester à Lyon; vous sentez bien, représentants, que le seul désir d'être utile me fait différer ma première résolution, j'attendrai patiemment la réponse de Dubois-Crancé et d'Albitte.
« Négocier, gagner du temps, concilier les esprits, attendre le retour de la confiance qui ne peut être longtemps égarée, conjurer l'orage, se fixer par sa tête, voilà tout ce que je me propose. »
Les justes alarmes que les administrateurs du département avaient fait concevoir à Lindet étaient illusoires, et ils ne cherchaient qu'à tromper sa bonne foi et sa loyauté. On le vit bien parla réponse de Dubois-Crancé, et le lendemain par les lettres du Comité de salut public. En effet, le i^^^ juin, à 7 heures du soir, Nioche et Gauthier avaient quitté Lyon et arrivaient le lendemain à Grenoble, avec le général en chef de l'armée des Alpes. Dubois-Crancé et Albitte les rejoignaient le soir même et prenaient un arrêté par lequel ils décidaient de ne point faire
et nous allons éprouver le malheur d'une invasion. Que diront les Français envahis, quel sera leur sort ?
« Les représentants Nioche et Gauthier ont rendu au Comité de salut public un compte très précis des événements, ils nous promettent des détails.... Que nos collègues Nioche et Gauthier soient entendus ; alors vous saurez quelle est la situation de la ville de Lyon. Vous jugerez si cette ville mérite d^ètre traitée en ennemie, en rebelle. Ah ! représentants, ne confondons pas un mouvement insurrectionnel contre une municipalité accusée, avec une rébellion ou une guerre ouverte. Je vous conjure, représentants, au nom de la patrie, de ne pas dégarnir la frontière, de ne pas livrer nos frontières à rétranger, de ne pas faire marcher Tarmée sur Lyon... Lyon veut la République, il abjure le fédéralisme...
« Au nom de la patrie, songez à ce que vous devez à la Convention nationale, à la France, à l'humanité : une révolution précipitée et aussi injuste que la marche d'une armée sur Lyon pourrait perdre la République et l'armée ! » (Papiers personnels de Lindet.)
marcher l'armée sur Lyon, et notifiaient cette décision au Conseil général du département et du district siégeant à Lyon ; par conséquent, cet arrêté du 3 détruisait tout l'effet de la lettre de Dubois-Crancé datée du 2 juin. Pour mieux dominer la foule, les administrateurs de Lyon n'avaient trouvé rien de mieux que de cacher ces nouvelles rassurantes, aussi bien à Lindet qu'aux journaux et à la population. Dubois-Crancé n'en conçut pas moins un sentiment d'aigreur contre R. Lindet, qui s'était permis de blâmer sa précipitation, et le ton de sa réponse du 12 juin n'est pas exempt d'une pointe d'humeur.
Il est inconcevable que, placé si près de nous, vous soyez aussi incertain sur les événements. Vous n'avez pas fait attention que la lettre que nous avons écrite à la Convention et dont vous avez pris Talarme, le fut dans un moment où l'arrestation de nos collègues à Lyon ne nous permettait pas de connaître d'autres faits que ceux que la force tenant lieu d'administration nous permettait de recueillir. Aussi, nous avons requis le général de se préparer à marcher sur Lyon si la Convention l'ordonnait, mais dès que nos collègues ont été mis en liberté, nous avons suspendu tout mouvement. L'administration de Lyon le savait bien et aurait, si elle l'eût voulu, pu vous en rendre témoignage.
Nous sommes loin de chercher à aggraver les maux de nos concitoyens ; nous désirons que l'union et la paix soient dans le cœur de ceux qui nous accusent comme dans le nôtre ; mais s'ils respectent les lois, s'ils sont patriotes, pourquoi ne reconnaissent-ils pas nos pouvoirs, pourquoi a-t-on dévasté l'arsenal, pourquoi retient-on le convoi d'artillerie, pourquoi méconnait-on la Convention nationale ?
Nous vous le répétons, notre cher collègue^ nous n'avons jamais voulu faire que ce que la Convention ordonnera et nous le ferons exactement; nous désirons, aussi ardemment que vous paraissez le penser, que le mouvement qui a eu lieu ne soit dû qu'à l'imprudence de quelques individus, alors ce sera bien en pure perte que les aristocrates réfugiés à Berne et en Piémont, et qui le savaient quinze jours d'avance, s'en sont réjouis. — Nous vous avons fait prier de venir nous joindre, votre présence est indispensable.
Cette lettre de Dubois-Crancé fut apportée à Lindet par cinq administrateurs. Il leur en donna lecture et les prévint qu'il allait se rendre au département pour réclamer une expédition de l'arrêté de sursis. Il s'y présenta, en effet, et demanda si l'on voulait le voir quitter Lyon ou y demeurer. On se perdait en outrages contre la Convention ; on conseilla à Lindet de rester à Lyon, d'assister aux séances, de prendre des renseignements. On lui déclare qu'on ferait mention de sa présence, car, lui dit-on, rien encore n'a été écrit à votre sujet \ On l'invita à fraterniser
I. Lettre du 14 juin. Aulard, Recueil des actes du Comité de salut public, IV, 566.
88 ROBERT LINDET [l793]
avec le Conseil général «... Mais c'est précisément ce que j'attends et ce que je sollicite, répond Lindet; reconnaissez mes pouvoirs. »
Il donna à nouveau lecture de la lettre de Dubois-Crancé et insista énergiquement sur ce fait, qu'il ne dépendait que du Département de rassurer la population sur la marche de l'armée. Les administrateurs avaient reçu, le 4, l'arrêté des Représentants daté du 3 juin, par conséquent la lettre de Dubois-Crancé ne pouvait plus être pour eux un sujet d'alarmes...
Mais le Département ne cherchait qu'à ruser, à tromper Lindet, tout en le surveillant étroitement dans ses relations et sa correspondance; ces administrateurs insinuaient qu'il n'y avait qu'un moyen de faire cesser les troubles : réunir les assemblées primaires et nommer une nouvelle Convention chargée de donner une constitution au pays.
La veille, 1 2 juin, le citoyen Gonord avait apporté à Lindet un paquet du Comité de salut public et une lettre datée du 8 juin. On somma le courrier de se présenter à la maison commune et d'y déposer ses paquets, ce qu'il fit aussitôt. Quand il revint, l'heure des dîners était passée à Lyon, Lindet le garda à dîner avec lui '. A peine était-il rentré depuis vingt minutes qu'on vint le consigner chez le représentant; des sentinelles furent mises à la porte qui dut rester ouverte. Sur ces entrefaites, le citoyen Noël, officier à l'armée des Alpes, avait apporté une lettre pour Lindet de la part de ses collègues députés à cette armée. On le força de la déposer à la commune. Noël vint prévenir Lindet. Quelques minutes après, un oflBcier de garde se présenta et dit que Gonord était attendu à la mairie. Il s'y rend avec les fusiliers. L'ofiîcier ajoute qu'on attend Lindet pour lui remettre une autre lettre à son adresse, Lindet s'y transporte et reçoit sa lettre : c'était celle que Noël avait apportée*. On lui en demande lecture, et Lindet en donna aussitôt connaissance. On remit ensuite à
I. V. lettre de Lindet du i3 juin. Recueil des actes du Comité de salut public, IV, 55o.
a . Cette lettre était datée du 1 1 juin et priait Lindet de rejoindre ses collègues à Grenoble. « Il paraît, disent-ils, que le refus de reconnaître vos pouvoirs vous mettra dans l'impossibilité de faire quelque bien dans cette ville. C'est un nouveau malheur que nous avons à déplorer, mais il est un poste où votre présence est de la plus grande utilité; il faut absolument qu'un représentant du peuple vienne remplacer le citoyen Nioche (lequel était allé à Paris rendre compte des événements de Lyon). Il est impossible de correspondre utilement. »
Gonord ses cachets revêtus du sceau de la municipalité. Ces procédés de surveillance à l'égard du représentant du peuple ne préjugent-ils pas les sentiments de révolte qui couvaient déjà dans Tesprit des administrateurs?
Les administrateurs ne dissimulaient plus guère : le i3 juin, à 5 heures de l'après-midi, Lindet était retourné au Département pour y réclamer encore l'enregistrement de ses pouvoirs. Le procès-verbal officiel se borne à dire « que le président lui a répondu que l'administration prendrait sa demande en considération ». Mais la discussion avait été assez vive. Plusieurs commissaires de section arrivèrent, au cours de la séance, déclarer que leur section avait réclamé l'arrestation de Lindet et sollicitant le visa ou Fautorisation du département pour cette mesure. « J'appartiens, dit Lindet, à la République et non au département de Rhône et Loire. Renvoyez-moi ou rendez-moi utile. Mon temps n'appartient ni à vous ni à moi. » Il rentre alors chez lui. Quelques instants après, un citoyen se présente. « Il me remet, dit Lindet, une lettre du département de la guerre. — Lisez cette lettre. — Je la lis à haute voix. Elle est de Mtlller, adjoint au ministre de la guerre, 3« division, artillerie et génie, et datée du 9 juin. Elle avise le représentant qu'on a arrêté à Lyon des convois d'artillerie destinés à l'armée des Pyrénées-Orientales et le prie d'interposer son autorité pour les faire parvenir à destination. » On vérifie aussi tous les paquets du représentant et on lui en demande lecture. A ce moment, Malhes, député à la Con* vention *, était à Lyon et Lindet lui avait dit qu'il croyait être arrêté.
En rendant compte, le i3 juin, des faits delà veille au Comité de salut public, Lindet clôt ainsi sa lettre, en voyant toujours le meilleur moyen de pacification dans un Exposé des faits rédigé par le Comité de salut public, a Je pense que la Convention nationale doit laisser deux monuments à la postérité : i^ une Constitution, car il en faut publier une; 2^ un tableau de sa situation, car il faut qu'elle se fasse connaître.
a Souvenez-vous que Manuel demanda le palais national pour le logement de Petion.
« Souvenez-vous qu'un autre membre demanda, le 6 ou le 7 octobre, une garde départementale.
ce Cambacérès a des pièces concernant Lanjuinais et Barbaroux.