‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 45 sur 201 · I. Malhes (Pierre), député du Cantal · texte numérisé non relu

I. Malhes (Pierre), député du Cantal

go ROBERT LINDET [l793]

a Je VOUS prends trop de temps, je vais écrire à mes collègues. »

Lindet avait fait preuve d*une longanimité excessive peut-être vis-à-vis du Conseil général de la commune et du département. Le 14, il résolut d'en finir avec ces deux autorités. Le matin, il va à la commune et reproche sévèrement aux administrateurs de lui avoir dit qu'ils étaient sans nouvelles du mouvement de l'armée depuis la lettre de Dubois-Crancé, puisqu'ils avaient reçu, le 4, notification de l'arrêté des représentants daté du 3 . Il leur met sous les yeux, pour rendre plus évidente leur fourberie, les lettres de Dubois-Crancé et d'Albitte, contenant la copie certifiée des déclaration et arrêtés de Nioche et Gauthier, et de l'accusé de réception daté du 4 juin ! Le département est donc coupable d'avoir laissé propager des alarmes dangereuses dans le peuple et d'avoir excité à la haine du pouvoir de la Convention! Cette autorité ne devait-elle pas communiquer à la ville les nouvelles rassurantes postérieures à l'événement qui avait nécessité les mesures provisoires de Dubois-Crancé et d'Albitte ?

A 5 heures, il se rend au département et met en demeure les administrateurs d'avoir à prendre un parti définitif. Il renouvelle ses reproches sur la conduite qu'ils ont tenue devant lui le 1 1. « Vous êtes sans excuse d'avoir alarmé le peuple, vous aviez aux mains une déclaration des représentants datée du 3 juin, portant que Tarmée ne marcherait qu'à votre réquisition. Le 4 juin, les corps administratifs accusaient réception de cet arrêté, avec reconnaissance y et au lieu de rassurer vos concitoyens, vous les mainteniez dans leurs alarmes! » Puis, Lindet signale l'inconvenance de leur inquisition et de la surveillance blessante dont il est l'objet : il déclare qu'il veut partir à Paris, soit qu'on lui donne un extrait de la délibération, soit qu'on la lui refuse.

Lindet écrit au Comité de salut public :

J'ignore si mes lettres vous parviennent, si on les lit ici ; mais on m'apporte vos lettres et on m'en demande lecture. Si vous m'adressez quelque confidence sur la marche des armées ennemies, soit par Nice et Villefranche, soit par le Mont Blanc, si vous me parlez de vos relations en Suisse, je serais réduit à déchirer de mes dents vos dépêches pour n'en pas divulguer le secret, et cette précaution nécessaire vous exposerait à la calomnie : on dirait ici qu'il s'agirait d'un projet criminel sur Lyon.

Hâtez-vous, chers collègues, de mettre la France en état de vous juger.

Publiez votre projet de Constitution; faites connaître la situation de l'assemblée, les motifs des décrets du 2 juin. // ne s'agit pas d'envoyer qui que ce soit aux tribunaux, ce n'est pas là mon avis. Mais vous deve^ faire connaître si les membres suspendus ont fait le bien ou le mal. Que toute la France lise l'exposition de vos motifs et vous juge.

Si, après avoir tout recueilli, tout approfondi, vous trouvez que les trente

ont donné lieu à leur arrestation, dites-le ; si vous ne le croyez pas, ditesle encore. Si, enfin, plusieurs membres sont inculpés et si plusieurs autres ne le sont pas, persistez dans votre avis à Tégard des uns et rendez justice aux autres.

Je désirerais vous communiquer mes pensées sur la guerre : j*ai toujours mis trop peu d'empressement à dire ce que je sens.

Adieu mes collègues, faites le bonheur de ma patrie. Je vous écrirai demain *.

La fin de cette lettre est précieuse à noter, car elle montre à nu la pensée de Lindet, en ce qui concerne le parti Girondin. Loin de lui la pensée de déférer à un tribunal quelconque un délit politique : c'est au pays seul de juger les députés incriminés, et la Convention doit, plus que tout autre, exposer les motifs de sa conduite devant le peuple qui est le seul juge souverain, entre les prévenus et les accusateurs .

Mais Tétat des esprits dans les sections de Lyon, les tergiversations des assemblées délibérantes, sourdement travaillées par le parti royaliste, ne permettaient plus de conserver la moindre illusion. Le Comité des trente avait une majorité puissante, formée principalement d'éléments royalistes et réacteurs. Le i5 juin, Lindet écrit au Comité de salut public, à ses collègues à Grenoble, au ministre de l'intérieur, à Leyris, représentant du peuple à l'armée des Pyrénées-Orientales, à son collègue Du Roy, son compatriote, député à l'armée du Rhin. Le i5 au matin, dans sa lettre écrite au Comité de salut public, il ne désespère point encore de la pacification amiable : « Si vous avez de la force, de l'énergie, vous surmonterez tous les obstacles et vous ferez le bien.

tf Publiez une Constitution.

« Publiez les motifs du décret d'arrestation. Ces motifs doivent être grands et bien choisis. Je ne veux pas dire que je les entrevois, mais il faut avoir le courage de développer par quelles intrigues nous avons été précipités dans toutes ces

guerres^ dont la plupart me paraissent injustes Je serai

entendu ce soir au Conseil général provisoire de la commune.

« Les sections n'en ont pas moins délibéré qu'elles ne doivent plus reconnaître la Convention, qu'il faut convoquer les assemblées primaires. »

L'heure de la poste pressant, Lindet craint de s'égarer dans la route incertaine des déductions, et il arrête sa lettre '.

Page 1