i5 juin. Aulard, loc, cit., IV, SyS
A midi et demi, il va au Département, y rencontre deux administrateurs qui lui disent qu'on a pris un arrêté le concernant et qu'on en donnera connaissance à la séance de Taprès midi. En effet, à cette séance, Lindet se présente et « témoigne combien il était essentiel de savoir la détermination positive du Département sur Tenregistrement du décret du 3 du présent mois ». Et le Département prend aussitôt l'arrêté suivant : « Considérant que les motifs qui ont déterminé Fenvoi du citoyen Lindet n'existent pas, et qu'il n'a eu lieu que sur un faux rapport, puisque, depuis que les citoyens Nioche et Gauthier ont quitté la ville de Lyon, elle jouit de la plus parfaite tranquillité ; considérant que le souvenir de la malheureuse journée du 29 mai a fait redouter aux citoyens de cette ville la présence de ce nouveau député avec d'autant plus de raison qu'il a fait route avec l'un des premiers auteurs des troubles qui l'ont agitée depuis longtemps, ce qui a mis les administrateurs dans la nécessité de satisfaire au vœu du peuple, en suspendant l'examen des pouvoirs du citoyen Lindet, — arrête, après avoir entendu le vœu des sections et celui du Conseil général de la commune provisoire, que les présentes considérations seront communiquées au citoyen Lindet, a6n qu'il soit à même d'effectuer sans délai le vœu qu'il a manifesté à l'administration de se rendre à son poste '. »
Lindet se rend aussitôt au Conseil provisoire de la commune et l'avise que, d'après son vœu, le Conseil général du département, ayant sursis à la vérification de ses pouvoirs, il allait quitter Lyon ; il l'invite en outre à prendre les mesures nécessaires pour que, lors de son départ, la représentation nationale ne soit point violée en sa personne. Il se retire ensuite : le devant de la maison commune est bordé de canons dont la mèche est allumée.
Le sort de Lyon était ainsi décidé : la dernière tentative de conciliation était rejetée. Que de malheurs eussent été évités si Lindet, accueilli par les corps constitués de cette ville, eût pu négocier à Lyon, comme il devait le faire si heureusement en Normandie, un mois plus tard !
Le 16 juin, R. Lindet dut faire ses préparatifs de départ. Il écrivit au Département, à la commune, au directeur de la poste pour réclamer ses paquets. On lui fit dire qu'il n'y avait rien
r. Procès-verbaux des séances du Conseil général du département de Rhône et Loire^ publ. par G. Guigue. 2 vol. in-S®. Trévoux, iSgS.
pour lui. Il réclama encore une expédition de l'arrêté pris le lundi 10 au Département : on lui répondit que l'arrêté était au registre, mais que Ton ne pouvait en délivrer une expédition sans avoir le vœu du Conseil général de la commune. Il dut quitter Lyon sans cette pièce.
La mission de Lindet était terminée. Arrivé à Lyon le samedi 8 juin, à 6 heures du matin, Lindet en repartit le 17. Avant de partir, il écrivait au Comité de salut public qu'il attendait, avant de se mettre en route, les lettres qui pouvaient venir par le courrier du jour.
Je nuirai point à Grenoble; il est pressant que je me rende à Paris. // faut que la Convention nationale prévienne les expéditions judiciaires ; il ne s'agira pas d'amnistie, mais il faudra empêcher des vainqueurs de s'armer du glaive de la loi.
On parle toujours de former une armée centrale, mais on commence à sentir qu'il ne faut pas rompre avec la Convention nationale.
Le gouvernement des Trente est puissant et terrible : je ne puis vous rendre aucun compte des arrestations; je n'ai voulu compromettre personne.
Le département me fait dire qu'il a une note de tout ce qui s'est passé pendant mon séjour et que son registre est à jour. Je réponds au secrétaire général et le charge de transmettre aux administrateurs qu'ils n'ont rien fait et rien écrit, qu'ils ne se sont occupés que de plans de confédération.
Je me persuade que Lyon ne sera plus un séjour de silence et d'effroi.
La domination passagère des Trente disparaîtra : j'apprends que trois ou quatre sections ont refusé d'obéir à cette puissance et ont déclaré répondre de l'ordre et de la tranquillité publique dans leur arrondissement '.
Le 17, Lindet prenait à location, pour rentrer à Paris, « un cabriolet à ressort, fermant à vasistas, à deux places de fond, garni de harnais d'un cheval, de la clef des roues qui sera rendu à l'arrivée à Paris chez le citoyen Antonio, rue du Mail ». Il avait payé 93 livres pour le prix entier de cette location et en avait reçu quittance '.
Les espérances de rapprochement dont Lindet entretenait le Comité de salut public ne devaient pas se réaliser : Lyon s'enfonçait de plus en plus dans la révolte et allait devenir la place forte des royalistes, et le plus dangereux allié de la Vendée.
Le même jour, 17 juin, la Convention, sur la proposition du Comité de salut public, décrétait que le procureur général syndic du département de Rhône et Loire, le procureur syndic du district de la ville de Lyon, le procureur de la même commune,