Papiers Lindet
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provisoirement suspendus, se rendront auprès de la Convention nationale; que Robert Lindet, représentant du peuple, reviendrait à son poste à Paris, afin que la Convention nationale acquière des renseignements certains et circonstanciés sur la position actuelle de la ville de Lyon.
Ainsi le décret était rendu à Paris le jour où Lindet, jugeant sa mission terminée, quittait Lyon. Il arriva à Paris le 20 juin ' : il rendit compte très sommairement au Comité de ce qu'il avait vu et entendu à Lyon ; il dit à ses collègues « qu'il fallait satisfaire des intérêts blessés, calmer les esprits, temporiser et surtout éviter toutes mesures violentes ».
Il conclut en demandant que la Convention mît sous la sauvegarde de la loi et des autorités constituées les citoyens arrêtés à Lyon dans les derniers troubles '. Il voulait éviter, comme il l'avait écrit, les expéditions judiciaires, et sauver Chalier. Mais le parti royaliste, qui dominait déjà à Lyon, prétendit « qu'une loi non expressément révoquée établissait que les jugements seraient rendus sur les lieux du délit ^ ». La commission républicaine et populaire de salut public, formée à Lyon par le parti girondin vainqueur, passa outre au décret de la Convention et inaugura à Lyon le règne de la guillotine en faisant tomber la tête de Chalier. C'était un défi sanglant à la Montagne que Lyon devait plus tard expier cruellement !
Garât, qui après le 9 thermidor devait, lui aussi, servir de victime aux vengeances thermidoriennes, apprécie dans ses Mémoires sur la Révolution qu'il publia, pour sa défense, le rôle de R. Lindet à Lyon *. « Parmi les représentants du peuple
1. Le 20 juin 1793, Lindet écrivait à sa famille : « J'arrive de Lyon. J'y suis resté tant que la ville a eu sujet de craindre que nous ne fassions marcher Tarmée sur elle. C'eût été un grand désastre : il aurait été impossible d'empôcher la prise et le pillage d'une ville si riche. Les Lyonnais, décidés d'abord à méconnaître la Convention, vont devenir moins entreprenants, leurs idées guerrières deviennent plus sages et plus réfléchies. On leur avait dit, avant que j'arrivasse au milieu d'eux, qu'il fallait se défier de moi, que j'étais le plus enragé des Jacobins. Ma rage s'est bornée à les invitera ne pas précipiter leurs résolutions, à expédier des courriers pour conjurer de ne pas envoyer l'armée contre eux. Ils parlaient cependant de me mettre en arrestation. Tous leurs vains projets se sont évanouis. Quand on veut le bien, on peut braver impunément toutes les conspirations. » (Pièces Lindet.)
Cette simplicité dans le courage civique n'est-elle pas la marque d'un caractère vraiment digne des vertus antiques et républicaines?