‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 51 sur 201 · LES GIRONDINS A CAEN I · texte numérisé non relu

LES GIRONDINS A CAEN I

patrie, vous savez qu'il faut un point de ralliement. Si on rompait avec la Convention nationale que deviendroit le gouvernement? Que deviendroient nos armées ? On sait que le service ne peut pas 6tre interrompu un seul jour.

« Vous allez recevoir l'administration du département. Vous sentez que jamais les administrateurs ne devroient oublier qu'ils sont les fonctionnaires publics chargés de faire exécuter la loi, et que lorsqu'ils interrompent leurs fonctions pour prendre la place des législateurs, ils usurpent les droits du peuple souverain.

a C'est au peuple, c'est aux administrés à demander la réformation des lois et à interroger les représentans. Mais des administrateurs ne sont pas chargés d'exprimer la volonté générale. Ils n'ont pas été élus pour fomenter des troubles et exciter la guerre civile. Vous accueillerez sûrement l'administration du département qui va se rendre au milieu de vous. Je crois que vous tranquilliseriez tous nos concitoyens si vous faisiez proclamer que vous traiterez tous les François en frères, que vous invitez tous les citoyens à réserver leurs forces et leurs armes pour combattre les ennemis et les rebelles, qu'éloignés de toutes mesures précipitées, vous entendez que toutes les autorités constituées remplissent paisiblement et tranquillement au milieu de vous leurs fonctions administratives, que vous voulez un gouvernement qui, seul, pourra amener la paix, qu'une Constitution sera le terme des maux qui nous affligent.

« Les assemblées primaires seront convoquées légalement pour le 14 juillet. Cette grande époque fera décision pour la République.

ff R. LiNDET. •

Cette lettre ne pouvait avoir qu'une publicité restreinte à la ville de Bernay. R. Lindet voulut rédiger et publier les motifs qui avaient fixé son opinion, afin de bien convaincre la France que la mesure prise contre les Girondins était indispensable et nécessaire au salut de la Révolution, et que leur révolte dans les départements était un crime de lèse-nation.

UExposition des motifs qui ont déterminé Robert Lindet^ député du département de l'Eure à la Convention nationale^ à voter pour Varrestation des 32 membres de la Convention natio^ nale, parut au commencement de juillet 1793 '. Son auteur venait de recevoir, du reste, comme Barère, et en sa qualité de membre du Comité de salut public, une lettre de Vergniaud (28 juin) dans laquelle il était traité d*imposteur et d^assassin *. A des attaques aussi violentes, Lindet devait répondre par un exposé lumineux de la situation politique et démasquer le rôle ambigu des Girondins entre le roi et le peuple. Son Exposé est un acte d'accusation dressé contre la politique inconsistante,

1. In-8**, 47 pp., de l'impr. du Journal des hommes libres^ chez Vatar et assoc, rue de l'Université, n* 189 ou 926.

2. Vergniaud, député du département de la Gironde, à Barère et à Robert Lindet, membres du Comité de salut public. Bibl. nat., Lb 41, 714 Â.

Î04 ROBERT LINDET [iJQS]

aggressîve, des Girondins, contre leur alliance avec Dumouriez, dont la trahison avait rendu nécessaire la création du tribunal révolutionnaire et celle du Comité de salut public. C'est aussi la justification des journées révolutionnaires des 3i mai et 2 juin 1793 '.

Le 3i mai, dit-il, une nombreuse députation de toutes les autorités constituées du département de Paris et des 48 sections vint dénoncer solennellement la commission des douze, et les vingt-deux membres qui avaient été précédemment dénoncés ; elle demanda qu'ils fussent traduits au tribunal révolutionnaire. Vergniaud, étonné de Tordre et de Tensemble de ce mouvement majestueux d'un département immense par sa population, qui se lève tout entier pour résister à l'oppression, fit décréter que Paris avait bien mérité de la patrie,

La commission des Douze fut supprimée. Le Comité de salut public fut chargé de rechercher les auteurs des complots dénoncés par les diverses députations de Paris et d'en faire son rapport. La Convention nationale décréta qu'il serait rédigé une adresse aux Français pour les prévenir contre tout récit infidèle des événements de cette journée.

Le I*' juin, une députation du déparlement et de la commune demanda un décret d'accusation contre 22 députés. — La pétition après discussion fut renvoyée au Comité de salut public.

Le lendemain, Lanjuinais proposa d'annuler tout ce qui s'était fait à Paris depuis trois jours, de mettre hors la loi tous les membres des comités, tous les citoyens qui avaient concouru à l'organisation de l'insurrection, s'ils n'abdiquaient pas leurs fonctions, qu'ilfût permis de leur courir sus.

La discussion s'ouvrit sur les dénonciations et les personnes dénoncées. La Convention nationale porta un décret d'arrestation contre 32 de ses membres.

Ce décret sera reçu du peuple français comme l'ont été les décrets rendus le 10 août. La conspiration des députés devait être plus funeste à la République que ne l'aurait été celle de Capet. La trahison de Dumouriez avait bien plus compromis les intérêts et le salut de la patrie que celle de Lafayette. Louis etLafayette avaient été le fléau de l'humanité : Dumouriez et les députés les ont surpassés dans la carrière des crimes et des forfaits. »

Lindet réplique à ceux qui soutiennent que la révolte de plusieurs corps administratifs est la suite du décret du 2 juin :

L'insurrection morale du département de la Seine du 3 1 mai peut-elle avoir allumé la guerre civile qui a éclaté à Lyon le 29 mai ? Peut-elle avoir préparé ces scènes barbares qui ont affligé l'humanité à Marseille, dans les mois d'avril et de mai, et qui ont presque éteint le sentiment de la liberté, cette coalition d'administrateurs qui parcouraient la France dans le mois de mai ; ces plans de fédéralisme concertés, et la convocation d'une assemblée de tyrans et d'esclaves dans la ville de Bourges ?

T. Il est nécessaire de comparer cet écrit avec le rapport fait par Saint Just le 7 juillet à la Convention sur la conspiration des Girondins. Hist, parl.y XXVIII, p. 241.

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