I06 ROBERT LINDET
trompés, disait Saint Just, et qui de nous peut se flatter de ne l'être jamais? » Mais quand ces députés eurent pris la fuite et soulevé les départements, Saint Just put ajouter : « Les vrais coupables sont ceux qui ont fui, et vous ne leur devez plus rien, puisqu'ils désolent leur patrie.. .. Vous ne pouviez pas sauver la patrie avec eux : qu'ils restent seuls avec le crime qu'ils voulaient commettre '. »
Cependant, au sein du Comité de salut public, Lindet suivait attentivement le mouvement des esprits : il voyait le danger des mesures de rigueur. Il espérait que le temps et le raisonnement feraient plus sur Tesprit normand de ses compatriotes que l'usage de la force armée. A la séance de la Convention du 24 juin, une députation de treize communes du département de l'Eure * dépose sur le bureau leur protestation contre les arrêtés du département. L'Assemblée applaudit à leur civisme, et, sur la proposition de Du Roy, en décrète la mention honorable au bulletin. Legendre se plaint de la conduite paternelle de la Convention envers les députés rebelles, et demande que le ministre de la guerre soit tenu de prendre les mesures nécessaires pour que force demeure à la loi dans la ville d'Évreux.
Du Roy sollicite l'ajournement de la proposition de Legendre : « La Convention doit distinguer les citoyens des administrateurs : les uns sont véritablement coupables, puisqu'ils veulent former une scission dans la République au moment où l'ennemi est à nos portes.... Les autres ne sont qu'égarés, et même la plus grande partie des citoyens est opprimée, et dans quelques jours peut-être, vous les verrez implorer votre indulgence et réclamer votre justice. »
Thomas Lindet demande que les administrateurs de l'Eure soient décrétés d'accusation. « La seule ville d'Évreux a été témoin des sentiments inciviques des administrateurs et aucune autre commune du département ne les a partagés.... Les administrateurs, organisant par leurs arrêtés la guerre civile, envoyèrent
membres du Comité ne vissent pas du même œil la journée du 3i mai, sept furent d*accord qu^il ne fallait pas verser de sang. Depuis, Danton et Delacroix ont fait rapporter les mesures de douceur que nous avions proposées, et ils ont môme proscrit ceux qui en avaient été les auteurs. Ainsi nous nous sommes trouvés menacés à la fois et par les députés mis hors la loi, et par ceux qui voulaient les punir. » Séance de la Convention du s germinal an III (22 mars 1795).