‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 55 sur 201 · ADRESSE AUX DÉPARTEMENTS INSURGÉS IO · texte numérisé non relu

ADRESSE AUX DÉPARTEMENTS INSURGÉS IO

Art. IX. — L'adresse et le présent décret seront envoyés aux corps administratifs, aux municipalités par des courriers extraordinaires.

Le lendemain 27, à la séance de la Convention, Lindet annonçait que cinq administrateurs du département de TEure se sont rétractés : ils se présenteront, dit-il, ce soir à votre barre. A la séance du soir, il déclarait avec satisfaction que dix-huit membres des administrations du département de TEure étaient venus à résipiscence : « les uns ont envoyé par écrit leur rétractation, les autres paraîtront demain à votre barre. »

A la séance du 28, Couthon donne connaissance de Tadresse de la société populaire d'Orbec ' afin de prouver que l'esprit public n'est pas toujours en faveur des conspirateurs.

L'insurrection est un devoir pour le peuple, elle est un crime pour les fonctionnaires publics. Nous demandons vengeance contre nos administrateurs. Nos frères de Paris, en sollicitant la destitution des législateurs perfides, ont prouvé quMls veillaient pour nous; nous veillons ici pour eux, nos intérêts sont indivisibles comme la République.

En même temps, on faisait distribuer dans les départements radresse préparée par R. Lindet; après avoir rappelé la convocation des assemblées primaires pour Tacceptation de la constitution, qui va assurer l'avenir et le bonheur de la France, l'auteur de l'adresse attaquait vivement les députés fugitifs.

Ils invitent les départements à se séparer de la Convention, à lever des armées particulières, à s'emparer des caisses nationales, des arsenaux, des munitions, des subsistances militaires, à intercepter les convois, les communications et toutes les correspondances.

Si leur plan s*exécutait, on verrait bientôt autant d'armées, autant de puissances belligérantes que de départements. La France serait livrée à des horreurs que n*a pas éprouvées la Pologne, qui a subi le joug de trois tyrans sans avoir tiré Tépée. Elle se détruirait elle-même en présence des puissances coalisées et de leurs armées rassemblées sur nos frontières...

Citoyens, les traîtres qui s'efforcent de vous égarer et de vous entraîner dans leur révolte vous proposent de marcher sur Paris et la Convention nationale. Paris peut-il être étranger à la République? N'est-il pas l'asile de vos frères et le berceau de la liberté ? Les citoyens de Paris n'ont demandé comme vous que la Constitution; ils ont dénoncé les auteurs des maux de la France.

I. Orbec est voisin de Bernay, et avant 1789 dépendait du mémo bailliage. L'esprit public semble avoir été le même dans ces deux villes pendant la Révolution.

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Puis, prenant à parti ces administrateurs, ces fonctionnaires qui, usurpant la souveraineté du peuple, se sont emparés du gouvernement même : a ils devraient, dit-il, être les agents du gouvernement : leurs fonctions sont déterminées par la loi ; ils les ont abandonnées pour se soulever contre les seuls représentants du peuple, contre les membres de la Convention. Ils ont trahi leurs frères qui sont sur les frontières en arrêtant les convois militaires, Tartillerie, les troupes, etc. »

Cependant leur nombre est restreint : il diminue de jour en jour.

La Convention nationale a reçu de plusieurs départements des rétractations qui justifieront à la postérité que l'homme vertueux peut ôtre égaré, mais que ses yeux s'ouvrent à la lumière avant que son égarement soit nuisible à la société et à l'humanité.

Ces exemples, en avertissant de réprimer les troubles dès leur naissance et d'être sévère envers tout factieux, tout conspirateur, font un devoir au législateur humain et sensible d'accueillir des concitoyens égarés, et de n'offrir que l'instruction et les lumières à ceux qui ont été toujours attachés à leur patrie et qui n'ont besoin que d'être éclairés pour reprendre leur rang parmi les bons citoyens.

Citoyens, qui avez juré d'être libres, qui voulez avoir une patrie, UQft constitution, ralliez-vous à la Convention nationale qui vous garantit la République une et indivisible.

Cet appel à l'apaisement, par la promesse d'un généreux oubli offert aux citoyens égarés, était d'une grande et profonde politique. Il allait arrêter Teffusion du sang en détachant des instigateurs du mouvement, les administrateurs qui, sans trop réfléchir aux conséquences de leur acte de révolte, s'étaient engagés dans une voie périlleuse où ils se sentaient abandonnés par la masse populaire. La proclamation de la Convention fut répandue dans l'Eure et le Calvados, partout où les agents de la Convention avaient conservé quelque autorité. Dans plusieurs districts elle fut arrêtée par des administrateurs dévoués à Finsurrection et ne parvint point aux municipalités. Là n'était point l'important. Il suffisait que les membres des directoires de département et de district fussent avertis du moyen de salut que la Convention leur offrait. C'était parmi eux que les Girondins comptaient leurs partisans les plus dévoués et leur étatmajor : c'était près d'eux que la Convention devait agir.

Quant aux populations rurales, elles n'avaient point pris parti pour les Girondins. Elles ne voyaient et n'appréciaient que l'énergie révolutionnaire se traduisant par des actes : et depuis

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