I. Moniteur, XVII
[1793] PROGRÈS DE l'insurrection FÉDÉRALISTE Il5
prendre par les influences, assez probe pour désarmer la calomnie et décourager les intrigants. Le Comité de salut public crut ravoir trouvé dans Tun de ses membres, R. Lindet.
Au sein du Comité de salut public, on lui demanda un plan d*action pour s'opposer à la marche des rebelles et les disperser.
Il dit au Comité que beaucoup d'esprits avaient été égarés, qu'il serait facile de ramener le plus grand nombre en l'éclairant. « Je voudrais, dit-il, que Ton rassemblât une petite armée « de quatre ou cinq mille hommes pour marcher à la rencontre « du général Wimpffen; qu'un représentant du peuple écrivît aux a citoyens d'Évreux; qu'il demandât à être entendu dans cette « commune, qu'il s'y rendît seul, soit qu'il reçût une réponse, « soit qu'il n'en reçût pas; qu'il laissât au général un plan et un « ordre d'attaque, après avoir fixé le temps nécessaire pour le « succès de sa négociation. Je voudrais, ajouta-t-il encore, que « le représentant arrivé dans Évreux se présentât au peuple ; « que s'il avait l'espoir d'entrer en négociations il envoyât des « courriers au général pour lui en donner avis ; que s'il ne pouce vait sortir d'Évreux, ni faire partir des courriers, le général « suivît le plan concerté; que s'il fallait en venir à des hostilités, « l'attaque fût vive, brusque, pour la rendre moins meurtrière, « et que le représentant du peuple fût la première victime^ afin a que son dévouement et son malheur puissent encore être utiles « à la patrie et préparer les esprits à l'attendrissement et à la « réunion. »
Ce plan de pacification met en relief toute la générosité de Lindet : déjà, à Lyon, il s'attendait à payer de sa personne son projet de conciliation; il courait au devant du sacrifice et simplement s'offrait comme victime à immoler, persuadé que ce dévouement serait utile au rapprochement des partis. Le Comité de salut public approuva vivement le plan qui venait d'être tracé par Lindet. On lui demanda qui se chargerait de l'exécution. — Moi-même, si vous le voulez, répondit-il. Son offre fut accueillie avec joie par ses collègues. Du Roy demanda à se joindre à R. Lindet.
Le Comité s'occupa aussitôt d'organiser une force armée destinée à accompagner les représentants. Par son arrêté du 4 juillet ' le ministre de la guerre est chargé de disposer dix canons de quatre, deux mille fusils et des cartouches ; des commissaires vont aller organiser le bataillon que doivent fournir les départements
1. Recueil des actes du Comité de salut public, Aulard, V, i65.
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limitrophes de Paris. Le i5* bataillon d'infanterie légère, deux cents hommes du 8« régiment et deux ou trois cents gendarmes avec une compagnie de canonniers volontaires ou de la ci-devant ligne^ doivent se tenir prêts à partir pour cette expédition. Ils se réuniront à Mantes sous le commandement d'un général, de deux adjudants généraux sans culottes^ et d'un commissaire des guerres que nommera le Conseil exécutif. Un bataillon de Tarmée de la Moselle doit accourir en poste, et les dépôts les plus voisins fourniront le nombre d'hommes suffisant.
Enfin, aux termes de l'article 8 de cet arrêté, les citoyens Robert Lindet et Du Roy, membres de la Convention nationale, se rendront, suivis de la dite force suffisante, dans le département de l'Eure j70Mr^ ramener les citoyens à Vobéissance et au respect des lois par les moyens de persuasion et d'instruction.
Le ministre de l'intérieur mettra à leur disposition (art. 9) la somme de 20,000 livres, que les dits représentants pourront employer soit à l'instruction, soit à la solde des citoyens peu fortunés qui les aideront dans leur mission .
En cas que les voies de conciliation ne réussissent point (art. 10), la force armée sera tenue de déférer à toutes les réquisitions qui lui seront données par les représentants Lindet et Du Roy. Toutes les autorités civiles demeurent également tenues de leur obéir.
Dans la soirée du 5, R. Lindet et Du Roy se rendirent à la Commune. Real, l'un des substituts de Chaumette, s'éleva avec véhémence contre l'apathie des Parisiens... Les deux représentants, nous dit la Chronique de Paris, s'offrirent pour marcher à la tête des Parisiens, avec les officiers municipaux ceints de leur écharpe et le sabre au côté '. Le lendemain 6, le Comité presse à nouveau les sections de Paris, et les invite à demander quelle compagnie, dans chaque section, aura l'honneur de marcher sur Évreux. Une compagnie de canonniers sera jointe à chaque bataillon, et une troisième compagnie marchera sur Rouen.
Le Comité de salut public autorise le ministre de la guerre à envoyer à Vernon quatre cents hommes de la gendarmerie de Paris' et, dès le 8, ces troupes sont rendues à destination. Un détachement de gendarmes de Seine-et-Oise les suivit et se joignit aux cinquante chasseurs commandés par Bouquelon et aux