Recueil des actes du Comité de salut public, V
2. Les districts de Vire (séance du Conseil général du 9 juin], de Pont- TEvôque (20 juin), de Falaise (19 juin), réfusaient leur adhésion. Bayeuz et Lisieux seuls semblaient faire cause commune avec le département. Les campagnes vexées par les blés nous maudissaient, disait Wimpffen. (Vaultier, Souvenirs du fédéralisme, 5oet 5i).
3. Voir le certificat lu à la séance de la Convention du 9 germinal an III. Il permet de se faire une opinion sur le prétendu républicanisme de Leroy et de Puisaye, entrés plus tard au service des princes émigrés.
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les sentiments royalistes du bataillon, Tavait accueilli dans ses troupes et dirigé sur Evreux sous le nom de 6® bataillon du Calvados.
Le lo juillet, Puisaye, aide-de-camp de Wimpffen, était arrivé à Evreux, avec le titre de général, et avait pris le commandement des troupes départementales; mais il ne s'arrêta pas au chef-lieu de son commandement et s'en fut passer la nuit à son château de Menilles près Pacy, donnant rendez-vous pour le lendemain à ses troupes à Pacy même.
A cette date du 12 juillet, Tarmée départementale pouvait compter environ 3, 000 hommes de troupes disparates, comprenant :
Quelques détachements de cavaliers des régiments en formation pour la défense des côtes de Normandie, dragons de la Manche, chasseurs de la Bretèche (22®) amenés du Calvados et que Wimpffen avait entraînés contre la Convention ;
Le 6« bataillon du Calvados commandé par Leroy ;
Un bataillon du Morbihan et un autre d'Ille-et- Vilaine, dont l'équipement et l'armement avaient été célébrés avec enthousiasme par le Bulletin de l'Assemblée centrale^ lors de leur arrivée à Caen ;
Le détachement de Pavant-garde du Calvados, soit 245 hommes;
Le détachement de 147 hommes partis de Caen le 7 juillet comprenant les 17 volontaires, et qui, avant de partir, avait solennellement été chercher son drapeau au sein de rassemblée centrale ;
Enfin, un détachement fourni par la garde nationale d'Évreux.
L'artillerie de Puisaye était relativement nombreuse (12 pièces), mais elle manquait de boulets. Pour s'en procurer, on envoya un peloton de vingt-quatre gendarmes, sous les ordres du commandant Gautier, enlever des forges de Vaugoins, à Conches, les boulets qui y avaient été fondus pour le ministère de la guerre. La municipalité de Conches, surprise, n'avait pu s'opposer à cette attaque. A cette époque de l'année, les habitants étaient occupés dans les bois. Plus tard, cet incident deviendra la cause d'une accusation capitale portée contre la municipalité de Conches par Delacroix, Legendre et Louchet, et dans laquelle R. Lindet interviendra pour arracher cette municipalité au tribunal révolutionnaire.
Louvet évalue à 2,000 hommes les forces envoyées de Caen dans l'Eure, mais il ne tient pas compte du bataillon de Leroy
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ni du contingent de la garde nationale d'Évreux. Nous croyons être dans le vrai, en fixant à 3,ooo hommes environ l'effectif des troupes départementales qui vont se rencontrer bientôt à Brécourt avec les troupes de la Convention.
Le 12 juillet, aussitôt son arrivée à Vernon, Du Roy écrit à la Convention pour lui signaler l'esprit des habitants et la présence de l'ennemi, dont les avant-postes avaient tenté une reconnaissance, la veille, vers les lignes des troupes de la Convention.
Vemon, 12 juillet 1793, 11 heures et demie du soir \
Citoyens représentants du peuple,
Nous arrivâmes hier matin, mon collègue Robert Lindet et moi, à Mantes. Les corps administratifs s'empressèrent de nous manifester la meilleure volonté, et nous apprîmes avec la plus vive satisfaction que les citoyens de cette ville avaient accepté la Constitution à l'unanimité. Nous prîmes des renseignements sur la situation des corps cantonnés à Mantes et à Limay. Le soir, nous nous rendîmes à la Société populaire et fûmes témoins du patriotisme des bons sans-culottes de Mantes, pour la plupart honnêtes laboureurs et artisans.
Je me suis rendu aujourd'hui à Vernon, avec les citoyens Xavier Audouin, adjoint du ministre de la guerre, et Lefèvre, commissaire ordonnateur, pour connaître la situation de cette ville et des troupes qui y sont. Lindet est resté à Mantes pour diverses expéditions. J'ai trouvé à Vernon la 33* division de gendarmerie à pied dite des Ponts, 100 hommes de la gendarmerie à cheval de Paris et un nombre considérable de gardes nationaux des communes voisines de Vernon et du district des Andelys. Il m'a été rapporté que nos patrouilles avaient hier rencontré celles des rebelles, qu'elles avaient eu une conférence ensemble, qu'on avait fini par s'embrasser, et les dragons de la Manche devaient venir dtner aujourd'hui à Vernon avec nos braves sans-culottes. Mais ils n'ont pas tenu parole. Au contraire, les rebelles sont venus, cette après-midi, inquiéter nos avantpostes qui se sont repliés dans la forôt de Bizy ; on nous a rapporté qu'ils se présentaient en force et menaçaient d'une attaque. La générale a battu, toutes les troupes se sont à l'instant rendues à leurs postes, se sont portées avec rapidité sur la côte de Bizy ; mais les soldats de Buzot avaient déjà disparu... Il n'y a pas eu un seul coup de fusil de tiré. J'ai eu la satisfaction de ne pas voir couler le sang de mes frères, et les moyens que mon collègue et moi désirons employer restent encore entiers. Je l'instruis de ma position et je ne perds pas l'espoir de remplir vos vues, et de manière qu'elles ne causent aucun regret à nos concitoyens. Veuillez croire que nous ferons tous nos efforts pour justifier votre confiance.
Lindet, resté à Mantes, avait reçu, en effet, à huit heures le courrier de Du Roy l'avertissant que les rebelles ayant attaqué un avant-poste, allaient marcher sur Vernon. Il réclamait toutes les forces disponibles.
I, Recueil des actes du Comité de salut public, V, 244.
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Je reqaU, dit Lindet ', le bataillon de chasseurs, le commandant donna Tordre ; les chasseurs furent rassemblés au nombre de 600, en douze ou quinze minutes, et partirent pour Vemon. J'adressai de pareilles réquisitions aux hussards, aux gendarmes; tout fut exécuté. Cependant je rassurai la Yille, je m'expliquai de manière à différer tontes les inquiétudes : j*étais convaincu que c'était une alerte, faite de négligence et de faux bruits. A 9 heures, j'expédiai un courrier au ministre demandant des généraux et dei mimitions avec de l'artillerie. Â minuit, j'expédiai un courrier au département de Seine-et-Oise pour en obtenir des cartouches qui seront remplacées par le gouvernement : je donnai à ce courrier une seconde lettre pour le ministre de la guerre.... A 4 heures du matin, mon collègue m'a confirmé l'opinion que j'avais conçue; il ne s'agissait que d'une alerte occasionnée par de faux bruits; il n'y a pas eu un seul coup de fusil tiré. Ces alertes produisent un très mauvais effet et sont le résultat de la négligence dans le service, du défaut absolu de surveillance et de commandement. Les généraux arrivent, je n'entends pas encore parler de poudre, de cartouches et de canons. Je suis désespéré de la lenteur et de l'indifférence des agents dans les diverses parties du service.
Une force promptement rassemblée et bien organisée nous donnerait des moyens efficaces de rendre Évreux à la liberté. Je pars pour Vemon. Les rebelles font chaque jour imprimer des impostures ; vous nous rendriez un grand service si vous chargiez le ministre de la guerre de nous envoyer deux presses *. On dit que l'objet ne serait pas dispendieux, il serait très utile; mais si vous adoptiez cette proposition, il faudrait qu'elle fût exécutée sur-le-champ. J'apprends d'Amelot, adjudant général, qui devait être à Dieppe et qui est à Rouen, qu'il était averti à 8 heures du soir de l'alerte de Vemon qui a eu lieu à 7 heures ; c'est un sujet de réflexion.
Cependant l'armée de «Lindet était assez pourvue d'artillerie pour n'avoir plus à redouter celle qui existait à Évreux ^ mais ni le général Sepher, ni l'adjudant général Boulanger n'étaient encore arrivés : on manquait de direction militaire. Le 12, Lindet écrivait à Bernay : « Les forces se rassemblent chaque jour, mais elles ne présenteront une armée que le 16 ou peutêtre le 18. »
Puisaye se décida enfin le i3 à marcher sur Vernon, mais Du Roy avait reçu les secours que Lindet lui avait adressés dans
1. Lettre au Comité de salut public, i3 juillet. Actes du Comité de salut public. Y, 2b2.
2. Les presses furent envoyées. Elles servirent à imprimer les adresses et proclamations des représentants en mission, et le Journal de l'armée des côtes de Cherbourg, dont le premier numéro parut à Évreux le 28 juillet 1793. Voir Gaston Lavalley, Nouvelle Revue, t. 89-750-761.!^ Presse pendant la Révolution.
3. Lettre de Lindet à la Convention, datée du 14 juillet, publiée au Moniteur. Voir aussi la lettre de Lindet au Conseil général de la commune de Bemay, du 12 du même mois. [Arch. de Bernay.]