‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 65 sur 201 · RETRAITE DE PUYSAYE SUR ÉVREUX · texte numérisé non relu

RETRAITE DE PUYSAYE SUR ÉVREUX

général Sepher n'arriva que le 14 au soir : on comptait pour le même jour sur Tarrivée du régiment de ligne d'Armagnac dont il ne vint qu'un bataillon, d'un contingent de Paris, enfin d'un bataillon et d'un escadron de Seine-et-Oise qui n'étaient pas encore prêts.

Lindet n'attendit ni ces troupes ni le général. Il leur laissa l'ordre écrit de venir le rejoindre de suite à Vernon, et courut aussitôt dans cette ville retrouver Du Roy.

C'est de Vernon que Lindet écrivit sa première lettre à la Convention; elle est datée du 14. Il raconte d'abord les faits suivant les renseignements erronés qui lui avaient été transmis : « les révoltés ont tiré, dit-il, quatre ou cinq coups de canon... les troupes du commandant Humbert auraient riposté par une quarantaine de coups tirés avec une extrême vivacité... quelques citoyens de l'armée de la République ont été légèrement blessés... Tous ont montré le plus grand courage. . .

Le général Sepher arrive ce soir. Le service se fait avec autant de zèle que d'exactitude. 11 est essentiel de profiter de la disposition des esprits. On veut étouffer promptement un germe de guerre civile apporte' dans ce dépar^ tentent par quelques rebelles réfugiés dans le Calvados qui ont séduit et égaré quelques jeunes gens des divers départements.

Si le contingent de Paris, si le bataillon et Tescadron de Seine-et-Oise s'empressent de voler à la défense de leurs frères d'armes, ou si la seule compagnie des canonnîers de la halle au blé veut se rendre au camp, le département de l'Eure sera bientôt délivré du joug et de l'oppression qu'il n'a supportés quelques jours que parce qu'il n'avait plus d'armes et qu'il avait confié toutes celles qu'il avait aux citoyens qui combattent sur le Rhin et sur l'Escaut.

... Les habitants des campagnes prennent le plus vif intérêt au succès de ces mouvements, ils veulent tous combattre pour la Constitution et pour vos lois *.

Le même jour, il écrivait au ministre de la guerre Bouchotte et au Comité de salut public pour leur raconter l'affaire de Brécourt, leur demander de hâter l'envoi des forces promises à l'Eure, ou plutôt, disait-il, « bornez-vous à nous envoyer, au lieu du contingent de Paris, la compagnie de canonniers de la section delà Halle ».

Comptez que la plupart des citoyens égarés par le donjon de Caen, n'attendent que l'occasion de pouvoir avec sûreté se détacher de la conspi-

I. Lettre lue à la séance de la Convention du lundi i5 juillet 1793. Moniteur du mardi 16 juillet.

ration ou du système de révolte. Les habitants des campagnes s'arment avec enthousiasme...

Il termine enfin par cette phrase, où se lit cette persistante pensée d^arriver à la pacification par la persuasion, sans effusion de sang.

Nous remplirons nos engagements, nous vous remercions de nous avoir mis à portée de les remplir par la nature des instructions données aux généraux. Nous ferons en sorte que cette guerre ne coûte ni larmes ni soupirs.

Cette affaire de Brécourt reçut le nom qu'elle méritait ; elle est connue, dans le pays, sous le nom de bataille sans larmes '.

Vaultier, qui était Tun des fédéralistes et qui a assisté à la journée de Brécourt, dans ses Souvenirs de l'insurrection a détruit les vantardises de Puisaye et de son aide de camp La Barberie de Saint-Front. Après lui, Davy, dans son beau livre Les Conventionnels de VEure^ en a fait justice définitive. Pourquoi les troupes de Vernon se seraient-elles sauvées, quand elles voyaient fuir devant elles, sur la route d'Évreux, les troupes qu^elles voulaient empêcher d'avancer? « Peut-être étonnées de rencontrer si peu de résistance, elles ont dû rire de ce troupeau pris de vertige, mais voilà tout ! »

Le soir elles rentraient à Vernon, et cela allait de soi. Elles n'avaient rien à faire à Brécourt après la déroute des Calvadosiens.

La journée avait été bonne pour la République.

Suivons maintenant Puisaye dans sa rapide sinon glorieuse déroute, sur la route d'Évreux.

A peine rentrés dans la ville d'Évreux, qui avait été le berceau du mouvement fédéraliste, Bougon Longrais *, Caille et Lenor-

1. Voir sur toutes les exagérations de Puisaye, ses vantardises et ses prétendues victoires : Davy, Les Conventionnels de l'Eure^ II, pp. 296 et suiv., 3 18 et suiv.; — Vaultier, Souvenirs de Finsurrection normande dite du fédéralisme ^ pp. 23-25, 233. — Cf. Mémoires du comte Joseph de Puisaye, lieutenant général^ etc. qui pourront servir à Vhistoire du parti royaliste français durant la dernière révolution. Londres et Paris, i8o3- 1826, 6 vol. in-8, — et Louvet, Mémoires^ édit. Âulard, imp. Jouaust. I, io5.

2 . Bougon Longrais, procureur général syndic du département du Calvados, actif, éloquent, avait été un des promoteurs de rassemblée départementale. Il avait présidé l'assemblée fédérée de TEure. Après TafFaire de Brécourt, il revint à Caen, puis, au départ des Bretons, se joignit à leur colonne et les accompagna jusqu'à Fougères. Au moment du passage de la grande armée vendéenne (4 novembre 1793) il se présenta au prince de Talmont, dont il devint secrétaire, et lui proposa de marcher en Normandie,

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