LES TROUPES DÉPARTE IIENTALES QUITTENT ÉVREUX II
tnand qui, tout en essayant de tromper les autres sur l'impor* tance de l'échec subi, en comprenaient la portée réelle, sentirent bien vite que la position n^était pas tenable dans TEure. Les gardes nationaux que Ton avait entraînés à Tattaque de Vernon plaisantaient de leur déconvenue et très hautement accusaient WimpfTen d'avoir abusé d'eux, «t Nous ne sommes pas des insurgés ; jamais nous n'avons voulu prendre Vernon de force, nous allions fraterniser ; mais, après le premier coup de canon, nous avons vu la supercherie ! // ne faut plus compter sur nous / » Et le lendemain, sur le pas des portes, par la ville éveillée dès l'aube, chacun disait son mot. Les citoyens restés fidèles, mais dont l'oppression avait longtemps arrêté la langue, ne se gênaient plus. Tout le monde conspuait WimpfTen, et Gardembas, ami personnel de Buzot, qui avait fait partie de l'assemblée insurrectionnelle du 6 août, et par conséquent à l'abri de toute suspicion, a pu écrire dans son Précis des événements^ ces lignes : « Aussitôt que les citoyens d'Évreux se furent aperçus qu'on les avait trompés et que le canon tiré à Brécourt leur eut fait connaître qu'il ne s'agissait point de fraterniser, mais bien de livrer un combat, ils abandonnèrent les rangs et se rendirent tous chez eux. » Or déjà, les agitateurs de Caen savaient que tous les districts avaient refusé d'envoyer leurs contingents à Evreux ; que le maire et le procureur syndic du département avaient quitté la ville pour ne point se rallier aux Caîvadosiens. Ils voyaient le pays qui les environnait notoirement hostile, et Évreux prêt à se tourner contre ses alliés de la veille. En vingt-quatre heures, disait Buzot, « l'opinion avait changé du tout au tout ». Les batail-< Ions du Morbihan, du Finistère et d'Ille-et- Vilaine, sur lesquels Wimpffen aurait pu s'appuyer, étaient démoralisés, et, disons-le, pleins d'une défiance marquée. Leur attitude laissait voir qu'ils n'obéissaient plus qu'avec peine. Puisaye comprit qu'il devait se retirer et ne point céder aux instances des administrateurs du département de l'Eure compromis.
Les chasseurs et les dragons de la Manche déclarèrent se
çn l'assurant qu'on y exciterait facilement une insurrection. Son projet séduisit même quelques chefs. C'était un triste reniement des opinions pour lesquelles il venait de combattre et de souffrir, lui l'amant et l'admirateur de Charlotte Corday ! Quelques semaines après, Bougon fut pris, conduit à Rennes et guillotiné (4 janvier 1794). Voir Puisaye, Mémoires, t. II, p. 140 ; — M»* de la Rochejaquelein, Mémoires, p. 296; — Savary, Guerres des Vendéens et des Chouans ; — De la Sicotière, Louis de Frotté et les insurrections normandes^ t. I, 179.
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retirer de l'armée départementale. Les gardes nationaux s'étaient évadés... Alors, Puisaye quitta Évreux le 14 juillet, dans l'aprèsmidi, emmenant avec lui les administrateurs, les papiers administratifs, les vivres, les approvisionnements, « toute Partillerie de TEure et la caisse du département contenant plus de un million de livres ». Jamais Puisaye ne put dire ce qu'était devenue cette somme qu'il avait ainsi soustraite au département de l'Eure. C'était un acte de chouannerie, — prélude de ceux auxquels plus tard ce prétendu girondin devait se livrer à la tête des Vendéens de l'armée catholique et royale.
Il avait formé le projet de s'arrêter à la Rivière Thibouville où il connaissait, disait-il, un poste inattaquable. Il voulait y attendre le général en chef, mais il n'osa le faire, et fila sur Lisieux où ses troupes arrivèrent dans un désordre complet.
En passant le 14 à la Rivière Thibouville, il avait adressé un rapport sommaire à son général en chef. Si on l'en croyait, il aurait fait des prodiges de valeur. Son corps d'armée se serait couvert de gloire : il aurait capturé onze prisonniers et tué trente hommes à l'ennemi sans en perdre un seul. Mais au moment où la victoire paraissait décidée, la lâcheté et la poltronnerie de quelques-uns avaient causé une panique qui avait tout entraîné. Et il terminait ce tissu de mensonges et d'impostures sur une note d'attendrissement grotesque : « Pour moi, mon cher général, je ne puis plus vivre que parce que j'ai l'espoir de mourir à vos côtés. »
Les commissaires civils qui accompagnaient Puisaye recevaient, pour prix de leur acquiescement à ces mensonges, des éloges pompeux : « Unissant à la sollicitude de l'administrateur, le courage du guerrier, ils ont animé par leur exemple, soutenu par leurs discours, et consolé par leurs soins paternels. » Ceci était pour le gros public ; mais aussitôt arrivé à Lisieux, Bougon se hâtait d'ouvrir son cœur à Wimpffen et de lui dire la vérité, pendant qu'on transcrivait ce fantastique rapport officiel : <c Je vous invite à vous rendre ici. Si vous tardez encore deux jours, tout est f....l L'armée se désorganise. Puisaye n'y peut rien. Il n'a pas les esprits pour lui. Je vous dirai ce que je crois être la cause de cette prévention, peut-être injuste, mais qui est défavorable, n Bougon avait dit le vrai mot de la situation, et sa boutade s'appliquait d'une façon cruelle au mouvement départemental dont il avait été l'un des plus habiles organisateurs.
Il fallait pourtant bien avouer la défaite aux populations du
[1793] VANTARDISES DE PUYSAYE l3l
Calvados. Voici ce que publiait le Bulletin n^ 9 de TAssemblée centrale :
ÉvreuXj i j juillet. Les forces départementales armées contre l'anarchie sont maintenant dans les murs de cette ville. L'événement dont cette retraite est l'effet, est un de ces accidents si communs au commencement d'une campagne et que la prudence peut rarement prévoir. Malgré les brillantes relations qu'on ne manque pas de publier de la grande victoire de Tannée de la commune de Paris, c*est un fait aujourd'hui reconnu que notre perte est nulle. Ce léger échec doit, au contraire, être pour nous d'une grande utilité; il apprendra aux défenseurs de la République que le courage n'est rien sans la vigilance, etc., etc.
... Le bataillon d'IUe-et- Vilaine s'est parfaitement conduit : il voulait mème^ aussi bien que celui du Morbihan, protéger la ville d'Évreux. Mais on a cru devoir évacuer la ville.... Bientôt sans doute ils x rentreront; ils y rentreront avec nos braves frères d*armes, qui apprendront aux satellites de Marat et de Pache que les lâches peuvent quelquefois vaincre par la trahison {sic\ mais qu'ils finissent toujours par être vaincus par le courage.
Heureusement pour la patrie, ces gasconnades ne pouvaient plus avoir d'action sur l'esprit public. L'Eure tout entier recevait, avec des cris d'allégresse, les deux commissaires de la Convention qui venaient apporter la paix et l'oubli, au milieu de leurs concitoyens un moment égarés.