I. Actes du Comité de salut public^ V, p
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transporter dans le département du Calvados et départements voisins, des mêmes pouvoirs qu'ils avaient pour aller dans le département de TEure et qu'ils sont autorisés à prendre toutes les mesures nécessaires pour y établir Tordre, faire saisir les conspirateurs et assurer le triomphe de la liberté ».
La Convention ne pouvait mieux témoigner de sa reconnaissance envers les deux commissaires par elle envoyés le 9 juillet dans TEure, qu'en leur maintenant leurs pouvoirs pour continuer la même mission pacificatrice dans le Calvados. Elle leur adjoignit Bonnet (de Mautry], député du Calvados, qui déjà avait reçu une mission semblable, mais secrète, au mois de juin, dans ce même département, sans avoir pu, d'ailleurs, l'exercer sur place ' .
I. Bonnet avait, dès le 14 juin, écrit à la municipalité de Caen pour essayer d^arrêter Tinsurrection. Voici cette lettre inédite :
« Je vous écris le cœur oppressé et navré de douleur. N*attendez donc pas de moi les expressions d'un homme qui voit tout en beau. Le feu de la guerre civile s*allume, dit-on, dans notre malheureux pays. C'est à vous, chers concitoyens, à en préserver au moins notre cité qui vous est chère comme à -moi. La Convention nationale a prononcé hier un arrôt terrible contre les administrateurs du département : si ce décret n'est pas exécuté, je vous le dis avec franchise, je crains les plus grands malheurs. On a cru montrer beaucoup d'énergie en faisant mettre en état d'arrestation deux représentants du peuple (Romme et Prieur), et on a commis, selon moi, une faute bien grave. On a exercé un acte de souveraineté qui n'appartient qu'à la Convention^ mais on sentira, par la réflexion^ toutes les conséquences d'une aussi étrange méprise. Je sais, citoyens, que mon opinion ne sera pas celle de tout le monde, mais dût ma tête tomber sur l'échafaud, je ne trahirai jamais la voix de ma conscience. Elle seule est mon guide, et je lui obéirai tant que je vivrai.
a Je ne suis pas, citoyens, et vous ne l'ignorez pas, un de ces hommes exagérés qui cherchent, par excès de patriotisme, à provoquer les soupçons et les défiances; je vis seul au milieu de Paris. On ne me voit jamais qu'à l'Assemblée ou chez moi, ou quelquefois à la promenade et encore dans les lieux écartés, et presque toujours sans compagnie. J'observe ainsi la marche de la Révolution, et je la suis, autant que mon intelligence me le permet, dans son véritable sens. On me dira sans doute que je ne suis qu'un sot ou un aveugle, mais ce n'est pas ma faute si la nature m'a fait ainsi. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'y- a pas d'homme au monde mieux intentionné.
« Je vous envoie, citoyens, une proclamation très courte que je vous prie de faire imprimer et afficher en placards dans votre ville. Je ne crois pas qu'elle produise un mauvais effet. Cependant, pour vous prouver ma docilité et ma résignation aux volontés de mes frères, c'est que je vous la soumets entièrement; si vous ne jugez pas convenable de la faire afficher, vous en êtes les maîtres : je m'en rapporte à votre sagesse, à votre prudence et à votre amitié pour moi qui, j'ose m'en flâner, ne s'est pas altérée.
[l 79?] R. LINDET, DU ROY ET BONNET ENVOYÉS DANS LE CALVADOS l^S
Le 19 juillet, les deux représentants, qui n'avaient pas encore de réponse de la Convention, insistent à nouveau ' :
« Il faut éteindre le foyer de la guerre civile, Bemay nous demande des secours; il faudra se porter à Lisieux et à Caen. Veuillez délibérer sur le champ, il faut rassurer les villes et les campagnes menacées.
Réglez les deux points que nous avons soumis à votre décision.
Il serait facile de réunir les deux armées; mais on ne peut réunir les deux états majors. Les rivalités, les jalousies nuisent à tout. — Décision très prompte et très positive.
^ Nous avez- vous accordé ou fait accorder ce que nous demandons pour Evreux? Répondez-nous par un courrier extraordinaire.
Bonnet envoyait en môme temps une lettre pour les deux représentants du peuple détenus au château. En voici la teneur :
« Paris, le 14 juin lygS, Tan II* de la République,
« C'a été pour moi, chers collègues, un coup de massue terrible, quand j'ai entendu lire à la tribune la nouvelle de votre arrestation. Nos compatriotes ont été trompés, mais croyez quMls reviendront de leur erreur. Combien peu d'hommes, au milieu des orages d*une révolution, savent discerner le vrai du faux! Combien de fautes involontaires qui passent pour des crimes ! Combien il est difficile de saisir le point où il faut s'arrêter quand on est éloigné du théâtre des événements !
« On a procédé hier au décret d'accusation contre les administrateurs du département, et vous le saurez probablement avant d'avoir reçu la présente. Cependant ces administrateurs sont des hommes purs, sont de vrais amis de la liberté. C'est vous-mêmes, chers collègues, que je prendrai pour juges de leurs sentiments, quand vous les connaîtrez mieux. Ce qui est actuellement de la plus haute importance, c'est que le peuple qui les aime, ne s'oppose pas à leur arrestation, car tout serait perdu; employez tous vos efforts, faites tout ce que votre situation vous permettra. Concertez-vous avec les officiers municipaux qui sont aussi de très braves concitoyens, pour empocher, autant qu'il sera en vous, tout mouvement populaire. Écrivez aux administrateurs qu'ils se rendent eux-mêmes avec vous au château : vous converserez ensemble, et vous vous réunirez tous, j'en suis certain • Vous conviendrez unanimement qu'il faut savoir souffrir quelques moments pour sauver son pays, car les républicains pensent ainsi. Vous les détromperez sur l'existence d'une prétendue faction qu'on dit vouloir seule gouverner l'État; et si vous réussissez, comme je n'en doute pas, à les convaincre, notre malheureux département ne sera pas exposé aux horreurs de la guerre civile.
« Au reste, chers collègues, vous êtes bons et sages. Je ne prétends point m'arroger le droit de vous donner des conseils, je voudrais seulement sauver ma patrie et mes concitoyens de tous les maux qui les menacent. J'espère que vous recevrez fraternellement les réflexions d'un ami de la vérité qui est aussi le vôtre, comme il l'est de tous les gens de bien.
c Bonnet, député de Calvados à la Convention nationale. »
Ces deux pièces sont aux archives du Calvados, Lm fédéralisme.
I. Lettre du 19 juillet 1793. Ministère de la guerre. Âulard. Recueil des actes du Comité de salut pubic, V, p. 804.
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Cette lettre pressante, reçue le 20 juillet, motiva le jour même la réponse suivante du Comité :
Citoyens nos collègues, — Tout ce que vous demandez par votre lettre du 19 juillet se trouve exécuté. — Le ministre de la guerre a proposé pour commandant en chef de Tarmée des côtes de Cherbourg le général Sepher qui est avec vous.
Dans la liste des représentants du peuple auprès des armées, vous êtes nommés auprès de celle des côtes de Cherbourg, et on vous adjoint le citoyen Bonnet (du Calvados).
La Convention a approuvé Tannonce que vous continuiez de marcher du côté de Caen ; elle compte sur votre zèle et sur les bonnes dispositions des véritables républicains qui vous suivent pour éteindre promptement la rébellion.
Nous recevons de bonnes nouvelles du Midi Nous espérons être aussi
heureux pour les succès des armes de la République contre tous les révoltés, et nous sommes persuadés que vous y contribuerez infiniment '.
Le 20 juillet, Lindet annonçait à la Convention une bonne nouvelle. Bertèche ou la Bretèche, dont le nom populaire avait une grande autorité sur les chasseurs du 22^, actuellement le lô"*, qu'il commandait, était dans les troupes du Calvados, au dire de Wimpffen et de ses complices. C'était un faux bruit sur lequel le général insurgé comptait pour s'attacher la confiance de ce corps armé, a Le ministre a donné l'ordre à Bertèche de rallier le corps d'armée de Lindet et cet officier est arrivé le 1 9 à Evreux. En même temps, un détachement de 100 chasseurs, armé et habillé complètement, vient d'arriver de Lisieux et de Bernay. Il va repartir avec d'autres officiers pour Bernay, afin de mettre en marche le détachement qui se rendra à Versailles ou à Orléans. La présence de Bertèche va rendre à la République une partie du régiment. L'autre partie, égarée par les artifices de Wimpffen, fera bientôt la môme démarche et ne restera pas longtemps sous les ordres des conjurés. »
Wimpffen, dit Lindet, est à Lisieux : il y rallie ses complices... il y a fait arriver un assez gros train d'artillerie ; il a huit pièces de 8, mais pas un seul canonnier.
. Lindet croit que Caen ne voudra pas recevoir un traître que tout Français doit s'empresser de livrer au glaive de la loi ; « mais la Répuplique doit déployer l'appareil de la puissance nationale ; il faut concilier le développement de cet appareil avec la célérité de l'exécution * ».
I . Recueil des actes du Comité de salut public, V, 3 1 2. 3. Évreux, 30 juillet 1793, de la main de Lindet. Arch. Nat., AF II, 82. Recueil des actes du Comité de salut public, V, 3i3.