‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 73 sur 201 · R. LINDET ET LES ADMINISTRATIONS COMPROMISES I · texte numérisé non relu

R. LINDET ET LES ADMINISTRATIONS COMPROMISES I

charger de replacer de tels hommes? De quel œil croyez-vous qu*on les verra ?

Vous n'avez pas un instant à perdre pour vous décider sur le rétablissement du département et sur sa composition. La Convention a renvoyé quelques rétractés dans leurs fonctions. Nous vous conjurons de nous autoriser de remplacer tous ceux qui ont persévéré dans la révolte^ et même ceux qui auraient été renvoyés dans leurs fonctions^ s*ils n'ont pas la confiancb PUBLIQUE. Cette dernière partie est nécessaire, si vous voulez que l'administration soit reconnue. On ne voudra pas revoir dans F administration des hommes qui devaient porter leur tête sur Véchafaud, Il y en a de ce nombre.

Quand il s*agira de livrer nos concitoyens aux tribunaux^ nous vous dirons qu'ils sont égarés. Mais si vous voulez leur confier Vadministration^ nous vous dirons avec franchise et avec vérité qu'ils en sont indignes.

Il était nécessaire de reproduire en entier cette pièce, parce qu'elle éclaire d'un jour complet la règle de conduite de Lindet et de ses collègues : oublier les fautes commises, mais sans se laisser duper. Pacifier par l'amnistie est une œuvre de haute politique dans la situation terrible où se trouve le pays accablé d'ennemis sur ses frontières ; mais laisser dans leurs fonctions les membres des directoires de districts qui ont conçu et organisé la révolte, qui pourraient la renouveler à l'occasion, serait une lourde faute et presque un crime. C'est ce que la Convention semblait s'obstiner à ne pas comprendre : le 23 juillet, les députés insistent à nouveau, mais leur nouvelle lettre était inutile : dès le 22, la Convention avait rendu un décret restituant à Evreux le chef lieu du département, laissant à Vernon, au moins provisoirement le district, et donnant mission aux représentants de « commettre des citoyens pour remplir les fonctions administratives du département et du district qui était auparavant à Evreux ».

Ce dernier décret, nos trois commissaires ne purent en assurer l'exécution. La commission provisoire séant à Bernay revînt à Evreux au commencement de septembre, obéissant à une lettre datée du 3o août que venaient de lui adresser les députés près Tarmée des côtes de Cherbourg. Un décret de la Convention du M' septembre chargea alors Delacroix, Legendre et Louchet, en mission dans la Seine-Inférieure, du soin de réorganiser Tadministration départementale, et ceux-ci ne s'acquittèrent de cette tâche que le 2 frimaire (22 novembre 1793).

La mission de ces trois députés dans l'Eure devait faire vivement regretter, par l'exagération de leurs principes de sans culottisme, la modération de Lindet et de Du Roy.

Le district ne fut rendu à Evreux que par un décret du

i5 brumaire an III (5 novembre 1794). R. Lindet, en ce moment déjà en butte aux attaques du parti thermidorien, se hâta de féliciter cette ville de la mesure dont elle était l'objet, mesure qu'il avait réclamée, pour elle, avec tant d'énergie en juillet 1793. Il avait le droit de dire que son existence avait été et serait toujours liée à la conservation de la prospérité et de la tranquillité dans le département de l'Eure '.

En laissant ainsi inachevée leur mission de réorganisation, R. Lindet et Du Roy avaient pu cependant assurer le fonctionnement de l'administration financière et militaire, l'exécution des lois et la pacification matérielle et morale dans les faits et dans les esprits.

Aussi, dit Gardembas, l'un des membres du département insurgé, et ami intime de Buzot, « les représentants emportèrent avec eux les regrets et les bénédictions d'une commune qu'ils avaient reconquise à la vraie liberté. Deux citoyens, également recommandables par leur patriotisme (Legrand, cultivateur, et Moulin, marchand) furent députés pour accompagner ces dignes représentants jusqu'à Lisieux où ils s'arrêtèrent.

a Evreux, depuis l'heureuse époque de sa délivrance, goûtait les douceurs du calme, après les orages qui avaient troublé sa tranquillité, et avait repris toute son énergie républicaine. »

Cet aveu d'un homme désintéressé sufSt pour faire justice des allégations inexactes dont M. Guadet a eu le tort de se faire l'écho *. R. Lindet et Du Roy ne vinrent point en proconsuls apporter la terreur dans l'Eure^ mais bien la paix et la tranquillité aux égarés»

1. En rapportant le fait, M. Boivin-Champeaux reproche à R. Lindet d'oublier que c'était sur sa proposition que le déplacement du district avait été ordonné (II, 273). — Le savant écrivain commet une erreur. R. Lindet n'a été pour rien dans ce décret, par cette excellente raison que le décret fut rendu le i3 juin, alors que R. Lindet était en mission à Lyon.

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