‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 82 sur 201 · LES CLEFS DU CHATEAU REMISES AUX REPRÉSENTANTS · texte numérisé non relu

LES CLEFS DU CHATEAU REMISES AUX REPRÉSENTANTS

contre les habitants de la cité que contre Tennemi extérieur. La municipalité et les administrateurs du département essayèrent bien quelques difficultés, mais ils durent céder devant la volonté inflexible des commissaires. L'armée de pacification y trouva des approvisionnements considérables laissés par Wimpffen, et quatre-vingt-seize pièces de canon que le général factieux avait soustraites à Tarmée des côtes de la Manche.

Le soir, Lindet, Du Roy et Bonnet annoncèrent cette bonne nouvelle au Comité de salut public, en demandant le renouvellement des corps administratifs ' et de la municipalité de la ville de Caen. Ils terminaient ainsi leur lettre : « La journée du i3 juillet a été aussi funeste aux 32 rois que la journée du lo août le fut au dernier des Capets. Romme et Prieur partent pour Paris. »

Cette lettre fut lue à la séance de la Convention du 6 août, et, immédiatement, l'Assemblée faisant droit à la demande de Barère, ordonna le renouvellement des administrations du Calvados par des membres laissés au choix des représentants du

peuple en mission, et la démolition du château. Sur ces

ruines devait être planté un poteau portant imprimé Tarrét de proscription et d'infamie prononcé contre les députés en fuite.

Romme, qui venait d'arriver à Paris accompagné de Prieur, son compagnon de captivité, demanda la suppression de la fameuse société des Carabots, naguère instrument d'intimidation et de terreur dans la main de Y Assemblée centrale. C'est par ses séides qu'elle avait fait procéder à l'arrestation de Romme et de Prieur à Bayeux. La suppression de la société fut aussi décrétée *, avec déclaration que ceux qui tenteraient de la réta-

1. Le décret du i3 juin ordonnait qu'une commission provisoire serait formée des administrateurs restés fidèles à leurs devoirs, et, en outre, d*un membre choisi dans chaque administration de district du département. Mais comme on le verra plus loin, le projet des représentants était de faire renouveler par le peuple, réuni dans les assemblées primaires, ces administrations.

2. Voici les termes de ce décret : « La Convention nationale décrète que ses commissaires près l'armée de pacification actuellement dans le département du Calvados, prendront sans délai toutes les mesures nécessaires pour détruire l'association monstrueuse et armée, connue sous le nom de Carabots, existant à Caen et autres lieux, et faire disparaître les signes de ralliement qui les distinguent. Ceux qui tenteraient de rétablir cette force illégale, seront poursuivis et punis comme coupables d'attentat envers la sûreté de la République. »

l68 ROBERT LINDET ['7931

blir seraient poursuivis et punis comme convaincus d'attentats contre la liberté publique.

C'était déjà un grand pas fait vers le retour à un ordre de choses régulier. Lindet voulait réorganiser les administrations en donnant aux assemblées primaires le droit de choisir les nouveaux fonctionnaires en dehors des anciens administrateurs, et il rédigea dans ce sens un mémoire pour le Comité. Il se gardait bien de parler d'arrestations. Mais déjà on accusait de faiblesse les représentants, et le Comité de salut public se fit l'écho de ces plaintes. Pour répondre à ces reproches Du Roy et Lindet écrivirent, le 6 août, au Comité, la lettre que voici ' :

Vous nous mandez que vous êtes alarmés de la faiblesse des mesures que nous prenons contre les coupables. Rappelez-vous^ citoyens, que nous vous avons adressé un projet de décret tendant à exclure les rétractés des fonctions administratives. Vous avez rejeté notre projet et vous avez proposé de faire maintenir les rétractés dans leurs places : nous avons réclamé contre une pareille disposition; nous vous avons adressé nos motifs; vous avez bien voulu les apprécier, et le décret a été enfin rendu dans les termes que nous désirions.

Vous craignez aujourd'hui que nous soyions faibles ou complaisants pour les criminels.

Notre lettre du 3 1 " n*a pas dû vous inspirer cette crainte. Vous aviez perdu de vue notre situation, lorsque vous avez lu notre lettre 1 Notre correspondance ne vous offrira ni variation ni incertitude.

Songez que Wimpffen était dans tous les cœurs : en deux jours, nous avons éclairé les citoyens.

La société des Jacobins vota hier pour l'arrestation des coupables. Nous vous dirons franchement que nous avons cru sage d*amener les citoyens de Caen à désirer, à demander eux-mêmes V arrestation des coupables : aujourd'hui, nous donnerons Tordre d'arrêter vingt-cinq ou trente citoyens, que nous ferons conduire sur-le-champ à Paris.

Nos collègues, Romme et Prieur, ont passé quelques jours à Caen, et nous sommes obligés de faire mettre en arrestation des hommes qu'ils avaient investis de leur confiance et revêtus de pouvoirs : ils ont été circonvenus et trompés. Nous avons manifesté dimanche ce que nous pensions des administrateurs et des fonctionnaires publics. On fut d'abord étonné, on croyait que nous apportions une amnistie que chacun désirait; mais nous avons excité dans tous les cœurs la haine des tyrans, l'amour de la liberté, et la grande masse des citoyens pense aujourd'hui qu'il faut punir les traîtres.

Si nous avions tenu une autre conduite, nous aurions glacé d'effroi des citoyens qui auraient attendu impatiemment notre départ pour reprendre les fers que nous aurions brisés.

1. Caen, 6 août lygS, lettre signée de Du Roy et de Lindet. Âuiard, Recueil des actes du Comité de salut public, V, 490.

2. Il n'y a qu'une lettre du 3o «t non du 3i. Elle est datée de Lisieux. Âuiard, V, 424. Nous l'avons analysée plus haut.

Page 1