‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 89 sur 201 · RÉORGANISATION DES ADMINISTRATIONS · texte numérisé non relu

RÉORGANISATION DES ADMINISTRATIONS

tionnaires. C'était là le point noir et Lindet voulait le faire disparaître au plus tôt de son horizon politique.

Lindet souhaitait que le choix des administrateurs fût fait directement par le peuple. Le Comité de salut public, se défiant de la population, préférait s*en remettre au patriotisme de ses représentants. Ceux-ci durent céder pour ne point retarder plus longtemps une réorganisation indispensable à la bonne gestion des affaires publiques ; mais ils n'hésitèrent pas à faire connaître aux citoyens leurs vues personnelles.

La réorganisation commença par le département et le district. Une délibération des deux représentants Lindet et Du Roy ', et datée du i3 août, nomme d'abord les administrateurs qui devaient former le directoire du département, avec le procureur général syndic, et enfin le directoire du district de Caen et son procureur syndic. Le 1 5 août, les deux représentants, escortés d'une garde d'honneur prise dans la garde nationale de Caen, se rendirent au lieu ordinaire des séances de l'assemblée départementale, à trois heures d'après-midi, pour procéder à l'installation de l'administration provisoire. Robert Lindet prit la parole et, en présence d'une assemblée nombreuse, retraça les circonstances qui venaient de se produire, les malheurs qui pouvaient en être la suite, les efforts que lui et son collègue avaient faits pour étouffer la guerre civile à sa naissance, enfin le soin avec lequel ils avaient choisi des administrateurs d'un patriotisme reconnu. — De Cauville était désigné comme procureur général syndic, et Néel fut élu président.

Après le département, vint le tour de la municipalité.

Le i8 août, une nouvelle délibération des représentants du peuple, signée de Lindet et Du Roy, fut publiée et affichée. Elle commettait des citoyens pour remplir les fonctions de maire, officiers municipaux, procureur de la commune et notables de la ville de Caen, et l'installation des nouveaux administrateurs

I. Cette délibération n^est point signée de Bonnet; sur un exemplaire imprimé de cette proclamation existant aux archives du Calvados, le nom de Bonnet est biffé et barré. C'est bien la preuve que Bonnet ne voulait à cause de ses relations personnelles, prendre aucune part à ce travail de remplacement. Étaient commis provisoirement : pour remplir les fonctions d'administrateurs du département, conformément au décret du 6 août, Hubert, homme de loi; Julien Michel Néel, Delaunay, Cailliot, Gaugain, Leraitre, Hélie, Grandin, De Cauville étant procureur général syndic; pour remplir les fonctions d'administrateurs du district, Collette Taîné, Outin le jeune, Aubert Le Senne, et Aubin fils, comme procureur syndic. Registre 4es arrêtés. Arçh. du Calvados. L. 8Ç,

l82 ROBERT LINDET [^79?]

devait avoir lieu le lendemain. En voici les passages les plus intéressants :

Les représentants du peuple ' ont adressé à la Convention leurs vues et leurs projets sur Tavantage et la nécessité de faire renouveler, par tous les citoyens, dans les assemblées générales des communes ou des sections, les municipalités qui ont coopéré ou adhéré à la rébellion des ci-devant administrateurs du département du Calvados.

Le temps n'a pas encore permis d'examiner leurs projets, mais il importe que Tadministration municipale de Caen soit renouvelée... Les fonctions publiques ne doivent plus être confiées à ces politiques dociles à tous les mouvements, à toutes les impulsions qu'on leur imprime. Que pourrait-on attendre de ceux qui ont publié et fait exécuter les ordres d'une assemblée de tyrans qu'ils avaient choisis pour leurs dominateurs?... Comment supporterait-on plus longtemps des magistrats qui mettaient en réquisition tous leurs concitoyens et qui les appelaient aux armes contre la patrie, en disant que la volonté du souverain était que tout citoyen marchât contre Paris et portât la guerre civile, sous peine d'une amende de loo livres, payable chaque jour.

Lorsque le département de la Manche refusa d'entrer dans la confédération des rebelles et que ceux-ci proposèrent de faire marcher une force armée contre ce département, les officiers municipaux de Caen proclamaient les résolutions de l'assemblée des conjurés qui, au milieu de leurs préparatifs de guerre contre Paris, se proposaient de soumettre par la force des armes le département de la Manche. Lorsque les conspirateurs réunis décidaient dans leurs assemblées, qu'on intercepterait toutes les communications, qu'on suspendrait la circulation de toutes les denrées de première nécessité; qu'on ne laisserait parvenir à Paris ni moyens de force, ni moyens de subsistance; qu'on anéantirait cette immence cité; qu'on détruirait la ville de Vernon; qu'on arrêterait tous les chevaux destinés au service des armées ; qu'on retiendrait les armes, les munitions de guerre ; des magistrats du peuple publiaient ces manifestes atroces et insensés, et disaient à leurs concitoyens que la loi leur commandait la soumission et l'obéissance!

La postérité aura peine à croire que dans une ville où les arts, où les sciences ont été cultivés, où l'on aimait la liberté, il s'est trouvé des magistrats assez vils pour recevoir de nouveaux fers, et assez coupables pour enchaîner leurs concitoyens...

... Les représentants du peuple, convaincus de la nécessité de ne pas différer l'exécution du décret de la Convention nationale du 6 de ce mois; de ne pas laisser plus longtemps le dépôt des lois, de la police et de la surveillance municipale entre les mains de citoyens qui n'ont pas connu la liberté, puisqu'ils n'ont pas su la défendre et qu'ils n'ont rien fait pour elle, de ne pas laisser au rang des principaux fonctionnaires de la République et des premiers magistrats du peuple des citoyens qui ont donné l'exemple funeste de la lâcheté ou de la trahison, en se rendant les complices ou les instruments des conjurés, ont donné tous leurs soins et leur application

I . Cette délibération des représentants a été imprimée à Caen, par l'imprimerie de la guerre suivant l'armée. In-40, 4 pp. La date en est restée en blanc.

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à faire choix de citoyens dignes de la confiance publique, et qui puissent soutenir par leur conduite passée, leur réputation, leurs sentiments, leurs opinions politiques, leurs actions, le caractère de fonctionnaires publics dans une République fondée sur le courage et la vertu...

Le citoyen Saint-Martin était désigné comme maire, et Hébert le jeune, comme procureur syndic. Saint-Martin ayant démissionné le 8 septembre, les fonctions furent remplies par Sosson, alors professeur de musique. L'ancien maire, M. Legoupil Duclos, était surtout connu comme membre de l'ancien Conseil supérieur de Bayeux.

Vaultier, dans ses Souvenirs du fédéralisme^ laisse entendre que les nouveaux officiers municipaux et les notables étaient de petits bourgeois : cela ne pouvait pas, en tout cas, nuire à leur qualité de bons administrateurs.

L'administration de district ne fut renouvelée que le 3 septembre par Lindet et Du Roy, qui installèrent aussi dans leurs fonctions les nouveaux administrateurs.

Sur un ordre de Bouchotte, on remplaça également les officiers que Wimpffen avait fait nommer dans son commandement des côtes de la Manche '.

Une proclamation des représentants, datée du 18 août, déclarait Tordre rétabli ; les receveurs, les payeurs et tous les agents rentrés dans le libre exercice de leurs fonctions, a La présence d'une armée dont la conduite laissera un exemple utile maintient la confiance et la sécurité. La suspension des paiements est levée et les caisses publiques doivent recevoir le montant des impôts et payer les mandats délivrés par les pouvoirs administratifs. »

Au milieu de ces questions d'administration générale renaissaient journellement les difficultés pour les subsistances. Il fallait maintenir les municipalités et les officiers municipaux dans le respect des prescriptions imposées aux cultivateurs pour Tapprovisîonnement des marchés, modérer le zèle des exagérés et stimuler l'activité des indifférents, punir les mal intentionnés, assurer la nourriture des troupes, la bonne qualité du pain de munition ', et résoudre les difficultés que la direction du personnel de l'armée, la surveillance incessante des côtes maritimes et les mille détails de la police générale et politique soulevaient, non seulement dans le Calvados, mais encore dans la Manche et dans l'Orne.

1 . Le fédéralisme en Normandie, par P. Delassalle, 1 848. Le Mans, p. 370.

2. Journal de Vannée des côtes de Cherbourg^ n« du i" septembre 1793.

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Le 18 août, jour même où la proclamation des représentants déclarait Tordre rétabli, eut lieu la plantation d'un arbre à la Fraternité : cette cérémonie réunit tous les citoyens et les soldats. Le général Sepher et son état-major donnèrent, dans la soirée, l'exemple des danses que des milliers de citoyens se hâtèrent d'imiter '.

Les représentants eurent à déployer une activité prodigieuse. Tantôt ils devaient assurer dans l'Eure, dont les caisses publiques avaient été vidées par les administrateurs en fuite, le paiement de la solde des troupes restées à Evreux, le versement des sommes nécessaires à la légion de la Nièvre (arrêté du 9 août) ; tantôt ils devaient soumettre au Comité de salut public les réclamations des troupes, comme celles du bataillon de l'Aube, qui refusaient de consentir à la retenue journalière sur leur solde, pour les frais d'habillement et d'équipement (6 août), soutenant que, lors de leur enrôlement, il avait été convenu qu'ils devaient recevoir gratuitement leur habillement, leur équipement et leur armement *. Les bataillons de Paris, dont l'équipement était fourni, non pas par la République, mais par les sections, étaient dans le même cas. Le 1 2, les représentants ordonnaient, par arrêté, de procéder à la levée des scellés apposés le 6 décembre 1791 sur la caisse du sieur Hausset, ex-payeur de la guerre, et de constater les sommes qu'elle contenait. Le Comité de salut public avait ordonné l'arrestation de ce comptable, et la caisse fut déposée aux mains du citoyen Berthier, receveur du district. En rendant compte de ces faits au Comité de salut public, les représentants pouvaient se féliciter de ce que Buzot, Gorsas et Puisaye n'avaient pas eu connaissance, par la discussion qui s'était élevée à la Convention, le 20 juillet précédent, de la présence à Caen d'un dépôt de numéraire '. Le même jour, un arrêté autorisait le payeur général du Calvados à se faire remettre par le receveur du district de Caen, et à verser dans la caisse du payeur général de l'Eure, 220,000 francs à titre de restitution et à compte sur les sommes qui avaient été enlevées de la caisse de ce département par les administrateurs rebelles.

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