AVANT-PROPOS XI
nements avaient suggérée au Comité de salut public de Tan II, et cela, au moment où les derniers montagnards ont disparu de l'arène politique. Il bravera la haine de ses adversaires auxquels il demande vainement d'être mis en jugement pour ses actes. Ceux-ci pourtant, — espérant se venger de ses attaques contre les financiers du Directoire — le comprendront parmi les complices de Babeuf. Acquitté par la Haute Cour de Vendôme, nous le voyons peu après, sur la demande du directeur Gohier, rentrer dans la vie politique et accepter le portefeuille des finances pour l'abandonner à la suite du coup d'État du i8 brumaire.
Trop imbu des principes démocratiques pour se rallier au Consulat, et plus tard à Tempire, Lindet s'ensevelira dans une retraite absolue, vivra des ressources que lui fournit sa profession d'avocat et demeurera étranger à Napoléon pendant les Cent jours, et aux Bourbons deux fois restaurés.
Cette vie de travail et d'abnégation, de désintéressement politique, méritera peut-être l'attention des esprits qui jugent du mérite autrement que par le succès et la fortune.
R. Lindet n'a pas laissé de Mémoires d'outre tombe; mais sa vie politique est écrite par lui, — partie dans une série de discours, d'adresses, de pamphlets, d'articles de journaux, — partie dans des notes manuscrites ', partie dans des lettres adressées soit à Thomas son frère, soit à son beau-père Mesnil, soit à sa sœur, et que la famille a précieusement conservées. Sa digne petitefille, M™c Bodin, a bien voulu mettre à ma disposition, avec une extrême obligeance que je ne saurais proclamer assez haut, toute cette riche mine de documents, et notamment la correspondance de R. Lindet avec son beau-père M. Mesnil (de Caen), puis celle de Thomas Lindet avec son frère Robert '.
C'est grâce à ces précieux papiers de famille que j'ai pu compléter les renseignements généraux contenus dans les diverses pièces imprimées émanant de R. Lindet. Ces pièces elles-mêmes sont fort rares. Ni la bibliothèque nationale, ni aucune de nos bibliothèques normandes n'en possèdent une collection complète. On les rencontrera disséminées dans les dépôts d'archives de
1. Parmi celles-ci on doit citer : Conduite de Robert Lindet depuis le commencement de la Révolution. -^ Défense de R. Lindet.
2. Une partie de cette correspondance échangée entre les deux frères a paru dans le volume Correspondance de Thomas Lindet^ 1789- 1792, que je viens de publier dans la collection de la Société de Vhistoire de la Révolution (juin 1899).
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TEure et du Calvados, à la bibliothèque nationale et dans celles des villes de Caen, de Rouen et de Pont-Audemer (fonds Canel). Quelques érudits normands, MM. Chassant (d'Évreux) et Malbranche (de Bernay), m'ont communiqué plusieurs pièces qui manquaient dans la série de ma collection personnelle. M. Benêt, archiviste du Calvados, m*a guidé de ses avis judicieux dans le riche dépôt dont il a la garde. Je ne saurais trop les remercier tous de leur obligeance confraternelle.
Afin de faciliter les recherches, j'ai indiqué, dans la Bibliographie^ les dépôts publics où se trouvaient conservés les documents cités ou analysés.
Remarque singulière et significative! La famille de R. Lindet ne possède aucun portrait authentique du célèbre conventionnel. Malgré les nombreuses recherches auxquelles je me suis livré, dans nos grandes collections nationales et dans nos collections provinciales, publiques ou privées, il m'a été impossible de combler cette lacune d'une manière satisfaisante au double point de vue historique et artistique. Le plus ancien de ces portraits cependant a servi de type à tous ceux qui ont été gravés f5our l'illustration des livres d'histoire, depuis une trentaine d'années. C'est une lithographie plus que médiocre, qui paraît sortir de l'atelier de Delpech vers 1820, et qui serait contemporaine, par conséquent, des dernières années de R. Lindet. Nous en donnons un fac-similé^ en tête de ce volume. Lindet est représenté tel que nous le dépeignent ses contemporains : l'œil vif et scrutateur, un sourire quelque peu sarcastique aux lèvres, le front haut, les tempes découvertes, les cheveux en longues mèches ramenées sur le sommet de la tête. Comme le rappelle M. Boivin Champeaux, d'après Edme Petit ' : « les traits de la physionomie étaient doués d'une extrême mobilité... l'ensemble était si bien composé que les gens touchés par lui se demandaient d'abord si c'était une caresse ou une piqûre. » Cette lithographie a servi de modèle à une eau-forte gravée par Jules Porreau (i853), dans la collection Vignères, et aussi à d'autres gravures sur bois servant à illustrer des ouvrages relatifs à l'histoire de la Révolution.
Parmi les portraits que je crois être de pure fantaisie, je dois citer pourtant un médaillon circulaire faisant partie d'une série de planches comportant chacune, sur la même feuille, dix por-
I. Notices historiques sur la Révolution dans le département de l'Eure, I,