LES 8AR1U8IM
mal, son plus vif désir» au contraire, était <ia'elle fût traitée selon ses mérites et son rang.
— Quel sort me réservez- vous donc? demanda I^mpégie. — Le plus beau que puisse envier une femme, repartit le gouverneur musulman. Je te destine au harem du tout puissant khalife de Damas.
La crainte de la mort eût jeté moins d'angoisse et de désespoir dans l'âme de Lampégie que cette révélation subite du ouali de Gordoue. Par ordre d'Abd- Ërrahman on emporta la belle captive évanouie, dans une riche tente où elle fut déposée sur des tapis de Perse, et entourée d'une foule d'esclaves, chargés à la fois de la servir et de la garder. Quand elle eut repris ses sens, Lampégie promena douloureusement ses regards autour d'elle, et ce fastueux appareil qui l'environnait ne lui confirma que trop bien la vérité des paroles qu'elle venait d'entendre. A la clarté des lampes d'or suspendues sur sa léte, au milieu du léger nuage de parfums qui s'exhalait des cassolettes allumées sous les draperies de sa tente, elle distingua une femme arabe couchée à ses pieds et qui semblait se livrer à la plus vive douleur.
Elle se pencha vers cette figure plaintive et souleva le voile qui la couvrait ; mais elle recula bientôt avec horreur quand elle eut reconnu dans cette femme l'auteur de tous ses maux , l'ingrate et vindicative Aïcha.
— Loin d'ici I loin d'ici I s'écria-t-elle. — Je ne demande pas de pitié, répondit Aïcha d'une voix sourde et pleine de sanglots. Va ! tu ne me hais pas autant que je me hais moi-même ! Ces mains teintes du sang
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de celui que j'aimais plus que ma vie se seraient déjà tournées contre moi-même, si je n*avais résolu de réparer une partie du mal que j*ai causé. L'amour et la jalousie m'ont perdue, Lampégie; que veux>tu? j'étais folle! Ma haine s'est écoulée avec le sang de celui que nous pleurons. Le remords m'est seul resté ; il me déchire, il me brûle. Ahl tu es bien vengée, ma sœur!
A T/ispccl de ce désespoir si vrai et si profond, Lampégie sentit des pleurs mouiller ses paupières , et pour un instant elle oublia l'horreur que lui inspir rait cette femme si coupable et si malheureuse.
— Que prétends-tu faire? lui deroanda-t-elle d'une voix moins courroucée. — Te rendre à ton père, si j'y puis réussir, répondit Âïcha, ou mourir dans ma périlleuse entreprise. — Hélas I reprit Lampégie, com*ment sortir du camp, tromper la vigilance de ces es* claves apostés autour de ma tente? — Gela est impossible, je le sais; mais moi, Lampégie, je puis franchir les limites du camp, aller trouver le duc d'Aquitaine, diriger pendant la nuit un groupe de soldats chrétiens qui parviendront peut-être jusqu'à toi. ^ Malheureuse I si tu mets le pied dans le camp de mon père, tu es morte; car le duc n'ignore pas que c'est toi qui as livré son gendre et sa tille bien-» aimée à ses ennemis. Mais non, je me trompe. Tu es sa fille aussi ! tu es sa Théodora qu'il crut si longtemps perdue 1 Tu lui feras connaître en même temps la preuve de ta naissance, ton repentir et ton dévoù* ment, et il te pardonnera, j'en suis sûre, car il est bon et aimant. — Qu'importe ce qui me regarde?