S VS FAVORI
Jean : Cornez de Solis, que les chevaliers d'Âlcaotoia, après la mort de don Gutliere de Sotomayor, avaient nommé leur grand-maître pour se concilier les bonnes grâces du roi. Là , parmi les méconlens , don Pedre Giron, grand-maitre de Calatrava , frère du marqui3 de Villena; les comtes d'Albe et de Plasencia, ramirante de GasliIle,lecomle de Transtamare et Tinterminable famille de Manrique.
C'est une honte, disait don Pèdre Giron, que cette couvée de hobereaux sous les ailes de la faveur, qui lèvent chaque jour la tête au milieu des plus illus* très noms des deux Caslilles. Encore un , Messieurs, que nous allons voir surgir. Celui-là s'appelle don Beltran de la Cueva. Il y a six mois, le roi Ta fait comte de Ledesma, aujourd'hui il sera créé grandmaitre du palais. Je vous donne le fait pour certain.
— C'est cela , répliqua l'amirante , et chevalier de Saint- Jacques de l'Ëpée. Demain on lui donnera ma charge; après-demain la vôtre, don Pedro; dans six mois peut-être on le fera ministre ou archevêque; que sais-jel Tenez, le roi don Juan, contre lequel nous conspirions pour établir sur son trône le prince Henri de Castille, valait mieux que son ûls. Je ne m'en cache pas. — Les discordes du royauno^, ajouta le comte d'Albe , ne sont pas si bien apaisées que Aous ne puissions, quand il nous en prendra fantaisie^ mettre nos vassaux en campagne et commencer une nouvelle croisade contre les favoris. -* Que ce jour-là vienne, comte, reprit le grand-maitre d'Alcantara, et ma bannière ne sera pas la dernière à se lever. — Ni la mienne.-* Ni la mienne.— Seigneur don Pèdre»
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rcpliqoa le comte d'Albe, quel est ce comte de Le* desma de nouvelle fabrique dont vous nous parlez? Je veux renier ma foi si j'en ouïs jamais parler. — Beliran de la Gueva , voilà son nom. Pour ses actes, je crois qu'il serait lui-même bien embarrassé de les énumérer ici. Mais, si je ne me trompe, celui-là a le vent bon, et il menace d'aller loin si on ne Farréte pas. Qui sait si mon frère, le marquis de Villena, no sera pas quelque jour supplanté par ce beau sire. — Ad'autres. Le marquis est trop puissant.— Don Alvar de Lana Tétait plus que lui, Messieurs, et pourtant j'ai vu dresser son échafaud à Valladolid.
£n ce. moment, don Sanche de Portugal, le frère de la reine de Castille, entrait dans la galerie. Il était accompagné de don Diègue Lopez Pacheco. Tous éeax semblaient achever une conversation commencée.
— Oui, don Sanche, le roi le veut. Demain je dois quitter Tolède. — Et vous obéirez? — A moins de se mettre en révolte ouverte... — Çà 1 cher don Diègue, n'avez*vous point de nouvelles de notre expédition d'hier? Est-ce pour ce malheureux coup d'épée que don Henri vous garde rancune? — Je le gène, don Sanche, auprès de dona Inesilla Guiomar , qui m'a juré sur son âme que jamais elle ne céderait aux instances du roi. *— Vous êtes un enfant, interrompit don Sanche en riant aux éclats. Vouliez-vous pas qu'elle avouât la chose? Une femme honnête et sage garde toujours pour elle des contidences semblables, Ge qu'il y a de certain et de plus concluant pour la verio de la dame, c'est qu'un galani est descendu 4q
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son balcon et que nous l'avons tué oa pen s'en f&Qt. — J^aime k croire, don Sanctie, que nous n'avons pas ce maibeur à nous reprocher, car notre action n'était pas loyale, convenez-en. Deux contre on 1 C'est une honte. — Mort ou vif, don Diègue, si son corps ou son âme nous apparaissent jamais, nous le reconnaîtrons à la balafre qu'il doit porter au milieu du vi* sage, car mon épée portugaise porte des coups qui ne se confondent pas avec d'autres.
Une grande rumeur fit en ce moment onduler la foule dans la galerie. Don Sanche et son ami firent quelques pas en avant , pensant que c'était le salon de la reine qui s'ouvrait. Ils se trompaient. Le tumulte était occasionné par l'arrivée d'un nouveau personnage sur lequel tous les regards se portaient.
Quel est ce gentilhomme? demanda Pacheco. Quelque prince de Navarre ou d'Aragon? Quelque .roi maure peut-être qui vient demander merci au roi de Castille? — Point, lui répondit-on. L'homme qui vient d'entrer est un des nouveaux favoris du roi notre maître, un jeune gars fait depuis peu comte de Ledesma, et à qui l'on destine la grande-maltrtse du palais; en un mot, c'est don Beltran de la Gueva.
Pacheco et don Sanche poussèrent en même temps nn cri de surprise quand ils eurent aperçu celui qu'on leur désignait. C'était un grand et beau jeune homme, magnifiquement vêtu, d'une tournure noble et fière, et dont le visage portait la marque encore récente d'un coup d'épée.
— C'est notre homme d'hier, murmura don Sancbeà l'oreiUede sonaoû.-*- A cette heure, répondit
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doD Diégiie, je sa» à qui j'ai affaire et je pais ia|alement m'attaqoer à mon ennemi. — Mais votre départ pourClordoiie? — Le roi m'a donné jusqu'à demain pour obéir. Veuillez, don Sanche» Taborder avec moi. Lui du moins, s'il est homme de cœur, il me dka la vérité et nous recommencerons le combat. — Pour la vertu de dona Inesilla Guiomar, balbutia en ricanant le prince de Portugal. Beau sujet pour requérir le j u gement de Dieu I
Don Diègue, sans Técouter, avait déjà rejoint don BeKran de la Gueva.
— Comte de Ledesma » on m'appelle don Diègue Lopez Pacheco; je suis le 61s du marquis de Villena, le neveu do grand-maitre de Calatrava , don Pèdre Giron. Je pars demain pour l'armée de Gordoue avec cent lances que le roi notr^ seigneur me donne à conduire. J'ai deux mots à vous dire en secret. Veuil« iez sortir avec moi.
Don Beltran laissa tomber un regard dédaigneux sur le jeune homme, puis continuant sa promenade dans' la galerie : Seigneur don Diègue Lopez Pacheco, j'ai,d'aatres affaires en ce moment que d'aller m'en*tretenir de ce qui vous regarde. Vous êtes le neveu du grand-maitre de Galatrava, don Pèdre Giron , le fils du marquis de Villena, d'accord ; mais vous attendrez bien jusqu'à demain que je puisse vous répondre et vous questionner à mon tour. Votre présence à l'armée de Gordoue n'est pas si urgente et si indispensable peut-être que les villes d'Andalousie tenues par notre seigneur le roi soient en danger d'être élevées par les Maures parce que vous aurex retardé d'un jour votre départ.
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Don Diègue saisît vivement le bras de don Belinin.
— Comte de Ledesma, murmura*t^il entre ses dents, le roi vous a-t-il, avec cette comté dont vous êtes si Ger, donné le droit d'insolence envers ie plus pur sang de la noblesse castillane? Un motseulemeAt, et je vous laisse. Dona Inesilla Guiomar est-^lle votre maîtresse? Répondez. — Vous êtes un insensé. — Répondez, don Reltran, ou je vous liens pour un lâche, et je vous insulte ici publiquement.
Les yeux du comte de Ledesma étincelèrent. Il saisit il son tour la main de Pacheco.
— C'est toi qui es un lâche et un infâme I lui ditil à Toreille. Avec ton digne acolyte vous m'avez assassiné traîtreusement, quand je venais de te laisser la vie par pitié pour ta jeunesse , pour ton inexpérience. Va I plus que toi je désire une revanche de notre rencontre d'hier. Celte fois je ne te ferai pas de quar lier.— Venez donc— Non. Pas aujourd'hui : je ne puis quitter ce palais. Dùt-on m'arracher l'àme, je ne le puis, filais demain» demain 1...
Sans en entendre davantage, don Diègue, outré de fureur, se pi'écipitasur son rival, et de ses deux mains il arracha le collier d'or de Saint-Jacques pendu au cou -de don Beltran, puis il foula ce collier sous ses pieds.
Le comte de Ledesma, le bras armé de sa dague, voulut se jeter sur le jeune imprudent. Un groupe les eut bientôt séparés. Avec une vigueur peu commune, don Beitran terrassa les premiers qui s'interposèrent entre don Diègue et lui; mais en lin, accablé sous le nombre, il tomba lai- même en poussant un cri