‹ Robert Macaire en OrientChapitre 6 sur 12 · DO BOI D'ESPAGNE. ÎJ · texte numérisé non relu

DO BOI D'ESPAGNE. ÎJ

de ceux qui ne voyaient pas sans un prefond chagrin les méconlens gagner chaque jour de nouveaux partisans, et rindolent don Henri contempler d'un œi> tranquille le démembrement de son royaume. Don Sanche entra un jour chez le roi, qui venait de recevoir une missive du marquis de Villena et de son frère, le grand-maître deCalalrava, les deux chefs des révoltés.

-Rappelez-moi tous les griefs des méconlens, demanda le roi à son beau-frère en lui mettant sous les yeux la longue épllre qu'un courrier venait d'ap. porter à Tolède. - Us conjurés, répondit don Sanche, se plaignent du trafic honteux des charges, des emplois et des magistratures.— Que puis-je y faire? répliqua don Henri. Cela regarde mon ministre le comte de Ledesma. Continuez. — Ils flétrissent' en termes énergiques l'élévation scandaleuse de ce même comte de Ledesma.— Après?— Permettez-moi, Sire de ne pas aller plus loin. Le respect m'empêche... J Lisez toujours, don Sanche, je vous l'ordonne.- Les révoltés poussent l'insolence jusqu'à demander que Fenfant qui vient de naître à votre altesse, que la princesse dona Juana soit déclarée par vous déchue à tout jamais de la couronne de Castillc, parce que disent-ils, elle est le fruit d'un adultère. *

Don Henri reprit la lettre des mains de son beaufrère, et la déposa tranquillement sur sa table; puis après quelques momens de silence, il demanda à don Sanche quelle réponse il pensait que l'on dût faire aux méconlens.

—C'est l'épée à la main, Sire, qti'un roi de Cistillc

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doit répondre h des rebelles. Votre bonté, Altesse, encourage le crime au lieu de le désarmer. A voir tant de lenteur à punir, le peuple croit que c*est la force qui manque au bras, et à des outrages pardonnés succèdent de nouveaux outrages. Ah l si votre altesse voulait ouvrir les yeux sur l'ingratitude des misérables qu'elle a comblés de ses bienfaits I... poursuivit don Sanche avec chaleur et n'osant daigner plus clairement don Beltran de la Gueva. — Cest bien ! don Sanche, interrompit le roi. Je réfléchirai sur l'avis que vous venez d'ouvrir. Ainsi donc, si quelque punition venait à tomber sur un de ces grands coupables qui tentent de faire descendre le mépris sur la majesté royale, le peuple de Caslille... —Applaudirait, Sire, à cette tardive justice.

Don Henri se leva et donna sa main à baiser à son beau-frère, puis il se rassit et appela un de ses officiers.

— Don Christoval est-il au palais? — Il attend les ordres de votre altesse. — Qu'il entre.

Le chirurgien du roi ne tarda pas à paraître. Sur un geste de don Henri il s'assura que toutes les portes étaient fermées ; puis, comme un chien bien dressé qui comprend instinctivement la pensée de s^n maître, il s'approcha respectueusement , le bonnet à la main, les yeux baissés, pour écouter ce qu'on avait à lui dire.

— Qu'a-t-t7 fait hier? demanda le roi d'un air mystérieux et sans désigner autrement la personne dont il parlait. — - Il s'est levé à midi, car il avait passé la nuit à jouer, répondit le chirurgien du même ton.

A deux heures il a dîné; à quatre, il s'est fait conduire en litière chez Tarchevêque de Tolède, où siégeait le conseil ; là il a prononcé un discours brillant sur l'éducation des faucons de chasse, et il s'est rendu à six heures chez elle. — Combien de temps y est>il demeuré?— Jusqu'à sept heures et quatorze minutes-. — Quel a été le texte de leur conversation? — Tonjours le même. Elle l'a engagé à se tenir sur ses gardes, à éviter les espions et les meurtriers. — Et lui, qu'a*t-il répondu ? — Qu'il portait une cuirasse de mailles sous son justaucorps ci que les dagues de ses estafiers étaient fraîchement émoulues; quant aux espions, qu'il ne les craignait pas; qu'il serait maître toujours d'empêcher son secret de parvenir aux oreilles du roi ; que votre altesse d'ailleurs était trop endormie dans l'oisiveté, trop insouciante, trop aveu* glée par l'ascendant qu'il exerçait sur elle pour s'apercevoir de rien; que l'avenir ne l'inquiétait pas plu1i qoe le present, et qa'il gagerait sa tête volontiers qu'il serait ministre et souverain de fait aussi longtemps que vous le seriez de nom. Voilà tout.

— 11 s'est trompé, Ghristoval, répliqua froidement don Henri. Son avenir est plus près qu'il ne le pense de son présent, et je doute que ces deux phases de sa vie soient aussi fort semblables qu'il l'espère. Insensé! ajouta le roi en secouant la tète; insensé! qui pense me faire si long-temps sa dupe et qui ne voit pas qu'il est le papillon aux ailes nacrées qu'attire et que brûlera bientôt la flamme que je promène dans ma main ! Cerveau vide 1 mannequin doré ! qui nese contente pas d'exceller à draper un manteau

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sar son épaule, à caracoler dans un carrousel fvrim cheval ricbement harnaché, à débiter aux femmes ces sornettes misérables dont elles sont friandes comme les grives de raisin, et qui prétend gonvemer un Etat parce qu'on se sert de sa main pour en tenir les rênes! — Son altesse, demanda Ghristofal, à-telle d'autres ordres à me donner pour demain? — Oui ; écoute.

Le roi se leva, croisa ses mains derrière son dos et se mit à se prdmener silencieusement dans sa chambre ; puis il s'arrêta, et regardant fixement son chirurgien : Je te paie assez royalement, lui dit-il, pour pouvoir compter sur ton obéissance et surtout sur ta discrétion. — Je crois vous l'avoir prouvé déjà, Altesse.— Demain, poursuivit le roi, tu suivras comme d'habitude tous les pas de celui dont je t'ai spécialement chargé d'épier les actions. Tu en tiendras fidèlement registre, pour la dernière fois. — Sire, murmura Gbristoval avec un air de doute et d'inquiétude, va-l-il donc quitter le séjour de Tolède? — Oui, Christoval, et pour n'y plus revenir. Demain donc, aussitôt que le soir sera venu, tu cacheras ton épée et ta dague sous ton manteau. Tu te feras escorter de quatre braves, et tu attendras notre homme qui sortira seul de ce palais; seul! entends-tu bien? car j'aurai soin d'écarter sa suite de valets. — Cette fois, répliqua Christoval, je ferai en sorte que ni le fer ni l'or n'amortissent les coups que je lui porterai. — Tu frapperas au vjsage, Christoval, sa cuirasse de mailles ne le garantira pas.— Est-ce tout? — C'est tout. Va I

Christoval, sans prononcer un mot, s'approcha de

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