DU ROI D'ESPAGNE
la vîtriDe, et avec une expression de joie sataniqtie il montra du doigt à don Henri un homme à cheval qui traversait la place du palais, flanqué de quinze valets armés. Cet homme était don Beltran. Son nou« vel ami don Diègue Pacheco chevauchait à son côté,
— Ton rôle est terminé, murmura le roi en éten-* dant sa main dans la direction des cavaliers. Rêve une dernière fois la puissance infinie, les trésors sans nombre, les plaisirs inépuisables, les douces et mystérieuses amours 1 Un instant suffira pour faire envoler tous tes songes.
Don Ghristoval avait déjà quitté Tappartement du roi.
Don Henri se fit annoncer chez la reine, où il passa le reste du jour à soupire à sa fille, qu'il berçait avec orgueil dans ses bras.
Pendant que ces choses se passaient, les mécontens poursuivaient le cours de leur rébellion. Le marquis de Yillena et don Pèdre Giron, son frère, accom^^agnés de l'amirante et des autres seigneurs qu'on a déjà vus figurer dans ce récit, s'étaient rassemblés sur les frontières de la Vieille- Castille, dans la plaine d'Avila, où chacun d'eux, avait amené les soldats qu'il avait pu rassembler. Sons les yeux du peuple convoqué pour cette cérémonie bizarre, s'élevait un immense échafaud couvert de riches tapis mauresques. On hissa sur l'échafaud un mannequin de bois revêtu des habits et des insignes royaux , représentant l'ef* %îe de don Henri de Castille, et sur un trône, à côté de cette grotesque figure, on fit asseoir l'infant don Alfonse , frère du roi ; puis un héraut lut à haute
voix la sentence que les rebelles avaient prononcée contre leur souverain , et dans laquelle il était fait on long dénombrement des griefs reprochés au roi de Castille. A chaque nouvel argument que produisait la sentence en faveur de la déposition du roi, on enlevait au mannequin royal une pièce de son accoutrement , dont on revêtait incontinent son imberbe successeur. Le manteau d'hermine, les éperons d'or, le^sceptre , la couronne, passèrent ainsi tour à tour de l'un h l'autre , et chaque fois c'étaient des hurlemens de joie de la foule , entremêlés de malédictions contre le monarque déchu. Le mannequin fut enfin jeté à terre , foulé sous les pieds du peuple, et l'infant don Alphonse , plus épouvanté que satisfait de cette ovation singulière , fut promené sur les épaules de ses partisans, entouré des étendards déployés sur sa tête, et tout étourdi des cris de joie qui l'assourdissaient de cette antique formule : Castille l Casiille ! Pottr le roi don Alphonsel
Nous rclrouvons la sombre maison de don Ghristovai à Tolède telle que nous l'avons aperçue dans Tan des précédens i-h3 pitres. Rien n'est changé dans la vaste salle meublée de tables de chêne qui sert au rhiruiigien d'amphithéâtre de dissection, si ce n'est
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que les cadavres ont été enlevés. Il fait nuit. Une lampe rougeâtre , dont le vent du dehors, qui ûllrc par les fissures mal jointes des verrières, fait vaciller la flamme inégale, éclaire ce funèbre intérieur. Personne ne bouge. Le lieu parait inhabité. La pluie qui tombe par torrens sur les toits de la ville , fait seule glapir sa monotone harmonie.
Bientôt, des pas font crier les marches de Tesca^ lier vermoulu. La porte s*ouvre. Deux hommes, dont les riche$ vétemenssont arrachés en lambeaux, entrent dans la salle, les mains liées derrière le dos et un épais bâillon sur la bouche. Quatre cstafiers les conduisent, et, sans dire un mot, ils leur attachent rudement les pieds avec des cordes qui rendent tout mouvement impossible à leurs victimes.
Après quelques minutes écoulées, la porte s'ouvrit de rechef, et un nouveau personnage parut : c'était don Ghristoval.
Le visage dii chirurgien n'a plus cet air de basse flatterie et de sardonique ironie qui a semblé jusqu'ici être son expression naturelle. La tctc rejetéd en arrière, les narines gonflées, les yeux brillans d'une sourde et profonde émotion , tel parait maintenant le chien abject qui tout à l'heure léchait la main dont il redoutait les coups. Une autre âme sem-* ble avoir passé dans son corps, et sa laideur n'inspire plus le dégoût , elle effraie.
D'un geste brusque il commanda que les prisonniers fussent débarrassés de leurs bâillons. Aprè9 avoir obéi , les esta fiers se retirèrent.
— Ghristoval I murmurèrent à la fois les deuji vie-» times en grinçant des dents.
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Ce cri d'angoisse était proféré par don Beltrau de la Gueva et pardon Djègae Lopez Pacheco, qui se traînaient à terre et faisaient de vains efforts pour se débarrasser de leurs liens.
— A vous de ramper à présent ' A moi de vous parler haut I s*écria le chirurgien du roi. — Infâme! balbutia don Beltran d*une voix pleine de sanglots. «—Quoi que je fasse, don Beltran, je ne le serai jamais autant que toi. — Misérable I répéta don Diègue. — Quant à toi , répéta Ghristoval, tu es, je l'avoue , un noble et audacieux jeune homme. Je n'en voulais pas à ta vie : tu ne m*as rien fait , toi. Pourquoi fes-tu trouvé ce soir en compagnie de ce mécréant? Je plains ton sort, mais je te tuerai afin d'assurer le secret de ma vengeance. — Ist ' quelle vengeance veux-tu donc tirer de moi , malheureux ? demanda don Beltran ; de moi qui n'ai qu'un reproche à me faire, c'est d'avoir cru qu'en te comblant de mes bienfaits je te lierais du moins par la reconnatssance. — Je t'apprendrai tout à l'heure , don Beltran, que je n'oublie ni le bien ni le mal que l'on me fait. Tu parles de reconnaissance? Tu te vantes des bienfaits dont tu m'as comblé? Service pour scr* yfbfe-^ mon maître. Je faisais la garde chaque nuit sous les fenêtres de ta maîtresse. Je m'exposais pour te servir à la pertuisane des soldats , à la dague des coureurs d'aventures, et le lendemain tu me donnais une maigre part des trésors que te rapportait la faveur de ton souverain, que tu trompais si indigne» ment. Je te vendais mon sang, tu le payais avec ton or. Troc pour troc. Maintenant tout est fini. Je sers