‹ Robert Owen, 1771-1858Chapitre 107 sur 113 · I. Wallas, op. cit., 36o en note · texte numérisé non relu

I. Wallas, op. cit., 36o en note

s. New moral World, lo mars et 16 juin i833.

richesse, à sa distribution, aux nécessités de police et de gouvernement local. L'œuvre de réforme sociale doit commencer par la création d'établissements où les travailleurs en chômage seraient occupés aux travaux de l'agriculture. » A cette fin, les pétitionnaires demandent l'appui financier du Gouvernement, l'afiectation aux villages communistes de fonds réunis au moyen de bons du Trésor et gérés sous le contrôle de commissaires nommés parle gouvernement.

C est encore là un trait qui différencie les deux premières formes sous lesquelles le socialisme est apparu en Angleterre : le socialisme oweniste sollicite le Gouvernement de prêter son appui à la Raison, tandis que le cliartisme fait appel au peuple organisé pour la résistance et la conquête des droits politiques et économiques.

Mais il ne faut pas exagérer l'opposition entre l'owenisme et le chartisme, et, si nous avons marqué les points par où se séparent ce socialisme de paix sociale et ce socialisme de lutte de classe, il ne faut pas croire qu'il y ait entre les deux mouvements une ligne de démarcation bien tranchée. Tout au contraire, les points de contact sont nombreux, et les chartistes « de la force morale », disciples dissidents d'Owen et partisans de l'action politique, forment comme un trait d'union entre les purs disciples d'Owen et les

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chartistes de la « force physique ». Sans doute, personnellement, Owen s'est toujours tenu à l'écart du chartisme dont les aspirations politiques et démocratiques et lappel à la force n'étaient pas pour lui plaire : voici comment il s exprime sur FeargusO Gonnor : « Je rencontrai, au cours de ma prédication socialiste en Angleterre, l'opposition du chefde la fraction de démocratie violente de la classe ouvrière, Feargus O'Connor. cœur chaud et bien intentionné, volonté énergique, mais esprit faux. Il travaillait à donner à la classe ouvrière la puissance, sans le savoir nécessaire pour en user sagement, et je désirais lui donner lapuissance par la science afin qu'elle pût en faire un bon usage ^ . » Cependant, inconsciemment, Owen a participé au mouvement chartiste ; par la critique qu'il avË^t faite des maux de la société actuelle, par la violence qu'il avait mise à dénoncer la misère et l'injustice des classes stériles, par son adhésion au mouvement gréviste de i833-3/i et au projet de grève générale pour la journée de dix heures, Owen avait préparé les esprits à l'agitation chartiste et aux discours enflammés de Feargus O'Connor. Bon nombre de socialistes prirent part au mouvement. Il est vrai que c'est surtout parmi

I. London Investigalor, juillel i856, p. 2^8. Notes autobiojjraphiques.

LE NOUVEAU MONDE MOKAL .'dl

les chartistes de la force morale (|u'()ii retrouve les noms de disciples plus ou moins immédials dOwen : ^Villi^In Lovelt, James \\alsoii, Jolm Cleave, Henry llcllieringlon, etc..., membies du comité dont sortit la (( Peoplc's Cliarter », ceuxlà même qui, dès i83(j, avaient uni aux aspiralions sociales et économiques d'Oncn des visées de réforme politique '. Ce ne sont pas les partisans d'Owen, les socialistes, qui firent du cliartisme un socialisme de lutte de classe ', mais les charlistes de la force physique dont les leaders furent Bronterre O'Brien et Feargus O Connor : de ces deux hommes, le plus remarquable était Bronterre O'Brien, un marxiste avant la lettre, que Feargus O'Connor appelait « le maîti'c d'école » du cliartisme : il a été, si l'on peut dire, le tliéoricien du mouvement social le moins systématique et le moins doctrinal qui n ait peut-être jamais existé. Le socialiste oweniste, malgré son antil'éalisme utopiquc et sa dédaigneuse devise du tout ou rien, et le socialisme cliartiste, malgré ses aspirations confuses et son agitation stérile, n'ont pas été sans fruits : de ces deux mouvements

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