‹ Robert Owen, 1771-1858Chapitre 109 sur 113 · I. Lovett, 0/;. cit., p. 5o · texte numérisé non relu

I. Lovett, 0/;. cit., p. 5o

Les idées dOwcn à ce sujet soiil développées dans les conférences qu'il fit en i835 « sur les mariages consacrés par les prêtres du Vieux Monde immoral, conférences suivies du système de mariage du Nouveau Monde moral' ». O^ven commence par cette déclaration : « Maintenant je vous déclare, et par vous je le déclare à toutes les nations de la terre, que les mariages actuels, préparés et conclus sous un régime immoral, sont Tunique cause de la prostitution, de tous les maux innombrables qui en découlent et de la majeure partie des crimes les plus dégradants que connaisse la société. Je vous déclare que, tant que vous n'aurez pas pour toujours éloigné de vous et de vos enfants cette cliose maudite, vous ne serez jamais capables ni de devenir chastes et vertueux dans vos cœurs et dans vos pensées, ni de connaître le véritable bonheur... : car maintenant presque tous ceux qui sont mariés commettent journellement et à toute heure le mensonge le plus grave et vivent dans le plus grossier état de prostitution physique et morale. »

Le mariage est contraire à la nature : « Oui, vous tous, pères, mères, frères, sœurs, maris, femmes et enfants, vous souffrez gravement de

I. LecUircs on tlio Marriacjes of llie Pricsthood of tite Old Immoral Worhl, wUh appcndix conlainiiig llir Marr'uuje System of the New moral 11 or/c/. Leeds, Hobson, 4" édit., i8/jO.

cette contradiction avec la nature, de cette ignorance de votre propre organisme, de ce crime contre nature. C'est un fait reconnu maintenant (jue vous n'avez pas été organisés de manière à éprouver des sentiments où à n'en pas éprouver à votre gré. Vous commettez donc un crime contre les lois éternelles de votre nature lorsque vous dites que « vous aimerez et que vous chéria rez » ce que votre organisation peut vous forcer à haïr et à détester dans l'intervalle de quelques heures... Ces institutions sont contre nature autant qu'absurbes et burlesques, puisqu'elles amènent deux personnes de sexe différent à prendre l'engagement solennel de vivre ensemble et de s'aimer toute leur vie sans tenir conq^te des changements physiques, intellectuels et moraux qui peuvent modifier les sentiments réciproques des époux. ))

Le mariage est contraire au bonheur des individus puisqu'il est fondé non sur des penchants naturels et des sympathies réciproques, mais sur des intérêts de famille et de fortune. Le mariage a des fins exclusivement économiques. Il est contraire à l'intérêt général et à l'intérêt des enfants : à l'intérêt général parce qu'il est créateur d'antagonismes et met en contlit les ambitions opposées des familles individualistes ; à l'intérêt des enfants parce que a les parents sont généra-

lemciit les oducaleurs les moins compétents par suite de l'excès d'attachement ignorant, égoïste et animal qu'ils portent à leurs enfants '. La famille développe le sentiment de l'égoïsme au cœur des enfants. La constitution de la famille isolée s'oppose à la formation de caractères tels qu'on peut le souhaiter pour les enfants ; les mariages donnent à la société, qui est le principal instrument de formation de tout caractère individuel, une matière inférieure à travailler ».

Enfin le mariage est contraire à la réalisation de l'égalité. 11 est « l'une des causes principales de la grande inégalité de condition et de fortune qui existe entre les individus. L'union artificielle entre les sexes, telle qu'elle est faite par les prêtres, est directement calculée pour servir de fondement à cette olTensante inégalité et pour l'accroître perpétuellement. Ces unions faites par les prêtres procurent à la richesse le moyen de s'unir en mariage avec la richesse ».

Le mariage a des effets aussi déplorables au point de vue de la moralité de l'homme et de la

r. Lfctiirrx, de... « Les parents sont incapables de leur rendre le service de former leur caractère de manière à en faire des hommes et des femmes ayant quelque valeur. On apprend aux enfants à considérer leur propre famille comme un petit monde à eux où l'on répète : ma maison, ma femme, mon domaine, mes enfants ou mon mari, et où l'on se croit en droit d'accroître par tous les moyens la richesse et les privilèges de la maison. »

femme qu'au point de vue de leur bonheur. « La loi humaine, qui lie un homme à la même femme ou une femme au même homme pour la vie, qu'ils gardent ou non de l'airection l'un pour l'autre, a engendré entre eux plus de haine et détruit plus d'amour que tout autre état de choses ne l'aurait peut-être fait. Il s'en est suiAi une pratique générale du plus grossier comme du plus raffiné mensonge et une dissimulation absolue entre les époux et la société. Du mariage sont nées la jalousie la plus exaspérée et la vengeance. Le mariage a séparé pour toujours l'un de laulre ceux que leur nature contraignait à entretenir l'un pour l'autre la plus forte et la plus sincère affection. » Le mariage, loin de rapprocher l'homme et la femme, les a séparés plus profondément : il a créé entre les sexes le mensonge alors que l'homme et la femme ne seront heureux que (( lorsqu'ils pourront en toute occasion se parler le seul langage innocent, celui de la vérité )).

La nature doit être le seul guide des relations entre les sexes : (( N'est-il pas plus conforme au sens commun de laisser la nature agir et décider par elle-même ? Les autres espèces animales ontelles connaissance d'un seul jiéché sexuel ? Y a-til dans aucune espèce animale une différence entre manger, boire, dormir et perpétuer par les mêmes

lois naturelles l'existence de l'espèce ? La nature n'a-t-ellc pas réglé chez les animaux ce dernier penchant aussi sagement que les autres ? N'est-il pas probahle que. si elle n'était pas contrariée par 1 homme ignorant et présomptueux, elle réglerait et dirigerait sagement ce penchant chez l'espèce humaine pour son plus grand bien comme elle le fait pour toutes les autres espèces animales?... La conduite des sexes sera guidée par la seule nature et non par les lois et inventions irrationnelles des prêtres... La chasteté de la nature ou vraie chasteté, cette chasteté qui seule est vertueuse, consiste dans les rapports des sexes quand il y a entre eux une sympathie pure et spontanée ou une sincère alTection ; quand les qualités physiques et intellectuelles de l'un sont en accord parfait avec celles de l'autre ; quand, en fait, leurs natures se complètent si heureusement qu'ils forment un tout harmonieux : quand, unis de corps et d'âme, ils deviennent un seul être dont les sentiments et les intérêts s'identifient ; quand ils sont ainsi rendus capables de joindre leurs sympathies et leurs aflections aussi longtemps que la nature les a destinés à rester unis. ))

Aux mariages artificiels du Vieux Monde immoral, Owen oppose les unions naturelles du Nouveau Monde moral, unions fondées sur la sympathie mutuelle, la sincérité réciproque et la

connaissance de la nature. Les sexes ne doivent pas èlre des étrangers éternellement ignorants l'un de l'autre : « L'homme et la femme ne sont que les parties intégrantes d'un tout ; par la combinaison des sexes, la race humaine a atteint l'adaptation la plus parfaite aux fins de l'humanité. L'homme et la femme complètent tous deux la nature humaine par leur union ; séparés et isolés, ils n'en sont que la moitié ; tous deux, dès leur enfance, doivent apprendre à se connaître exactement'... » Owen réclame pour les deux sexes des droits égaux et une éducation commune destinée à les rapprocher. C'est sur cette égalité des sexes, sur la vérité et sur des sympathies conscientes que seront fondées les unions sexuelles dans le Nouveau Monde moral : « L'homme et la femme ne s associeront sans crime que lorsqu'ils auront unealTeclion réelle l'un pour l'autre, et cette affection sera forte et durable en propor-

I. Lectures, etc.. « Cette ig-norance de leur propre nature est le fondement de tous les sentiments artificiels et de toutes leserreurs qui finissent par exister entre les deux sexes. Les jeunes personnes sont remplies de fausse honte en ce qui concerne les sympatliies les meilleures et les plus précieuses. Il s'ensuit qu& chaque sexe trompe l'autre continuellement. Les sympathies et sentiments sexuels sont aussi innocents que tous les autres sentiments créés par la vue, l'ouïe, le {joùt, l'odorat ou les sensations éveillées par n'importe quel objet de la nature : il est aussi nécessaire de dire la véi'ité relativement aux premiers que relativement aux derniers. »

tioii des qualités bonnes et supérieures qui auront été cultivées cliez chacun des deux dès l'enfance. » Dans le Nouveau Monde moral, les personnes désireuses de contracter une union annoncent cette intention piil)li(|nement à l'assemblée du dimanche. Si elles persistent dans celte intention, au bout de trois mois elles font une seconde déclaration publique qui est inscrite sur les registres de la société. Les mariages sont uniquemejit formés pour le bonheur des sexes, et, si cet objet n'est pas atteint, le but de l'union est détruit. Si: les parties, après un intervalle de 12 mois au moins, découvrent que leurs dispositions et leurs habitudes ne s'accordent pas et qu'il n'y a pas ])our elles la moindre perspective de bonheur dans leur union, elles doivent faire à cet effet une déclaration publique. Après quoi elles s'en retournent chez elles et, viventencore ensemble pendant six mois ; si elles trouvent de nouveau que leurs (qualités ne s'harmonisent pas et si toutes deux sont du même avis, elles font une seconde déclaration. Les deux déclarations enregistrées et appuyées par des témoins constituent la séparation légale. Quand une seule des parties désire se séparer, si l'autre s'oppose à la séparation, on leur demandera de vivre encore ensemble pendant six mois pour s assurer que leurs sentiments et leurs habitudes ne peuvent pas s'accorder de ma-

nière à leur donner le bonheur. Mais, si à la fin du second semestre, la personne désirant la séparation persiste dans le même esprit, la séparation devient définitive. Les personnes séparées pourront, sans en être moins estimées, contracter de nouvelles unions mieux adaptées à leur car-actère. Comme tous les enfants dans ce Monde nouveau seront élevés et instruits sous la surveillance et par les soins de l'Etat, la séparation des parents n'entraînera aucun changement dans la situation des membres de la irénération nouvelle.

La philosophie du wni'^ siècle, qui avait inspiré à ÛAven ses principes, reposait sur l'idée d'un état de perfection ou état de nature, idée empruntée au christianisme, idée d un paradis terrestre reporté du passé dans l'avenir. A ces origines d'une philosophie athéistique, l'owenisme devait d'être tout imprégné d'un christianisme inconscient. Qui plus est, d'instinct, Robert Owen avait l'âme d'un chrétien de l'agc apostolique. Il ne faut oublier ni cette inspiration originelle ni ces tendances instinctives si l'on veut comprendre les idées d'Owen sur la religion, l'esprit de toute

>;i doctrine elles liens qui existententre le sociailisnie et le christianisme.

Les idées d'OAven sur la religion^ peuvent se résumer en une triple croyance et en un précepte daction pratique ; une triple croyance : i" en l'existence d'une cause toute-puissante de création, cause incompréliensiblc pour la raison humaine : 2" en Tirresponsabilité de la nature humaine et en sa transformatioii possible grâce au contrôle des circonstances ; 3" en la venue prochaine d'un paradis terrestre : un seul principe de conduite pratique, la charité et l'amour. La religion rationnelle que prêche Owen, c'est le christianisme dépouillé de ses dogmes et revenu à la pure tradition évangélique. Ecoutez plutôt ces paroles qui sont celles d'un chrétien sans le savoir : (.( De même qu'il est impossible de demander à la race humaine de voler si on ne lui donne des ailes, ainsi sans charité il ne peut y avoir ni vertu ni raison... Une charité pure, spontanée et universelle est la seule puissance capable d assu-

I. The Bevolulion in Ihc Mind and Practicc of thc Hiiman Race. p. Oi',-64 (Principles and I^ractice of Rational I\eligfion, Laws I2- 22 and Reasons for tlie Laws, p. 90-110). — The Bool: of ihc j\cw moral World, explanatory ofTlie Uational Religion, 4'' P'H'tio- London, Watson, i84/i- — The Calechism of Ihc New moral World. Manchester and London, i'' (sans date). — Social Bible. London, Iletherington. — Et Social Hymns, autorised version ■{second ed). Leeds, 18/I0.

ler le bonheur de lexistence terrestre... Les pratiques et le culte de la religion rationnelle consistent à favoriser, dans toute l'étendue de nos ibrces, le bonheur et le bien-être de tout homme, femme, enfant, sans considération de classe, de

secte, de parti, de nationalité ni de couleur

Les temps sont proches oi^i les antagonismes insensés qui existent disparaîtront, où tous les hommes seront unis par les liens de la charité et par un seul intérêt qui en fera ce qu'ils sont en réalité, les membres d'une même famille ne parlant qu'un seul langage, n'ayant qu'un cœur ardemment désireux du bonheur et de la perfection de tous. )) La religion rationnelle a pour objet immédiat la charité et pour fin dernière la réalisation du bonheur humain, le règne de Dieu sur la terre. Comme le christianisme primitif, la religion rationnelle présente ce double caractère : un mystique élan d'amour universel, une attente plus matérielle d un très prochain millénaire.

La morale évangélique, le précepte d'amour et de charité, est l'essence même, non seulement de la religion rationnelle, mais de toute la doctrine d'OAven qui s'éclaire d'un jour nouveau si on la regarde comme la manifestation d'un christianisme social ignorant de ses origines. L influence du sentiment éthique en économie politique est souvent dominante, tout particulièrement dans les

docti'iiios (les réformateurs sociaux cl dans celle d'Owen. L'owenisme est moins une doctrine économique (|u'une éthique sociale, dlustrée de considérations économiques, dans laquelle les préoccupations de vertu et de moralité et les aspirations sentimentales l'emportent sur les nécessités de la production et les lois de la circulation des richesses.

En apôtre Oa\ en a vécu ; en apôtre il meurt. Agé de près de 88 ans, malade et affaihli, il veut néanmoins, en octobre i858, aller à Liverpool assisterau congrès pour ravancenient de la science iiociale. On le porte jusque sur la plate-forme, et il prend la parole pour proclamer une dernière lois les principes auxquels il a consacré sa vie : mais bientôt la faiblesse l'empcclie de continuer, il défaille et s'affaise dans les bras de son vieil ami Lord Brougbam. On le transporte à l'hôtel où il reste quelque temps évanoui sur son lit. A peine revient-il à la conscience qu'il se fait répéter les paroles qu'il a prononcées. Quelques jours après, se sentant plus fort, Owen désire revoir les lieux de son enfance. Il reste quelques jours à NeAvtoAvn, puis repart pour liiAcrpool. Il revient enfin dans son pays natal oh il veut reposer et où une bronchite lui enlève ses dernières forces. Le ministre protestant vient à son chevet et lui demande s'il ne regrette pas sa vie follement dépen-

sée en projets inlVuctueux et en vains clïorts. — (( Non, monsieur, répond Owen, ma vie n'a pas été inutile : j ai proclamé des vérités im])ortantes, et, si le monde n'a pas voulu les accueillir, c'est qu'il ne les a pas comprises : puis-je l'en blâmer? Je suis en avance sur mon temps. » Le 17 novembre 1808, à sept heures moins le quart du matin, Robert O^ven pénétra tout doucement dans la mort en murmurant: «Le repos est venu. »

LE CATÉCIIlS.Mi: 1)1 NOUVEAU MONDE MORAL '

« Consiuré à la \ érité sans Mystère,

sans Mélansfe d'Erreur ou Cmiiiti; humaine. »

Demande. — Qu'est-ce que l'homme?

Réponse. — Un être organisé ou un animal qui possède certains pouvoirs et certaines facultés physiques, intellectuelles et morales, ainsi que des prédispositions cjui lui donnent de l'attrait ou de la répulsion pour certains ohjets.

D. — En quoi dilTèrc-t-11 des animaux et autres êtres organisés ?

/?. — En ce qu'il est doué de facultés intellectuelles et morales supérieures à celles de tous les autres animaux : facultés qui lui ont permis d'établir sur eux son empire. Il est par consé([uent le maître des animaux.

D. — Comment l'homme a-t-il été créé?

H. — Il n'existe pas encore d'être humain en état de répondre à cette question d'une façon rationnelle ou satis-

I. The Catechisin of The Xen' moral World, by RoI)ert Owen. Mancliester, Abel HeyAvood. Lmidon, H. Hetlierington. Priée one Penny : sans date. Une édition de Leeds porte la date de i838. Edouard Doli.lans. 22

faisante. Tout ce qu'on peut afTîrmer avec vérité sur cette question qui n'a pas d'Intérêt actuel, c'est que l'iionime a été créé par une puissance Inconnue de lui, d'une manière analogue à celle dont toutes les autres substances organiques ont été créées. Chacune de ces substances organiques ont leurs prédispositions particulières, leurs tendances caraclérlsllques, leurs lois d'attraction et de répulsion qui sont les lois de leur nature ou lois naturelles de chaque espèce; aucune n'échappe aux lois générales et aux lois individuelles de son espèce.

D. — Quelles sont donc les lois d'attraction de la nature humaine?

R. — D'une manière générale, les inclinations de la nature humaine se résument en un certain nombre de désirs : l'homme a le désir de sensations agréables, le désir d'être nourri, celui de prouver son attachement à ceux qui satisfont à sa faim et à sa soif; le désir de sommeil et de repog quand il est fatigué de corps ou d'esprit; le désir de perpétuer son espèce conformément aux lois de sa nature; le désir d'exercer convenablement toutes ses facultés et de déployer toutes ses puissances physiques, intellectuelles et morales (seul moyen de lui assurer santé et bonheur) ; le désir de dire toujours la vérité ou d'exprimer sans déguisement toutes ses sensations ; le désir de faire partager à ses frères et d'étendre à ses frères le bonheur ou les sensations agréables dont il jouit lui-même ; le désir d'éprouver toujours des sensations agi'éables et par suite de changer une sensation par une autre aussitôt que la preuiière cesse de lui procurer du plaisir; enlln le désir d'une pleine liberté d'action.

D. — Quelles sont les lois de répulsion de la nature humaine ?

/?. — D'une manière générale, l'homme a de l'aversion pour tout ce qui cause à son individu une soudVance physique, ntellectuelle ou inorale; plus particulièrement il a

de l'aversion pour tout ce qui s'oppose à la satisfaclion de son instinct, lorsqu'il a faim ou soif; pour tout ce qui rcmpèclie de i^oùlcr son repos ou de dormir cou for moment à sa nature; pour tout ce qui l'empêche tle satisfaire le désir de perpétuer son espèce lorsqu'il y est conduit par les sollicitations naturelles de son organisme : pour tout ce qui s'oppose au libre jeu de ses forces et de ses puissances physiques, intellectuelles et morales lorsque son organisme le pousse à les exercer ; pour tout ce qui l'empêche d'exprimer librement les convictions que sa nature l'oblige à adopter ou d'éprouver les sentiments que sa nature l'oblige à ressentir ; pour tout ce qui l'empêche de recevoir des sensations agréables et d'en jouir; pour .tout ce qui cause une peine à ceux qui ne lui ont point fait de mal ou qui les empêche de jouir de sensations agréables; enfin pour tout ce qui met obstacle à sa liberté d'action conformément aux impulsions naturelles de son organisme.

D. — L'homme est-il l'auteur de tous ces penchants ou de quelqu'un d'entre eux ?

R. — Non l'homme est incapable de contribuer en quoi que ce soit à la formation de ses inclinations.

D. — Est-il juste ou utile de le louer ou de le blâmer, de le récompenser ou de le punir, enfui de le rendre visà-vis des hommes ou de quelque autre être responsable de la formation de l'un de ces penchants, de l'une de ces qualités ou capacités particulières ?

/?. — ÎNon : l'idée de responsabilité est parmi les plus absurdes et en fait elle a été cause de beaucoup de anal.

D. — Ces prédispositions de la nature hvunaine sontolles bonnes ou mauvaises ?

R. — Elles sont bonnes au plus haut degré ; toutes sont nécessaires à la formation d'un être intelligent, raisonnable et heureux ; elles sont nécessaires aussi à la conservation de l'espèce.

3iO ANNEXES

D. — En quoi consiste le bonheur de l'homme ?

li. — 11 consiste en sensations agréables et réside dans la satisfaction de tous les besoins de la nature dans les limites de la tempérance.

D. — Quelles sont les institutions qui pourraient assurer pratiquement et pendant toute leur existence à tous les membres de la race humaine les sensations agréables les plus nombreuses, les plus innocentes et les plus saines ?

R. — Des institutions destinées à mettre en activité d'une façon saine et innocente, au moment convenable, toutes les forces et facultés physiques, intellectuelles et inorales de la nature humaine; des institutions destinées à assurer, conformément à l'organisme et à la constitution de chaque individu, l'exercice régulier et modéré de ces forces et facultés. Ces institutions devront maintenir en équilibre le mécanisme des désirs, parce que c'est ainsi seulement qu'on peut élever le l)onheur de l'homme à sou plus haut degré et le rendre durable.

D. — En quoi consiste le malheur de l'homme ?

/?. — Le malheur consiste pour l'homme en sensations pénibles et réside dans la non-satisfaction des besoins de ses facultés physiques. Intellectuelles ou morales.

D. — Dans quelle condition l'homme devient-il un être bon et raisonnable ?

R. — Lorsque tous les besoins de son organisme sont régulièrement satisfaits dans les limites de la tempérance.

D. — Quand l'homme devient-il un être mauvais et déraisonnable ;*

R. — Lorsque les besoins de la nature et de son organisme restent insatisfaits.

D. — Dans quelles circonstances l'iiomme est-il le plus facile à gouverner ?

R. — Lorsqu'il est soumis à des institutions qui lui permettent en tout temps de contenter et de satisfaire les. besoins de sa nature dans les limites de la tempérance.

LE CAT-ECllIS.ME Di: .NULVEAU .NKJNDI'. .MOliAE 3il

/). — ()uancl riiomino est-il le \A\\s dillicile à gouverner ?

H. — Lorsfjue les besoins de son organisation physique, intellectuelle et morale sont le moins satisfaits.

D. — Connnent tous les besoirus de la nature lumiaine peuvent-ils être satisfaits dans les limites de la tempérance, à l'avantage commun de l'iiidnitlu et de la société?

R. — Par les gouvernants, par les fabricants de bonheur social, édictanl une léiiislation générale destinée à atteindre ce résultat.

D. — Ce grand desideratum des alTaircs humaines peutil être réalisé aujourd'hui dans la pratique [)ar des mesures que puissent prendre les gouvernements des pays les plus civilisés du monde?

R. — Oui et ceux-ci agiraient pour le plus grand bien de tous : le bonheur restera inconnu à riiommc jusqu'à ce que ce grand résultat ait été obtenu.

1). — V a-l-il jamais eu dans un pavs un gouvernement qui ail placé l'homme au milieu des circonstances qui permettent à tous les besoins de la nature de se satisfaire régulièrement dans les limites de la tempérance?

R. — Non. jamais, (^n ne s'est jamais rapproché à aucun degré d'une pareille constitution rationnelle de la société.

/). — Est-il possible aujourd'hui de placer l'homme au ïuilieu des circonstances qui réaliseraient son plus grand avantage à la fois comme individu et comme membre de la société, et qui lui permettraient de satisfaire tous les besoins de sa nature dans les limites de la tempérance?

R. — Oui, car il existe la plus grande abondance de moyens et de matériaux propres à mettre l'homme en situation d'atteindre cet heureux état. L'assentiment de l'opinion publique est maintenant la seule chose nécessaire pour amener tous les gouvernements, quelqu'en soit la forme, à entreprendre tout de bon la réalisation de cette

Iransforinalioii d'une manière pacifique et rationnelle pouile plus grand bien de tous les individus et de tous les États.

D. — Quels sont les obstacles qui s'opposent à la réalisation immédiate de ce changement dans l'opinion publique, changement ([ue a'ous dites pouvoir accomplir si promptemcnt celte grande et glorieuse émancipation do l'homme libéré de l'ignorance, du péché et de la misère ?

R. — Les obstacles les plus formidables sont les erreurs fondamentales à l'aide desquelles on a jusqu'ici façonné l'opinion pvd^lique.

D. — Ouelles sont ces erreurs fondamentales qui dressent un si pernicieux obstacle sur la voie du progrès et du bonheur universels ?

R. — Les erreurs londamentales dont tout le mal moral est né et sur lesquelles les institutions de tous les pays ont été et sont encore basées.

D. — Quelles sont ces erreurs et ces institutions?

R. — Les erreurs et les institutions dont les soutiens sont la prêtraille et les gouvernements de tous les pavs où il existe des prêtres et des gouvernants.

D. — Les prêtres et les gouvernants retirent-ils un bénéfice de ces erreurs et de ces institutions ?

R. — Non, tout avi contraire; car, en tant cjue hommes, ils perdent tous les avantages supérieurs de leur nature. Mais, depuis leur enlance, ils ont été dressés par la société à croire qu'ils retirent individuellement de ces erreurs un grand bénéfice et cjue sans elles la société ne pourrait être" dirigée pacifiquement et n'existerait que dans la plus profonde discorde et le plus grave désordre.

D. — La société a donc le choix entre : dresser le peuple à admettre comme vérités de grossières erreurs ou bien lui incvdquer dès lenfance la seule A éritéP

R. — Oui et elle peut foi'cer le peuple à recevoir et à garder toute la vie l'empreinte profonde de l'erreur ou de la vérité; mais il serait bien plus facile de lui insuffler

LE CATKClllSME DU NOUVEAU MONDE MORAL ;}43

l'amour de 1<t vrritô plutôt que celui de l'erreur si le clergé ne dirigeai l pas l'éducation et ne formait pas le caractère du peuple.

D. — Qu'est-ce donc cjue cette société dont l'opinion est toute-puissante pour le bien comme pour le mal P

/?. — C'est un certain nombre d'individus des deux sexes révmis en association pour leur entrelien et bien-être mutuels et dont les sentiments généraux iqui constituent l'opinion publique peuvent réaliser, mèni<î instantanément, la plus profonde révolution.

D. — Quand l'bomme est-il le plus puissant pour le bien et pour le mal ? Quand il agit individuellement et sans l'appui de ses semblables ou quand il s'associe à eux ?

H. — Quand il fait partie d'une société. En effet, en ce cas, les forces de cliaque membre sont considérablement multipliées, tandis cjue ses actions peuvent être eiïicacement contrôlées et dirigées par la société de manière à produire ou beaucoup plus de bien ou beaucoup plus de mal.

D. — (}uand l'individu peut-il faire plus pour développer le bonbeur de la race bumaine-' lorsque son propre intérêt est mis en contradiction avec celui de la société ou lorsc[ue tous ses intérêts sont unis et identifiés à ceux de la société '•)

R. — Lorsque tous les intérêts de l'individu et de la société sont identifiés comme le sont ceux d'une même lamille dont les forces, les facultés, les biens et les propriétés sont directement employés à développer le bien-être et le bonbeur de cbaque individu, sans aucune partialité, conformément à la constitution particulière de cbaque membre de cette grande famille.

D. — L'bumanité a-t-elle fait preuve de sagesse en adoptant et en mettant à la base de ses institutions des idées qui opposent directement l'intérêt de l'individu à celui de la société ?

R. — Non. car ces idées et toutes les institutions (ju'on a iondées sur ces prétendues vérités tendent à perpétuer l'ignorance, la pauvreté et le désordre et à développer les sentiments les plus bas et les pires passions dont la nature est capable. Ces idées erronées et ces institutions doivent, par suite, produire beaucoup plus de mal (pie de bien et procurer à l'ensemble de l'iiumanité beaucoup plus de sensations pénibles c{ue de sensations agréables. Elles font de la terre un Pandémonium alors qu'il serait très facile maintenant d'en faire un Paradis.

D. — Ainsi de toutes ces erreurs proviennent les lois, les institutions et les praticpies cjui en découlent, qui divisent les intérêts de l'Humanité et mettent l'intérêt apparent de l'individu en opposition avec le véritable intérêt général de la race buniaine. Toutes ces erreurs sont combinées de telle sorte qu'elles procurent plus de i)eine que de plaisir à tout individu du sexe masculin ou féminin, quelque soit son rang, sa place ou sa condition?

/?. — Très certainement. Il n'y a pas de loi de nature plus lixe et plus immuable que la loi qui assure aux intérêts unis la supériorité sur les intérêts individuels afin d'établir d'une manière permanente la baute prépondérance de la race humaine sur tous les autres êtres de la terre.

D. — L'Humanité fait-elle preuve évidente de vraie sagesse et de raison en adoptant, pour les mettre a la base de ses instilulions, des idées destinées à ne donner que des sensations agréables ou avi contraire en adoptant des idées" destinées a imposer à tous les êtres humains une existence lissée de sensations pénibles}

/('. — Il est sage et raisonnable d'adopter, pour en faire le fondement des institutions, les principes capables d'assurer des sensations agréables à tous les individus pendant toute leur vie. Et il esl tout à fait insensé et irrationnel de donner pour fondement aux institutions des notions imaginaires qui sont en contradiction avec les faits et qui

LE CATECHISME DU NOUVEAU MONDE MORAL aW

doivent nécessairement produire, durant la vie de cliaquc individu, une somme incalculablement plus grande de sensations pénibles que de sensations agréables.

D. — Quelles sont les inslitnlions, fondées sur des idées erronées, qui causent le plus de sonllrance à la race bumaine ?

/?. — Les institutions qui doivent le jour et servent de soutien aux idées, aux imaginations suivantes : l'iiominc né mauvais; l'homino capable de se former ses convictions et ses sentiments, à son gré, même s'ils sont en opposi- Tion avec les lois immuables de son organisme, c'est-à- <lire les lois de la nature qui l'obligent, sans considéralion pour sa volonté ou son désir du contraire, à st; soumettre aux croyances qui s'imposent le plus fortement à son esprit, aux sentiments que sa nature propre lui inspire.

D. — Pouvez-vous cxpli([uer plus complètement c|uelles sont CCS institutions?

R. — Oui : ce sont celles qui ont été imaginées et dont on entretient l'existence pour inculc^uer au peuple les idées erronées exposées précédemment et celles qui ont été inventées pour fortiller, par ce qu'on appelle la Loi, toutes les pratiques malfaisantes, injustes et irrationnelles qui découlent nécessairement de ces conceptions barbares et absurdes.

D. — Exposez plus spécialement ce que sont les institutions qui découlent de ces imaginations?

/?. — Toutes les institutions qui entretiennent dans le monde le clergé et les temples ; toutes celles qui entretiennent dans le monde les liommes de loi, les juges et les magistrats avec leurs tribunaux; toutes les vastes institutions qui perpétuent dans le monde le système mercantile de poursuite de l'argent, de l'argent cjui ne représente pas directement et bonnèlement les biens réels, de l'argent dont la valeur est cbangeante quand on l'estime.

])ar rapport à une somme immuable en quantité et qualité d'objets de première nécessité. 11 en est do même de toutes les institutions qui divisent les intérêts et lessentiments des individus ; de toutes celles qui tendent à partager l'humanité en familles isolées, en classes, en. sectes ou en partis et en ces départements sectionnés qu'on appelle des nations ; de toutes celles qui tendent à mettre en opposition les intérêts apparents des individus et les intérêts apparents de la société, alors que les intérêts réels des uns et de l'autre sont éternellement une seule et même chose.

D. — Y a-t-il encore d'autres institutions qui soient la la cause de plus de souffrances que de plaisir ?

R. — Oui, il en existe encore une quantité innombrable ; mais toutes découlent directement ou indirectement de quelqu'une des [)récédcntes, c'est-à-dire de ce qu'on appelle religion, loi, inariage et propriété individuelle, tovites institutions fondées en contradiction avec les lois de la nature.

D. — Comment les prêtres ont-ils été cause dans le monde de plus de souffrance que de bonheur ?

R. — Par leur effort constant pour mettre obstacle aux inclinations de la nature humaine en les appelant par ignorance des vices et pour encourager, par suite de la même ignorance, ses prédispositions répulsives en les appelant des vertus. Ils forcent ainsi l'homme à devenir un être'déraisonnable et méchant.

D. — Est-il sage, alors, de conserver plus longtemps le clergé et ses diverses institutions?

R. — Non. Pour les raisons qui viennent d'être exposées, c'est la plus giande de toutes les erreurs d'en conserver la moindre parcelle ou la moindre parcelle des institutions collatérales qui lui servent aujourd'hui d'apis"'- , • . . . .

D. — Comment les codes de lois qui dirigent le monde

ont-ils été conibiiics de niauK'i'o à causer plus de soul- Irance que de bonheur ?

/?. — De la niènic uianière générale ; car ils ont été laits aussi pour cnipèclier et prévenir l'action des inclinations de la nature liuniaineel encourager les pi'édispositions répulsives, c'est-à-dire pour contredire les lois de la nature physique, intellectuelle et morale de l'homme. Or, les inclinations de la nature humaine sont toutes bonnes el nécessaires potir assurer santé et Ijouheur. Les codes de lois inventés et appliqués en contradiction avec ces penchants sont bien combinés pour rendre l'homme déraisonnable et méchant el sont sûrs d'atteindre leur but.

D. — Est-il sage, alors, de conserver ces codes de lois et ces institutions cl tie contribuer à leur maintien?

R. — Non. l*our les raisons déjà exposées, il est tout à lait insensé de les conserver et de leur donner plus longtemps le moindre soutien.

D. — Pourquoi les institutions de l'armée et de la marine sont-elles combinées de manière à produire plus lie soullrance que de bonheur ?

R. — Parce quelles ont été inventées et employées pour obliger l'homme, par la l'orce brutale, à agir et à parler contrairement à ses convictions et en opposition avec les sentiments et les penchants de sa nature et pour le contraindre, par conséquent, contre sa nature, à devenir déraisonnable et méchant.

D. — Est-il sage de maintenir les armées permanentes de terre et de mer ?

R. — Non, cela est tout à fait insensé; car tant qu'il leur sera permis d'exister, la race humaine restera fatalement dans un ('tat d'esclavage et de misère. Et ces institutions sont aujourd'hui inutiles, car il n'est pas nécessaire d'employer la force brutale pour déterminer l'homme à agir en harmonie avec ses penchants naturels.

D. — Poui-quoi l'achat et la vente des objets nécessaires

à la vie et rechange d'une monnaie conventionnelle, soit de métal, soit de papier, en vue d'un profit pécuniaire, «onl-il combinés de façon à causer plus de soulfrance que de bonheur ?

/?. — En raison des effets extrêmement funestes que la poursuite d'un profit pécuniaire dans les affaires produit sur les dispositions, l'esprit et la conduite de tout individu qui s'y consacre. Cette praticjue tend, plus puissamment que toute autre, à avilir le caractère, à faire des acheteurs et des vendeurs des hypocrites et à engendrer ainsi dans toute la race humaine un perpétuel conllit de convoitises; chacun cherche à tirer profit de l'ignorance ou de la faiblesse des autres ; tous les avantages de l'existence vont aux oisifs et aux indignes, tandis que les producteurs laborieux en sont dépouillés dans une pins large proportion. •Celte pratique fait obstacle au développement de la richesse qui a le plus de valeur, parce qu'elle en limite l'accroissement au montant de l'instrument artificiel de circulation dont peuvent disposer les producteurs de cette richesse.

D. — Pourcjuoi le système individualiste de la concurrence et les institufions que la société a organisées pour ■entretenir cette concurrence produisent-ils plus de bien que de mal?

R. — Parce que aujourd'lnii, quel fpi'ait été autrefois leur elTet, ces institutions sont parfaitement combinées |:)0ur retarder l'accélération du progrès dont fextensiôn peut être incalculable ; pour propager dans toutes les branches de la société le découragement et les mauvaises passions. Elles multiplient à l'infini les fatigues de l'existence humaine et le labeur de l'homme ; elles font de lui un fripon qui s'imagine être rusé, tandis qu'en même temps il se dupe lui-même ; elles diminuent considérablement ses moyens de jouissance; elles dégradent ses qualités intellectuelles et morales cl impriment une fausse direc-

LK CArKCIIISMI'; hl' NOL'VK.Vr MONDK MOIJAI, 3ir>

lion à cliacime dos [xilssaiiccs de sa nature, (le svsU'inc csL donc bien organisé pour drosser l'homme, dès l'onfancc, à devenir à la Ibis insensé et fourbe et pour le mettre au rang des animaux les plus dénués de raison. Ce système ost, en fait, étant donnés les éléments qui existent aujourtlhui pour assurer le boidieur de la race humaine, un dos plus grand lléaux du monde ; car ce système est le gi-and dissipateur et le grand destructeur de la richesse, le grand obstacle à l'accroissement de la production et le grand ompéchemcnt aux jouissances que cet accroissement pourrait procurer.

D. — ()iie devraient faire les peuples et les gouvernements du monde pour faire disparaître maintenant les causes de souffrance et de mal et pour assurer à travers les siècles futurs un progrès continu et sans recul vers le bonheur et la vertu ?

R. — Renoncer à toutes les erreurs fondamentales qui produisent le mal moral, source do toute soulTrance, et adopter les principes fondamentaux du bien moral, source i\c tout bonheur ; non pas faire mourir d'une mort violente, mais laisser mourir d'une mort lente et naturelle les institutions établies pour entretenir dans le monde la soulTrance ou le mal moral, et établir immédiatement de nouvelles institutions inépuisables sources de bonheur ou de bien moral. J'entends par là la promulgation de dispositions telles que par elles tous les hommes professent et mettent en pratique, sans cesse et en toute sincérité, les principes de paix et de vérité et qu'ils cessent tous de professer et de mettre on pratique les principes de violence et de fauseté.

D. — Est-il possible d'elTecluer une si admirable transformation clans les affaires humaines sans précipiter la société tout entière dans une confusion et un désordre sans fin ?

R. — Il est parfaitement simple et facile d'opérer cette

transformation. Tous les éléments nécessaires à sa réalisation la plus complète et la plus rapide sont aujourd'hui à la disposition des gouvernements d'Europe et d'Amérique comme h celle des gouvernements des parties de la terre les plus éloignées.

D. — Les gouvernements souflViront-ils quelque dominage en mettant en œuvre ces éléments ')

R. — Non, tout au contraire : les gouvernants en retireraient, comme individus, un profit bien plus considérable qvie celui que leur procurerait le complet succès de tous les plans qu'ils ont imaginés jusqu'ici ou qu'ils projettent, sous l'empire du mal moral.

D. — Pourquoi donc les gouvernants nadoptent-ils pas immédiatement les mesures qui leur permettront d'clfectuer sans retard cette transformation ;'

R. — Parce qu'ils ne possèdent pas suIUsammcnt la science des principes et encore moins leur mise en pratique qui peuvent seules opérer celte transformation, l'opinion publique qui gouverne le monde n'a pas été assez éclairée pour leur permettre, en opposition avec l'état de ■choses actuel, d'entreprendre une si profonde transformation dans les alTaires humaines.

D. — Alors la date de cette grande révolution dépend <le l'opinion publique?

R. — De l'opinion publique seule.

D. — Il est évident alors que l'œuvre la plus importante à laquelle un homme puisse prendre part est d'aider à la création d'une nouvelle opinion publique, en faveur <ie la Vérité et contre le Mensonge ?

R. — Certainement, aujourd'hui la plus grande œuvre qu'vm homme ait à accomplir est de détruire la cause de tout mal et d'instaurer un bonheur durable pour la race Jiumaine.

D. — Comment peut-il créer cette nouvelle opinion joublique ?

M-: CATKCIIISMK DU NOUVEAU MONDE MORAI> ;îol

IL l'Aie sera crrôo |)ar les amis do la V(''rlt(' ([ui ont

assez de courage moral pour comballre les erreurs populaires et les grands préjugés, en se mettant en avant pour organiser des réunions publi((ues, des lectures ])ub]iques, des discussions publi([ues et des publications à bon marché en faveur de la cause; de la Vérité contre l'Errour et en devenant membres d'une Association récemment formée pour propager dans le monde entier la \ érité sans mélange d'erreur.

D. — Comment ces démarches publi([ues peuvent-elles être encouragées et poussées avec une énergie et une persévérance sullisantes pour elfectuer dans un espace de temps raisonnable le grand objet qu'il faut atteindre ?

R. — Elles le seront par les mesures elTicaces, actives, énergiques, rélléchies de 1' \ssociation dont il a été fait mention dans la réponse précédente.

D. — Quel nom lui a-t-on donné ?

R. — « L'Association de toutes les classes, de toutes les nations, pour la formation d'un Nouveau Monde moral. »

D. — Connnent cette Association assurera-t-elle la transformation de l'opinion publique ?

R. — En convoquant des réunions publiques ; en aidant à propager des lectures et des discussions publiques à Londres et à proclamer ces \ érités ; en fondant des groupes d'Associations similaires dans toutes les parties du royaume et aussi chez les autres nations juscju'à ce qu'elles s'étendent dans le monde entier. Ces Associations se garantiront elles-mêmes contre le manque d'argent et contre tous les maux artillciels de la vie qui découlent du svstème actuel de mal moral : en d'autres termes, elles produiront pour elles-mêmes tout ce qui leur sera nécessaire pour assurer leur bonheur durable.

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