I. Autobiographie, p. i
L'HOMME. - SA FOHMATION PRATIQUE (i7
aalobiogiîipliie, c'est dès cette époque que se seraient formées clans son esprit ses idées sur l'irresponsabilité humaine et sa théorie des circonstances : (( Mes réilexions, dit-il, m'amenaient à des conclusions loutes dilTérentes : ma raison m'apprenait que je ne pouvais être l'auteur d'aucune de mes qualités, que la nature me les avait données, que la société m'imposait mon langage, ma religion, mes habitudes, que j'étais entièrement l'enfant de la nature et de la société... Mais mes sentiments religieux furent immédiatement remplacés par un espiit d'universelle charité pour toute la race humaine et par un désir ardent de lui faire du bien. » Cet aveu est à retenir : Owen enfant a une âme profondément religieuse, et, lorsque les haines et antagonismes entretenus par les différentes confessions l'ont désabusé des sectes religieuses, ses tendances mystiques se convertissent en sentiments d'amour et de charité. Cependant, quoi qu'en dise Owen dans son autobiographie, il ne faut pas croire qu'à cette époque ses croyances philosophiques et religieuses fussent aussi précises. Quelques lignes plus loin il écrit qu'il n'en était pas moins chrétien : très scandalisé de ce qu'à Stamford on ne respectait pas le dimanche, il lui vint même à l'esprit, à l'âge de 12 ou i3 ans, d'écrire au premier ministre Pitt pour lui demander de prendre des mesu-
res pour faire respecter le jour du sabbat. A quelque temps de là, Me Guffog, à qui il avait dit l'envoi de cette lettre, lui apporta un journal de Londres en s'écriant: Voilà la réponse de M. Pitt. (( Je n'attendais pas de réponse, et tout surpris je demandai en rougissant quelle elle était ; et Mo GuITog de répondre que c'était une longue proclamation du gouvernement recommandant à tous de respecter plus strictement le jour du sabbat. )) Cette anecdote ne prouve pas seulement qu'à cette époque Owen était encore plus croyant qu'il ne le prétend ; sa lettre à Pitt commence la série des discours et de pétitions qu'il adressa toute sa vie à tous les souverains et ministres de l'Europe.
Désirant acquérir une connaissance plus complète des alTaires, R. Owen quitte Me Guffog et retourne à Londres, oii il entre chez Flint and Palmer, une vieille maison de London Bridje qui fut la première à vendre au comptant et à petit bénéfice. Logé et nourri, il reçoit £ 25 par an. Ici c'est une toute autre clientèle, une clientèle populaire ; un prix peu élevé est marqué sur chaque article, on ne perd pas de temps à marchander. Le magasin ne désemplit pas du matin au soir : l'article demandé est offert, pris et payé en un instant, tout cela en grande hâte, car les clients se succèdent rapidement. Dès 8 heures du
malin, les employés doivenl cHre au travail, les cheveux poudres, pommadés et frisés ; ils doivent prendre leurs repas à la hâte, chacun à tour de rôle. Après le départ du dernier acheteur, vers lo heures du soir, une nouvelle tache commence: il faut ranger les innomhrables articles de mercerie présentés aux acheteurs et qui sont dans le plus grand désordre. Ce n'est souvent qu'à 2 heures du malin, lorsque tout est prêt pour le lendemain, qu'Owen peut dormir quelques heures : « Dans cette situation, dit-il', jacquis des habitudes de rapidité et de diligence que je conservai, et j eus connaissance dune autre classe de la société et dune autre façon de comprendre les affaires que cliez iNIc Guffog. »
Owen va ensuite à Mancliester, chez M. Satlerfield, maison de commerce de gros et de détail, où il est logé, nourri et blanchi et reçoit £ lio par an. Owen reste là jusqu'à i8 ans. Parmi les articles vendus, se trouvent des fils métalliques pour les chapeaux de femmes ; celui qui les fabrique est un artisan du nom de Jones, qui parle à Owen des inventions extraordinaires c|u'on commence à introduire à Manchester dans la filature du coton, il lui parle de cette nouvelle et curieuse machine qu'est la mule-jenny. Un