‹ Robert Owen, 1771-1858Chapitre 28 sur 113 · HP · texte numérisé non relu

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L'HOMME. - SA FORMATION INÏELLEGïUP:LLE 103

ïiiains était tel que, lorsqu'il se trouvait dans une réunion, il ne pouvait s'empêcher d'embrasser toutes les personnes présentes ; voyant les liens d'alTectueuse tendresse qui existaient entre Owen et les enfants des écoles de New-Lanark, sa femme avait coutume de lui dire en plaisantant : ù Tu les aimes mieux que tes propres enfants ! » Cette puissance d'amour a été sans doute sa plus grande force de séduction ; sa sympathie spontanée pour tous ceux qu'il approchait attirait leur sympathie et il gagnait les cœurs en offrant le sien. Mrs. Templeton m'a dit avoir connu des gens qui, plus de trente ans après sa mort, pleuraient encore en parlant de lui ou qui, pour l'avoir entendu une seule fois, avaient vu leur vie complètement transformée. Un jour que la petite-fille d'Owen faisait une conférence, elle fut reconnue par un admirateur de son grand-père qui, ne pouvant maîtriser sa joie et l'émotion du souvenir, accompagna ses paroles, pendant toute la durée de la conférence, des mots inlassablement répétés de (( Dieu vous bénisse ! . . . » Le charme d'OAven venait sans doute de ce que cet homme, a ce grand prêtre de la raison ' » qui ne voulait faire

I. Oweu iiiiiKiit il Pire nommé le yriind prêtre de la raison. Le D'' Macnal) nous rapporte ces propos du major Torrcns : Il tlisait qu' « Oweii était un liorarae surprenant, persévérant dans ses efforts et trouvant dans l'obstacle une source nouvelle d'ardeur ;

appel qu'à la seule raison, n'obéissait jamais qu'aux seules impulsions de sa sensibilité ; il reconnaît lui-même, clans son autobiograpliie, qu'il n'était pas le maître de cette sensibilité et qu'il agissait toujours par sentiment, même lorsqu'il savait agir contrairement au bon sens et à la raison. Son cœur devait du reste être bien rarement contredit par sa raison, car le second trait dominant de son caractère était un optimisme inébranlable' qu'on retrouve à tous les moments de sa vie.

Jamais, durant sa longue carrière et inalgré ses échecs successifs, Owen n'apparaît découragé un seul instant : la réalité et la vie ont beau infliger à ses conceptions des démentis cruels, jamais il ne met en doute la valeur de son système et il attribue toujours ses insuccès à des circon-

qu'il fût dans le vrai ou dans le faux, quand on réfléchissait à la philanthropie de ses desseins, on pouvait excuser l'enthousiasme vertueux qui le faisait se flatter d'être le grand prêtre de la raison ».

I. Cet optimisme a été sans doute aussi une des raisons de son influence : une conviction foi-te qui ne doute point d'elle-même, s'impose souvent à la volonté des autres et l'optimisme agit comme stimulant.

Cette faculté de toujours considérer le bon côté des choses était une qualité de famille. Mrs. T... m'a raconté que son père, Robert Dale Ow^en, trompé par un ami très cher et à moitié ruiné par lui, au lieu de se désespérer, se frottait les mains avec satisfaction en s'écriant : Quel bonheur qne nous n'ayons pas de dettes!

stances secondaires ou à une ignorance temporaire de la vérité. Au commencement comme à la fin de chaque nouvelle entreprise, avant comme après l'expérience de New Harmony, avant comme après celle de l'Equitable Banque d'Echange de Travail, il annonce l'avènement d'une ère nouvelle pour l'humanité régénérée. Après la disparition du journal la Crisls, le premier numéro du New moral World proclame la Venue du Nouveau Monde moral, (( un monde oii le mensonge sous aucune forme n'aura plus de raison d'être, un monde où l'argent n'aura plus aucune influence, où la pauvreté et l'inhumanité seront inconnues: un monde où tous les biens seront produits en abondance et où tous pourront jouir de cette abondance ; un monde où l'esclavage et la servitude n'existeront plus, mais où la plus grande liberté se conciliera avec l'union la plus étroite, union tissée par les liens puissants de l'intérêt et les fds de soie de lamour; un monde où de l'amour naîtra un bonheur exquis que n'assombrira aucune misère; un monde où lamour et la raison présideront avec sagesse aux destinées de la race humaine; un monde où le travail pénible ne sera plus nécessaire, et où la production de la richesse sera une source perpétuelle de plaisir et de joie ; un monde dont seront bannies les mauvaises passions : un monde où l'on n'entendra plus

ni louanges ni blâmes ; où personne ne désirera plus se distinguer des autres que par la plus grande somme de bonheur général que, par ses forces Jiaturelles, il pourra donner à la grande famille humaine : un monde, en un mot, où dès la seconde génération il n'existera plus ni ignorance, ni pauvreté, ni charité ; où la maladie et la misère n'auront presque plus de place, où la guerre n'aura plus de nom, et où la religion, l'amour ou l'argent ne sépareront plus l'homme de l'homme et ne créeront plus d'antagonismes dans aucune portion de l'humanité'... » A l'âge de 77 ans, en i8/i8, il envoie, le 27 février, aux hommes et aux femmes de France une adresse dans laquelle il dit :•(( Amis, une grande responsabilité vient de peser soudain sur vous... Vous pouvez désormais établir un nouveau gouvernement basé seulement sur la vérité, gouvernement qui pourra servir d'exemple au monde et devenir un bienfait pour l'humanité. ^ ous êtes aujourd'hui dans les meilleures conditions, qui se soient jamais jirésentées dans les annales des nations, pour établir en France la charité, la paix, la bienveillance, au

I. The New moral World, i"'' novembre i834, Collection du Brilish Muséum. Le 7 janvier i836, Friincis Place écrit : Aujourcl'luii M. Owen m'a assuré, en présence de plus de 3o personnes, que dans l'espace de six mois tout l'édifice social sera coniplèteinent transformé, rïraliiim ^^^lllas, V'ic de Place, LoiijpiKins fircen an C", 98, p, 0'|.

milieu d'une augmentation annuelle de biens et de savoir ' . . . »

I. Nous donnons en iinncxe cette .ulresse, publiée clans La \olx des fcimnes, a5 mars i8'|8. (Jwen vient à Paris où il est présenté au clnb du citoyen (labet. C'est à la suite de ce séjour à Paris qu'il publie The Révolution in Ihe Mind and Practice of human race (iS^i))- La présentation d'Owen au club de Cabet est racontée comme suit par la Voix des femmes du G avril i848 :

Le Ci.ub du citoyen Cabet.

Le club du citoyen Cabet est le seul qui, jusqu'à présent, ait été ouvert aux femmes comme aux hommes, comprenant dans la même fraternité les deux moitiés du j];'enre humain. Plus de quatre mille personnes des deux sexes se sont réunies lundi soir, à l'heure indiquée, et le silence le plus profond s'est établi dans la vaste assemblée à la voix grave et persuasive du chef des Icaricits. Il a d'abord présenté à son auditoire ému le vénérable Robert Owen, ce vieillard qui, pendant cinquante ans, a eu pour unique but le bonheur des travailleurs, et qui, maintenant âg'é de soixante-dix ans, vient à Paris, ce foyer d'actions vivifiantes, pour y prendre sa part d'émotion ; ce célèbre septuagénaire prouve bien que le cœur de l'homme généreux ne vieillit pas, même sous les cheveux blancs ! Robert Owen, ne pouvant point s'exprimer dans la langue française, a promis de répondre par écrit à l'enthousiaste accueil que l'assemblée lui a fait.

Le citoyen Cabet a parlé du journal la Voix des Femmes ; il a manifesté hautement sa sympathie pour cette œuvre toute de progrès ; il la soutiendra de tous ses efforts, et les femmes trouveront en lui leur plus ferme défenseur; plusieurs séances leur seront spécialement consacrées, pendant lesquelles leurs droits, fondés sur des bases inébranlables, seront proclamés, développés et appuyés par l'habile et courageux chef des socialistes.

Après avoir traité divers sujets et parlé de la candidature des membres du gouvernement à l'Assemblée nationale, candidature accueillie à la presque unanimité, le citoyen Cabet a blâmé en

Cet amour universel et cet optimisme inlassable justifient le nom de socialisme sentimental donné à des doctrines comme celles d'Owen. Au service de ses idées, O^ven a mis une ténacité qu'expliquent son caractère entêté et sa réussite dans la vie pratique. Les succès si rapides de sa carrière industrielle ont certainement renforcé la confiance que ce selj made man avait en luimême et en la vérité de ses idées.

Owen a consacré à une série d'expériences sociales sa vie, son activité et sa fortune, et on a pu dire de lui qu'il semblait mettre son point dlionneur à payer la note de toutes les expériences communistes sans succès. A travers toutes ces expériences, Owen a poursuivi la réalisation d'une conception systématique, lapplication de ses principes de pliilosopliie sociale et du système rationnel de société. La vie d Owen a été

termes énerg'iques le renvoi des ouvriers étranfiers, cette mesure iintifraternelle !

A ce sujet, nous avons entendu de belles et touchantes paroles sorties du cœur plus encore que de la bouche desimpies ouvriers : « Il n'y a point d'étrangers pour nous ! » disait l'un; — « Les l'roiî^ tières ont été faites par les rois et pour les i:ois », disait l'autre ; pensée sublime ! qui prouve que toutes les barrières de l'ég-oïsme et de l'orgueil sont déjà renversées aux yeux du peuple, et que pour le peuple désormais la fraternité n'est pas un mot vide de sens, mais une vérité sacrée qui fait de toutes les nations éparses sur le globe la vaste famille humaine, la ruche sociale, travaillant, active et joyeuse, sous le soleil de Dieu !

dominée par la logique d'un principe et d'un système.

Durant toute létendue d'une existence de 87 ans, les conceptions d'Oven ont conservé une unité majestueuse, ses efforts ont toujours eu la même fin, mais non point le même caractère ni la même direction. Les étapes successives de son activité marquent la division toute naturelle de cette étude. Dans une première période de 1800 à 1819, Owen s'adonne tout entier à l'amélioration des conditions d'existence de son personnel ouvrier. Mais l'accueil que ses idées philanthropiques reçoivent des patrons l'amène à faire appel à l'Etat pour vaincre leur mauvaise volonté et il devient l'initiateur de la législation protectrice du Travail. De 1819 a i83o, devant le spectacle de la misère sociale, Owen trouve insuffisante cette première forme d'interventionnisme : un projet d'assistance parle travail le conduit à exposer ses idées d'organisation communiste, et, pour prouver la vertu des petites communautés agricoles dont il rêve de faire la cellule sociale, il tente l'expérience de New Harmony. La dernière partie de sa vie (i83o-i858) commence par une tentative pour introduire un plus juste étalon de la valeur et substituer la monnaie de travail à la monnaie métallique comme intermédiaire des échanges. Bientôt, abandonnant l'Equitable Banque d'E-

change de Travail qu'il sent destinée à un échec fatal, Owen s'elTorce dans la Grande Union Consolidée des métiers de réaliser l'union des classes productrices contre les classes stériles. Cette participation active d'Owen au mouvement tradeunioniste et à l'agitation gréviste ont fait croire à un changement dans les conceptions d'Owen dont le socialisme serait devenu plus réaliste et plus ouvrier. Il n'en est rien et, jusqu'à la fin, comme le montrent ses dernières publications, sa doctrine est demeurée la même. Owen consacre les 25 dernières années de sa vie presque exclusivement à décrire le nouveau monde moral et à proclamer la venue d'un prochain millénaire.

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