‹ Robert Owen, 1771-1858Chapitre 3 sur 113 · Owen dit textuellement manufacture characlers · texte numérisé non relu

Owen dit textuellement manufacture characlers

quelle chaque individu sera engrené et, sans s'en rendre comj^te, i'era 1 œuvre qu'il doit faire. Cette conception n'est pas neuve. Tous les organisateurs de religions ont soumis leurs fidèles au dogme et au rite. Par la foi, ils détruisent la pensée individuelle ; par le rite,. ils les soumettent à certaines pratiques mécaniques. La répétition des impressions emmagasine telle ou telle sensation dans telle ou telle série de cellules cérébrales. Elle provoque tel ou tel accomplissement de tel ou tel acte déterminé. Les cultes, l'enseignement autoritaire, la discipline militaire n'ont été et ne sont que l'organisation plus ou moins systématique de ce phénomène que l'on appelle en physiologie l'action réflexe'. » Le socialisme, lui aussi, ne serait qu'une organisation plus complète, plus systématique encore de l'action réflexe : la discipline de l'école d'abord, celle de l'atelier ensuite seraient destinées à adapter la nature humaine et le caractère des individus aux fins de la société, à faire des êtres obéissant automatiquement aux mouvements de la mécanique sociale dans laquelle ils seraient engrenés.

Parce qu'il faut vaincre et briser les résistances des personnalités rétives dont l'individualisme pourrait déranger le jeu harmonieux delautoma-

I. \ves Giiyol, Le Siècle, Chronique éconoiuique du (3 juin igoô.

lisme social, les docirines socialistes, doclrines unitaires, sont des doctrines d'autorité. Elles le sont aussi parce qu "elles visent non seulement à l'unilé, mais à l'égalité. Certaines d'entre elles prétendent-elles faire appel à la liberté ? Leur ell'ort est vain et elles sont amenées par leur logif[ue naturelle à un autoritarisme conscient ou inconscient. C est sans succès que l'on tente de concilier l'antinomie qui existe entre l'égalité etla liberté. Proudhon, qui voulait réaliser l'égalité par la liberté, a été conduit à des contradictions insolubles. On a pu démontrer fortement que sa conception égalitaire était inconciliable avec l'individualisme économique qu'il voulait sauvegarder' . Et, vers la fin de sa vie, son individualisme ombrageux l'a conduit à sacrifier l'égalité à la liberté

1. L. Polier, L'idée du juste salaire. Ginrd et Brière, igoS, ch. vin, p. 2/1 1 et suiv.

3. P.-J. Proudhon, Théorie de la propriété, p. i/i't-iS^, iSGfi : « La propriété moderne peut être considérée comme le triomphe de la liberté. C'est la liberté qui l'a faite non pas comme il semble au premier abord contre le droit, mais par une intelligence bien

supérieure du dioit L'Etat constitué de la manière la plus

rationnelle et la plus libérale, animé des intentions les plus justes n'en est pas moins une puissance capable de tout écraser autour d'elle si on ne lui donne un contrepoids. Où trouver une puissance capable de contrebalancer cette puissance formidable de l'Etat? Il n'y en a pas d'autre que la propriété. La liberté telle est la vraie loi, l'abus de la propiiélé est le prix dont vous payez ses inventions et ses efforts. Avec le temps elle se corrigera. Laissez:

Ce caractère égalitaire paraît distinguer très nettement les doctrines socialistes des doctrines sociales chrétiennes. On a pu dire que la société chrétienne idéale était a un a aste système statique bâti sur l'inégalité des classes' ». La société socialiste, elle aussi, est un vaste système statique, mais bâti sur l'égalité des individus. Sans doute, dans la société chrétienne, l'égalité des individus existe en principe ; mais celte égalité ne doit se réaliser que dans le ciel et non jias sur cette terre. Idéalistes toutes deux, ces doctrines s'opposent par la nature de leur idéal ; l'une, soucieuse de sauvegarder la hiérarchie sociale ici-bas par la promesse d'une égalité future dans le ciel ; l'autre, préoccupée d'assurer la satisfaction immédiate des appétits par la promesse d'un paradis terrestre. Au point de vue de l'égalité, ces deux doctrines se distiguent par le moment elle lieu de réalisation de cette égalité.

On peut saisir ici la différence radicale qui sépare les deux doctrines. Sans doute, elles impliquent toutes deux un acte de foi, le môme enthousiasme et le même esprit sectaire de la part de leurs fidèles; mais, tandis que le socialisme,

fiiire La propriété rompt le faisceau de la souveraineté collective : elle rem|)lit une fonction d'équilibre nécessaire sous un

réjjime démocratique »

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