‹ Robert Owen, 1771-1858Chapitre 4 sur 113 · I. Léon l^olier, op. cit., p · texte numérisé non relu

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issu de la philosophie sensualisto du xviii'' siècle, repose sur le droit au honheur, il n'est rien de plus étranger à la philosophie chilienne, toute imbue de 1 idée de sacrifice, que ce même droit au bonheur. Les doctrines sociales chrétiennes sont sans doute préoccupées d'organiser en ce monde les activités matérielles, mais cette organisation a pourbutd'assurer plus rortement la prééminence delà vie spirituelle: les préoccupations matérielles et économiques ne sont placées qu'au second plan et subordonnées aux intérêts spirituels'.

Après avoir marqué ce point d'opposition entre les deux conceptions, il est nécessaire d'insister sur leur parenté pour montrer que celle-ci est plus étroite encore qu'on ne l'imagine. L idéedejustice sociale qui est 1 âme du socialisme, la philosophie du xviii'" siècle l'avait empruntée aux théories chrétiennes. L'essence de la conception socialiste est dans l'opposition entre la société actuelle d'anarchie et de misère et une société plus juste et plus heureuse. Par une piquante ironie, les

I. On peut dire que cette subordination des intérêts matériels aux intérêts spirituels de l'iuimanité existe aussi, sous une autre l'orme, dans le socialisme : les soci.ilistes se préoccupent peu du ralentissement de la production qui pouirait suivi-e la révolation sociale et ils ont ])his de souci «l'une répartition juste que d'une production abondante.

Edouard Dolléans. 2

origines de celte philosophie sociale sont chictiennes : rani(jue originaUté des penseurs malériahstes du \\ m' siècle a été de laïciser la conception chrétienne et de reporter du passé dans l'avenir l'idée de l'état de nature antérieur au péché ', état de perfection, de justice, d'égalité et de honheur, dont parlait la philosophie chrétienne. Le rêve de bonheur social fondé sur l'égalité est du pur christianisme dont le socialisme n'esl que le prolongement et les socialistes sont, par un amusant parodoxe, des chrétiens sans le savoir.

En effet la condamnation des richesses et le rappel d'un état de perfection oi^i les biens étaient communs entre tous avait fait partie de l'enseignement traditionnel de l'Eglise. C est le péché qui a introduit dans le monde et dans la société civile la propriété privée et l'inégalité des conditions. La richesse est coupable et le riche est maudit par l'Evangile. Chercher à s'enrichir est en soi-même un péché, c'est une tentative pour se procurer une part inégale de ce que Dieu a destiné à l'usage commun. La propriété n'apparaît aux Pères de l'Eglise que comme un mal devenu nécessaire. Le dogme chrétien de l'état de nature et de l'égalité primitive avait été enseigné au

1. Espinas, La philosophie sociale au xviii'' si'erlr m France cl la Ih'volulion. Félix Alcan, 1898, p. 87, 88.

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xA'ii" et au wui' siècles par les prédicateurs ; on en retrouve la transposition laïque dans les ouvrages de Rousseau, de Morelly el de Mably. M. Espinas ' a parfaitement montré que cette transposition avait été facilitée par la philosophie cartésienne : a Les esprits imbus de la pliilosophie cartésienne et platonicienne voient dans l'état de nature un état dérivé de l'essence des choses el conforme à l'éternelle raison : en sorte qu'il dépend de nous de nous en rapprocher. Le rêve rétrospectif d'une société égalitaire devient en se laïcisant un idéal pour l'avenir; la conception cesse d'être théologique pour relever de la raison et de la philosophie . »

Ainsi le noyau des doctrines socialistes est une conception chrétienne laïcisée : les socialistes sont des chrétiens sans le savoir, des chréliens qui sans doute ont perdu la douceur évangélique, mais n ont rien oublié de l'intolérance de 1 Eglise, ils ont cru renverser définitivement les idoles; mais, sous les noms de Raison, de Science, de Vérité, ils adorent des dieux plus impitoyables encore que les dieux bibliques, des dieux auxquels il n'est plus permis de refuser son adoration.

On définit une doclrine non seulement en énu-

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