I. Mac-Nab, op. cit
misérable... On peut dire en vérité qu'à cette époque ils (les habitants de N.L.) possédaient presque tous les vices et presque aucune des vertus d'une communauté sociale. Le vol et le recel des produits volés était leur commerce, la paresse et l'ivro^merie leurs habitudes, le mensonge et la tromperie leurs mœurs, des querelles privées et religieuses leurs pratiques journalières. Le seul lien qui les unît était leur opposition zélée et systématique à leurs employeurs '. »
A cette époque', la population de New-Lanark se composait de i 3oo personnes, établies dans le village, et de 4 ou 5oo enfants pauvres fournis par les établissements de charité d'Edimbourg. Nourris, logés, habillés, ces enfants devaient travailler, été comme hiver, de 6 heures du matin à 6 heures du soir; après leur longue journée de travail, on essayait de leur apprendre à lire et à
1 . A New View of Society or Essays on Ihe Principe of the Formation of thc Human characler, p. ^---279. Appendice B au vol. I de Life oF Robert Owen.
2. Autobiographie, p. 60. New View, p. 276. Les paysans écossais étaient peu disposés au travail de la fabrique ; aussi lorsqu'en 1784 M. Dale avait fondé sa filature, il avait eu grand'peine à attirer la main-d'œuvre nécessaire. C'est pourquoi il avait fait construire un larjje bâtiment pour y recevoir les enfants pauvres que lui procuraient les établissements de charité d'Edimbourg et de Glasgovv-, enfants de 5 à 10 ans. Voir aussi la déposition d'Owen, p. 20 du Rapport sur l'état des enfants employés dans les manufactures, cité au chapitre suivant.
écrire, mais les forces de ces enfants étaient épuisées et cette tâche supplémentaire ne faisait que les tourmenter sans leur servir à rien. Le premier acte d Owen à son arrivée à New-Lanark fut de mettre fin aux conventions passées entre son beaupère et les paroisses et de décider que désormais on n'emploierait plus à la fabrique aucun enfant des établissements de charité; de nouvelles maisons devaient être construites dans le village pour recevoir le surplus de main-d'œuvre nécessaire.
OAven n'avait pas seulement à lutter contre les habitudes misérables de la population ouvrière, abêtie par les longues journées de travail et épuisée par une mauvaise, bien que coûteuse, alimentation ; il avait à vaincre l'hostilité même de cette population. Anglais, parlant un langage différent du leur, il était considéré par ces travailleurs écossais comme un étranger qui venait prendre la direction de l'établissement dans l'unique intention de tirer d'eux du surtravail pour un salaire de famine. Enfin la population ouvrière était d instinct opposée aux transformations qu'Owen voulait accomplir et qui allaient déranger ses habitudes.
Le premier soin de notie réformateur est de choisir quelques individus, plus intelligents et moinsprévcnus contre lui que les autres, et jouis-
HOHKirr (»\VEN LE HDN PATHO.N 1)K NKW-LANAHK' li'l
sant d'une certaine inllucnce sur leurs camarades. Owen s'efforce de leur expliquer ses intentions, il essaie de leur faire comprendre que les rélormes qu il a en vue leur procureront, ainsi qu'à leurs enfants, de grands et durables avantages. Il leur demande s'ils veulent bien l'aider à instruire leurs camarades et aies préparer à ces transformations. Ainsi, peu à peu, la confiance des plus raisonnables d'entre les ouvriers est gagnée, mais lamajol'ité conserve pendant longtemps contre lui un esprit soupçonneux.
Il faut admirer, avec le D' Mac-Nab, le sens pratique avec lequel Owen a gouverné les habitants de NeAv-Lanark ; il faut admirer le soin avec lequel il savait choisir et former ses aides et ses agents. Ecoutons ce que dit de ceux-ci le D"^ Mac- .\ab qui a visité New-Lanark en 1819 : « Les directeurs et agents subalternes, employés dans les six importants départements de cet immense établissement, ont tous été régulièrement et graduellement dressés par leur maître... Owen, comme réformateur pratique, a une habileté sans égale qui apparaît d'une façon vivante aux yeux des étrangers qui causent avec ses agents ; la plupart, avant leur nomination à une place importante, ont été formés pendant de nombreuses années : leurs salaires s'élèvent d'une façon graduelle et modérée jusqu'à ce qu'ils soient consi-
122 PHILANTHROPISME PATRONAL
dérés (ce qui est le plus clicr de leurs désirs) comme qualifiés pour mériter la confiance de leur maître et la responsabilité du département qui leur est assigné. Le directeur actuel de la fabrique de coton est un highlander qui gagnait seulement un salaire hebdomadaire de quelques shillings la première année de son séjour à New-
Lanark : son salaire est de à 35o par an Ces
agents sont tous sans exception des hommes d'un caractère élevé et paraissent prendre un ardent intérêt au succès des idées d'O^ven. Ces hommes sont actuellement dans la colonie les maîtres de morale des heureux habitants de New- Lanark. » Les agents d'Ovven remplissent à l'égard des ouvriers la tâche importante d'éducateurs moraux.
Owen ne se contente pas d'encadrer son personnel d'agents dévoués, intelligents, façonnés par lui et pénétrés de son esprit, agents destinés à maintenir la discipline et à faire l'éducation morale de celte population ; il cherche à améliorer la condition matérielle de ses ouvriers, à les entourer, selon sa théorie, des circonstances les plus favorables à leur développement et à leur bien-être physique.
Les premières mesures, que prend Owen pour faire des habitants de New-Lanark une population saine et bien portante, ont trait à leur loge-
ROBERT OWKN LE BON PATRON DE NEW-LANARK 12;i
ment et à leur alimentation. Le village avait été construit d'une façon hâtive et économique, lorsqu'en lyS/i.par l'atliait d'un loyer peu élevé, M. Dale avait voulu s'assurer une main-d'œuvre à bon marché ; les habitations étaient sales et misérables. Un ancien maître d'école de Ne^v- Lanark ' nous fait de la transformation opérée par Owen dans le village la peinture suivante : (( Ceux qui ont visité NcAv-Lanark ne peuvent se faire une idée de l'aspect que présentait le village au moment de l'arrivée de M. Owen. Les maisons n'avaient à cette époque qu'une chambre: peu avaient plus d'un seul étage ; et le tas de fumier devant la porte était considéré par les habitants comme l'annexe nécessaire à leur humble habitation... Considérant que l'homme est la créature des circonstances qui l'entourent et qui forment son caractère, M. Owen tirait de ce principe la conclusion que, pour faire de ses ouvriers d'honnêtes gens, il fallait toutd'abord commencer par rendre les conditions extérieures de leur vie confortables. Aussitôt son arrivée il réu-
I. Un ancien maître d'école à New-Lanark : Robert Owen à New-Lanark, série d'anecdotes intéressantes, bref et authentique exposé du caractère et de la conduite do M. Owen à New-Lanark, avec une réfutation complète des assertions absurdes et mensonçjères qu'on a si habilement fait circuler sur son compte et sur ses actes. Manchester, prlnted by Cave and Sever. Pool Told, intéressante brochure de iG pajjes, iSSg.
nit maçons et charpentiers, et bientôt, peut-on dire avec emphase, un Nouveau Lanaik s'éleva sur les ruines de l'ancien. — Etjepuis affi r mer, contrairement à beaucoup d'assertions erronées, que, pour ce qui regarde le confort et les commodités, il n'y a ni en Angleterre ni en Ecosse aucune autre localité du même genre dépassant New-Lanark. — Grâce à la bonté de leur employeur, les habitants de New-Lanark possédaient des maisons convenables et confortables. Les rues et les places pour déposer les ordures étaient chaque jour balayées et proprement tenues par des hommes nommés et payés par Owen à cet effet. Mais les habitudes de propreté domestique étaient totalement inconnues. Il fallait une énergie peu ordinaire pour essayer de remédier à cet état de choses. Les pauvres gens ont l'orgueil de penser que, du moment qu ils paient leur loyer, leur maison est à eux et, si quelqu'un a la prétention d'intervenir dans leur intérieur, il attire sur sa tête la colère de la ménagère. M. O^ven n'échappa pas à cet écueil. Tout d'abord, par ses recommandations et d'occasionnelles conférences sur les bienfaits de la propreté, il tenta d amener les habitants de Neu-Lanarkà observer attentivement ce devoir; mais, bien que considérée comme une vertu chrétienne, elle était, comme beaucoup d autres vertus, mise fort peu en pratique.
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M. Oweii résolut alors d'essayer de mesures plus elîicaces. Il réunit un meeting public et conseilla de nommer un comité pris dans son sein et chargé chaque semaine de faire l'inspection des maisons du village ; dans un livre qu'il leur donnerait à cet effet, les visiteurs inscriraient un rapport fidèle de 1 état dans lequel ils auraient trouvé chaque maison. Cette recommandation fut accueillie avec assez de cordialité par la partie masculine de la population, mais je me rappelle qu'elle rencontra l'opposition des femmes et déchaîna leur fureur. Elles décidèrent presque à l'unanimité de fermer leur porte aux nez des visiteurs : elles les appelaient chercheurs de punaises, et M. Owen n'échappa pas à la fureur générale: malgré cette opposition, on passa outre et, sur l'ordre formel d Owen, on agit d'une façon si conciliante que bientôt toute hostilité cessa'. »
L'alimentation des ouvriers était peut-être encore plus déplorable que leur logement : pour se procurer très cher et à crédit des produits plus que médiocres, les ouvriers devaient s'adresser aux cabaretiers et débitants de boissons alcooliques. Ceux-ci achetaient à des prix très élevés des articles de qualité très inférieure qu'ils revendaient aux ouvriers à des taux extraordinaires : la