‹ Robert Owen, 1771-1858Chapitre 76 sur 113 · L'EXPÉRIENCE DE NEW-HARMONY · texte numérisé non relu

L'EXPÉRIENCE DE NEW-HARMONY

lante et exempte de scepticisme. L'expérience était sympathique, et par elle-même, et par les conditions qui l'accompagnaient? Comment les conceptions dOwen n'eussent-elles pas trouvé bon accueil auprès d'intelligences toutes pénétrées encore des idées philoso[)liiques du xviii" siècle ? Les circonstances favorables dans lesquelles se présentait l'expérience permettaient d'en escompter le succès. Le fondateur de l'entreprise n'était-il pas un des plus habiles manufacturiers anglais ? Dans la direction de ses affaires, n'avait-il pas faitpreuve de qualités de premier ordre qui devaient faire présager la réussite .►^ Même en matière sociale, il n'en était pas à son premier essai et, dans son établissement de New-Lanark, il avait montre comment un patron philanthrope peut élever le niveau de vie et de moralité d'une importante po pulalion ouvrière. Les écoles deNew-Lanark jouissaient d'une réputation universelle et donnaient à penser qu'à New-Harmony, sous l'influence d'Owen, se formerait une génération nouvelle douée de toutes les vertus nécessaires au fonctionnement du Nouveau Monde moral. Les conditions matérielles de l'entreprise étaient excellentes : situé près d une rivière, le domaine de New-Harmony comprenait plusieurs milliers d'arpents de terres fertiles, cultivées avec soin par les Rappistes : les maisons confortables, élevées par ceux-ci,

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assuraient aux nouveaux arrivants un abri ; les champs, les vergers et les vignobles ofTraienl la certitude de leurs récoltes et la sécurité des premiers jours. Enfin, les Rappistes étaient une population laborieuse, mais rude et sans cultui-e ; les membres de la nouvelle communauté, au contraire, allaient sans doute posséder un degré supérieur d'intelligence et d'habileté professionnelle.

Le succès du manifeste empêcha malheureusement OAven de choisir les membres de la communauté. A son arrivée à New-Harmony, l'inventeur des villages de coopération mutuelle trouva déjà réunies plus de huit cents personnes venues un peu de partout, aussi bien des différents Etats de l'EurojDe que des différents Etats de l'Union américaine. Ces individus n'étaient unis par aucun lien d'intérêt ni de sympathie, par aucune habitude commune. Dans cette population hétérogène il y avait un élément de premier ordre: l'élément scientifique. Robert Owen s'était assuré le concours d'un homme qui était à la fois un savant distingué et un riche philanthrope, William Maclure, le fondateur de l'académie des sciences naturelles de Philadelphie, surnommé le père de la géologie américaine. Partisan enthousiaste du système de Pestalozzi, William Maclure possédait une grosse fortune qui lui permettait de satisfaire

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à ses fantaisies philantliio[)i{|ucs. Coinptanl faire (le New-Harmony le centre de la réforme de l'éducation en Amérique, il avait consenti à mettre i5oooo dollars dans l'entreprise et à venir luimême s'installer en Indiana. Tout un groupe de savants et d'éducateurs l'avait suivi : c'étaient le célèbre zoologiste Thomas Say, un Français, Charles- Alexandre Lesueur, chargé de mission du Jardin des Plantes, le naturaliste Constantin- Samuel Uafînesque, le géologiste hollandais Gérard Troost, des maîtres comme le P"^ Joseph Neef, M""' Marie Frotageot et Phiquepal d'Arusmont'. A côté de cet élément scientifique, la population comprenait des âmes inquiètes aspirant à un idéal social, des âmes ardentes révoltées contre les injustices ou assoiCTées de réformes comme Francis ^\'right, femme remarqual)le, une féministe de la première heure qui combattait [)our les droits de la femme et contre Tesclavagisme. Les idées d'Owen sur la religion avaient alliré à NcAV-Harmony, à côté des esprits amis du progrès, les esprits libres de toute préoccupation religieuse, qui espéraient trouver dans la colonie nouvelle a le foyer de l'athéisme éclairé ». Ce groupe de savants et de réformateurs formait l'élite de la population bigarrée qui avait répondu à

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