‹ Robert Owen, 1771-1858Chapitre 84 sur 113 · I. Neu'-IIarmony Gazette, 19 aviil 1826, p · texte numérisé non relu

I. Neu'-IIarmony Gazette, 19 aviil 1826, p

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autres ne font rien. En mai 1826, un arlicle signé M. se plaint de ce que les laborieux ont à faire une I ciste expérience : travailler pour ceux qui sont inc^apables ou qui ne veuleni rien faire. Pour contraindre indirectement les paresseux au travail, l'administration imagine de publier officiellement ' le nombre dlieures de travail de chacun ; mais cette tentative de contrainte morale n'a aucun effet.

En avril 1826, le duc Bernard de Saxe-Weimar fait à New-Harmony une visite dont le récit est un aperçu intéressant sur la situation matérielle et morale de la colonie. La première personne que le duc rencontre à son arrivée est un homme, d'une cinquantaine d'années, simplement vêtu, (|ui lui dit le désordre dans lequel il va tout trouver à NcAV-Harmony ; quand le duc demande son nom à cet inconnu, il apprend qu'il est en présence de Robert Owen. Du récit du duc de Saxe-Weimar se dégage l'impression que rien n'est organisé à New-Harmony que le plaisir. Durant tout le séjour du duc, ce ne sont que danses et concerts. La musique, nous dit-il, est excellente et les cotillons très gais : on a même

I. New-Harmony Gazette, p. 268, 17 mal 18265 l'article sifjné M... dit que la chose la plus particulièrement désirée est de protéger les membres laborieux et honnêtes contre la sensation désagréable de travailler pour les autres.

inventé une figure qu'on appelle le nouveau sys- Irine social. Des stances de Lord Byron alternent avec les chants gracieux de voix mélodieuses. La soirée qui précède le départ du royal visiteur se termine par une promenade en bateau au clair do lune. Par contre, la vie est très frugale ; pour lout menu, parfois, le repas se compose d'un unique dindon: aussi le duc déclare-t-il que durant tout son séjour il n'a pas eu à se plaindre d un seul mal de tête. Malgré les professions de foi égalitaires, le duc de Saxe-Weimar remarque, et il insiste sur ce fait, que les communistes souffrent de l'égalité, les femmes surtout. Il rapporte les confidences que plusieurs d'entre elles lui firent à ce sujet : l'égalité n'est point de leur goût. Le plus souvent, du reste, ceux qui ont reçu une éducation plus raffinée font bande à part, se groupent entre eux sans faire attention aux autres. Dans les bals, bien rarement les travailleurs manuels se mêlent aux danses : ils restent assis près des tables, lisant les journaux. Une anecdote que le duc de Saxe-Weimar rapporte est significative : une jolie jeune fille du nom de Virginie, venue à ]New-Harmony à la suite d'une déception sentimentale, est au piano lorsqu on vient lui dire qu'il est l'heure de traire les vaches ; tout en pleurs, M"" Virginie doit interrompre son chant pour la besogne ingrate et matérielle qui lui fait

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maudire légalité et le nouveau système social V La petite colonie ne soulTiait pas seulement de ces mouvements de révolte mal réprimés, de ces impatiences individuelles, mais de la campagne systématique que menaient publi(|uement les dissidents. Ceux-ci discutaient tous les actes de l'administration et tournaient en ridicule Owen et son système. Ils assiégeaient la Gazette de questions indiscrètes ^ auxquelles Robert Owen était prié de répondre : les uns, par exemple, lui demandaient pourquoi, dans le modèle qu'il présentait des bâtiments de la cité communiste, la forme du parallélogramme était préférable à celle du triangle ; d'autres se plaignaient d'avoir dépensé 20 000 dollars pour venir constater à New- Harmony que le communisme était impraticable. Malgré toutes ces critiques, qui auraient dû lui démontrer combien on était loin de l'iiarmonie nécessaire au fonctionnement du système social, Owen conservait sa foi inébranlable ; son optimisme s'affirmait encore le k juillet 1826, jouianniversaire de l'Indépendance américaine, dans sa déclaration de l'Indépendance mentale '^ : après

î. Lockwood, op. cil., p. i^i et suiv.

2. Neiv-Harmony Gazelle, i^jiiin 1826, p. 3oi et 2 i juin 1826, p. 809.

3. Neiu-Harmony Gazelle, 12 juillet 182G, p. Sag. A partir de ce moment, la Nctr-IIarmony Gazelle est datée de la première

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avoir dénoncé la propriété, la religion et le mariage, cette trinité de maux dont l'homme était l'esclave, il s'écriait : « Nos principes s'étendront de communauté à communauté, d'état à état, de continent à continent, jusqu'à ce que le système et ses principes soient répandus par tout l'univers, faisant naître j)Our toute la race humaine le ravissement et l'ahondance, l'intelligence et le bonheur. »

Cependant chaque jour amène à NeAv-lfarmony de nouvelles scissions, de nouveaux dissentiments. Au sein de la communauté se forment de petites sociétés qui se disputent entre elles : c'est, en juillet 1826, la « New-Harmony Agricultural and Pastoral Society », c'est la c( School Society », c'est la (( Society of Mechanics ». Ces ditTérentes sociétés ne s'entendent pas du tout entre elles ; il y a antagonisme entre les ouvriers des champs et les ouvriers des fahriques. Successivement les fermiers, puis les artisans retirent leurs enfants de l'école : ceux-ci sont grossiers, turbulents, querelleurs ; Owen est obligé d'ouvrir, dans la fabrique de chaussures, une nouvelle école et de devenir instituteur. Paul Brown, l'un des plus Apres dissidents et qui a laissé de son séjour à New-Harmony un récit pittoresque, raconte que

année de l'Indépendance mentale. Oration, containin<j a Déclaration of Mental Indépendance, delivcrcd in tfie publir hall.

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ces potilcs sociétés consacrent leur temps et Jour énergie à se disputer entre elles ; les droits de deux sociétés au sujet de quelques récoltes n'ayant pas été tranchés, un vaste champ de choux est perdu par négligence'. Les résultats de ces dissensions nilcslinos, ce sont : les champs et les jardins entièrement ahandonnés, des ouvertures pratiquées dans les enclos cultivés, « ouvertures qui deviennent de plus en plus larges et laissent passer à plaisir porcs, vaches et chevaux " » ; l'esprit de vol se répand et, à l'occasion d'une controverse religieuse, la communauté de Macluria, elle aussi, se scinde en deux.

A la fin de 182G, quelques membres sont expulsés pour incapacité, cl la Gazette est obligée de reconnaître que l'esprit de communauté n'existe pas. Bien au contraire : « Il existe parmi les membres un esprit général de spéculation qui fait que chacun s'cITorce d'exploiter son prochain le plus possible. Il ne peut donc exister aucune confiance et il règne partout un esprit de défiance exagéré ". »

1. Twelve Months in New-Harmoiiy, Paul lîiowii, 1827. « Deux (lames de la maison n° 4 se sont battues à coups de poings... I^es enfants deviennent littéralement fous... »

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