‹ Robes rougesChapitre 9 sur 16 · DE LA METHODE INTUITIVE · texte numérisé non relu

DE LA METHODE INTUITIVE

l** LE FLAIR (du juge, voiigeur social...) Définition. Le flair est la qualité qui permet au juge de percevoir le crime caché en l'âme humaine comme le chien perçoit aux buissons, sur la terre, l'odor sui generis laissée par le gibier qui y passa. — Julius.

La définition est de Julius. Elle me satisfait peu. Disons qu'elle parait tout de suite stupide.

Observation. — Julius : imbécile sentencieux et rieur, fier de sa grosse santé, prétend à l'esprit et au dilettantisme, procède par maximes et définitions généralement dénuées de bon sens. La joie de ses calembours le maintient en bonne situation auprès des hommes d'autorité ravis de l'entendre exprimer les bêtises qu'ils n'osent risquer eux-mêmes. Ni méchant, ni habile. Le procureur Hervande lui mâchait la besogne et préparait sa tâche. Triste auxiliaire.

...On cause souvent, au vestiaire, après les audiences, entre magistrats.

J'émis l'opinion du jurisconsulte de Lancre, qui brûla tant de sorcières au commencement du dix-septième siècle; et, à son exemple, j'insinuai que le juge tient de Dieu son mandat sacré, qu'il se doit laisser aller à la grâce et ne pas résister aux inspirations que le Ciel lui envoie. La grâce ne saurait errer.

On sourit finement et on approuva.

— Certes !... La justice n'est pas une science positive, assura M. d'Auflers avec onction. On ne peut que réunir un certain nombre de probabilités contre le prévenu. S'il nie, c'est l'ordinaire, ces probabilités perdront immédiatement de leur valeur propre. Mais la négation de l'intéressé ne compte; et à mesure qu'il se défend, il convient que la poursuite se renforce de fortes déductions psychologiques conclues du caractère et des mœurs de l'accusé, aussi bien que des circonstances qu'il subit. Ce qui revient à dire à un homme : « Si nous ne tenons pas la preuve de votre crime, nous affirmons toutefois

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que vous étiez en état de le commettre, poussé par les circonstances, affermi au mal par votre caractère et le passé; et nous présumons que, capable de perpétrer ce mal, vous l'avez réalisé. »

— Au reste, quand l'accusé avoue, déclara le conseiller Meliora, ce ne prouve rien non plus. On a vu, on voit maint individu se déclarer auteur de forfaits reconnus ensuite imputables à d'autres. Le supplice, la torture morale de l'instruction, l'acharnement des questions retorses du juge, le découragement qu'éprouve l'honnête homme en se voyant assimilé aux bandits, le désir indomptable d'en finir, pareil à celui du dormeur qui hâte la catastrophe du cauchemar dans l'espérance de se réveiller, parfois un dévouement sublime pour une personne chère que l'on sait la criminelle, tout cela occasionne, chez certaines âmes nerveuses ou simples, des aveux de culpabilité.

— Ainsi donc, fît malicieusement un autre, que l'accusé avoue ou qu'il nie, cela n'apporte rien à la vérité. Restent les témoignages exté-

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rieurs. Or, la vengeance d'une servante renvoyée, d'une maîtresse abandonnée, d'un voisin avare lésé dans son bien, d'un envieux intéressé à la perte du prévenu, suffisent pour apporter au tribunal des dépositions entièrement mensongères, dont on tiendra cependant compte. Quelques-uns proposent, en ce cas, d'écarter de la barre tout témoin lésé par les actes antérieurs de l'accusé. La mesure équivaudrait à la suppression des témoins à charge : car ceci seul les engage à comparaître, qu'ils furent lésés ou froissés par le prévenu. J'excepte encore les commères hystériques qu'affole le désir de raconter des histoires quelconques devant un public, de jouer un rôle dans la tragédie, et qui, pour y réussir, conteront facilement ce que voudra l'accusation, par une sorte de perversité maladive et fréquente chez les matrones de la plèbe.

— Pour cent condamnés de peine grave, dit Julius, je ne parierais cinquante louis que sur cinq ou six coupables.

— Quant à moi, dis-je, j'irai moins loin que

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Julius. Seulement, je constate que je requis souvent contre des coupables probables ^ jamais contre des coupables démontrés.

Les bravés gens s'imaginent que le jury garantit quelque chose. Le bon billet qu'ont les braves gens ! Mes douze tonneliers, serruriers , comptables ou marchands de vin qui s'asseoient, gênés de leur rôle et de la solennité du lieu, dans l'enceinte des assises, ne comprennent rien à la majeure partie des débats. En outre, pour eux, l'accusé amené là est déjà convaincu. Ils n'admettent point que l'instruction se puisse tromper et leur soumettre un cas douteux. Qu'ils aient affaire à un ministère public habile, ils condamneront.

Je remarque aussi que ma manière de prendre d'avance les arguments de l'avocat et de les réfuter ôte aussitôt tout crédit à la défense. Quant aux témoins à décharge, je prouve qu'ils fréquentaient le prévenu et partageaient ses vices, ou que leurs dépositions se contredisent; ce qui arrive toujours lorsque des gens de la basse classe, fort troublés par la circonstance, vien-

lient pour la première fois parler en public, devant un président qui les houspille et les persifle. Moi-même, je les gêne de mes questions insidieuses. Je profite des fautes de français et des allégations mal dites pour parvenir à ébranler leur croyance et leur faire déclarer le contraire de leurs intentions. Rien de plus commode et de plus récréatif, avouerai-je. (On mapiolàudit du rire.)

Pour peu que dure ce verbiage, mes boutiquiers du jury cessent bientôt d'y rien entendre; et quand le défenseur se lève, il n'a plus une bribe de positif où appuyer son argumentation. Le voilà réduit aux généralités, aux thèses sociales qui blossent souverainement les pauvres esprits du commerce. Au contraire, je garde le prestige et l'influence d'un esprit précis et logique, asservi à l'évidence des faits.

En outre, l'avocat, pour gratuite que puisse être réellement sa mission, n'en reste pas moins, aux yeux du jury, le monsieur spécialement salarié afin de blanchir son homme. Il pue, malgré tout, Tavgent qu'il recevra, qu'il a reçu du pré-

venu. « Il est payé pour ça! » tandis que personne ne songe au traitement que l'État nous paye, à Fintérêt que nous avons de réussir en obtenant des succès, c'est-à-dire des condamnations. Puis, voyez l'admirable des situations respectives : L'accusateur est là, somptueusement, terriblement vêtu d'écarlate et d'hermine. Il a le pouvoir de poursuivre, d'emprisonner, de vouer à la mort. Le défenseur porte une ridicule robe noire d'étoffe pauvre; il parle d'en bas; il se doit d'être obséquieux envers le jury, envers la cour. Le président n'hésite point à le reprendre, à l'interrompre, à l'arrêter, à le gronder même, — tandis qu'il me laisse, en toute liberté, accumuler les injures et les calomnies sur le prévenu réduit au silence et entouré de gendarmes.

Des fils de petite bourgeoisie ne résistent pas à ce contraste. Le monsieur « du gouvernement » et qui porte un pompeux costume en imposera toujours davantage que ce révolutionnaire salarié qui met sa hâblerie au service de gens sans aveu. Lorsque j'aperçois l'accusé se

penchant vers l'avocat, lui murmurer à l'oreille, je marque lin point pour moi. Cette familiarité déconsidère la défense devant les hommes du jury, pour qui le pauvre diable traîné en cour d'assises n'est plus qu'une affreuse crapule dont il importe de se garer, et dont le contact souille. Je lis cela sur les douze visages saugrenus et ahuris de ces négociants, qui pensent à se tenir droits dans la stalle et à paraître impassibles. La liberté, la vie du prévenu dépendent de

J ces très mesquines considérations, qui font toute la justice...

La culpabilité ou l'innocence pèsent bien moins, dans la balance de Thémis, que ces modestes péripéties du procès.

Ces messieurs continuèrent à développer de pareilles audaces de scepticisme, La fameuse méthode intuitive fut encore invoquée. Toutes les nouveautés scientifiques : ajithropométrie,

. photogrciphie criminelle, examens phrénologiques, ne donnaient aucun résultat appréciable. Si on les suivait aveuglément, on tombait dans les plus grossières erreurs. Tel ce vieux gardien

de phare, cité par M. d'Auflers, et qui portait les signes physiques exagérés d'une nature essentiellement criminelle et meurtrière : pendant cinquante années d'existence, il avait eu une vie de saint, toujours enfermé dans son phare, n'en sortant quo pour la messe du dimanche et les devoirs religieux, soutenant de son modique gain la famille entière d'un ami mort en mer.

M. d'Auflers avait imaginé la plaisanterie de le confier à mon substitut, magistrat de la nouvelle école expérimentale, qui reconnut en lui le plus dangereux des bandits.

Nous nous moquâmes fort du jeune homme.

— Hé, hé, fît-il, le vieillard n'est pas mort... Attendons la fin...

Si attachante fut cette conversation, que nous convînmes de la prolonger en dînant ensemble chez le principal restaurateur de la ville. Le fils du portier courut prévenir les familles, et nous nous acheminâmes, en devisant, jusqu'au salon réservé pour nous à Y Hôtel de Paris.

En route, de petites bouquetières, loqueteuses et blêmes, assaillirent avec une insis-

tance équivoque les plus âgés. Le substitut ne put contenir sa verve inconvenante. M. d'Auflers se fâcha. Je donnai des pièces blanches aux pauvresses, en leur enjoignant de fuir au plus vite.

Le dîner nous réjouit beaucoup. Au dessert, M. d'Auflers gardait seul son sang-froid, et nous plaisantâmes nos collègues. Julius narrait les frasques de son fils, un gaillard de vingt ans, à la réputation entamée. Il estimait fort drôles ses aventures, en somme très vulgaires. Le conseiller Meliora et ses collègues devisaient de chasse et de pêche, organisaient des parties. On porta quelques toasts hasardés ; l'un, entre autres, àla santé d'un récent' condamné à mort, qui allait subir son supplice le surlendemain. Je jugeais inconvenantes ces démonstrations.

M. d'Auflers sembla moins gêné que moi. Le substitut faisait des plaisanteries macabres.

La digestion, qui m'accable, me laissait assez terne sur ma chaise; cependant, les paroles de Meliora saisirent mon attention, soudain.

— Il est fort dangereux, disait-il, d'assister

aux exécutions capitales. Vous savez, en effet, messieurs , que presque tous les assassins avouent avoir aimé et suivi ce genre de spectacle. Or, certains hermétistes affirment que, au moment même où le couperet abat la tète criminelle, l'esprit démoniaque de meurtre qui dominait ce corps s'échappe, éperdu, de sa forme humaine subitement détruite, et cherche aussitôt une autre forme semblable où il se puisse réfugier...

Meliora s'arrêtait ; il leva vers ses lèvres un verre de vieux chambertin. Nous nous rapprochâmes. Le tic-tac de la grosse pendule renforça son bruit habituel. J'y percevais comme une ironie d'outre-tombe et la signification de quelque avertissement surnaturel.

L'énorme bouche de Meliora s'ouvrit. Les dents plâtreuses éclairaient sa face crânienne osseuse et glabre. Il reprit :

— En ce moment-là, messieurs, l'âme des hommes assistant à la décollation du condamné se glace d'horreur; la volonté, évanouie pour quelques instants, ne. se manifeste plus. Le

corps est absent, amolli. On conçoit vaguement Tju'une chiquenaude vous ferait choir, et le frisson de la petite mort court des cheveux aux orteils, comme si vous participiez vous-même, et par la chair, au supplice...

Meliora blêmit jusqu'à la couleur de sa serviette. Il souffla bruyamment, puis :

— Alors, on aJa conscience très nette que le sacrifice qui vient de s'accomplir met en relation le monde sensibleetle monde surnaturel... que l'on sort de l'humanité. .. que l'on quitte, une seconde, le corps pour l'empire affreux des esprits... Eh bien, messieurs, il y a toujours dans la foule une âme qui, revenant à soi, vers sa propre chair... la trouve occupée par une AUTRE ; et cette autre, messieurs, c'est l'esprit diabolique qui possédait le supplicié!...

Car si le sacrifice fut consenti par lui au dernier moment, une intervention de la grâce divine le rachète de son maître infernal ; et celui-ci, dépouillé, éperdu, se précipite dans le corps le plus insensible de l'assistance, corps voué désormais au crime, à l'aberration

de rinfluence meurtrière qui le dominera...

Je sentis M. d'Auflers tressaillir. Aux derniers mots, les chaînes de l'horloge se heurtèrent avec un bruit étrange, et la. pendule enrouée lança par douze fois un croassement formidable, inouï.

Meliora nous regardait, les yeux fixes. A ce moment, Julius dit :

— Quelqu'un vient de trépasser, que nous connaissons tous. Ces avertissements des vieilles horloges ne trompent pas.

On confirma d'un mot sourd cette légende régionale. Les antiques horloges du pays gardaient ce pouvoir d'annoncer la mort par la bizarrerie macabre d'une sonnerie subite.

Le silence plana sur la table blanche. Nous réfléchissions à cette mort annoncée, et à la théorie de Meliora sur les exécutions capitales.

— Oui, conclut M. d'Auflers, lorsque je sais qu'un homme prévenu de meurtre a vu une exécution capitale, je ne doute plus de son crime. Il est, pour moi, évidemment coupable.

Les autres conseillers approuvèrent du chef.

Je me trouvai fort mal à Taise. Ces sorter, d'histoires me lacèrent les nerfs et me brûlent le crâne... L'Enfer me géhenne, dès qu'on parle de Lui.

Quand je relevaila figure, Boniface entré de son pas mou et silencieux se tenait devant l'horloge. Il prononça:

— Monsieur l'avocat général Hervande est mort, il y a cinq minutes à pci:i!"ï...

Tous les yeux se tournèrent vers moi. Je m'effondrai sur ma chaise...

Mardi.

... Je n'ai pas eu le courage d'en écrire plus long hier...

Aujourd'hui encore^ me voilà brisé, sans force, l'âme éparse.

Notons à la hâte ceci qui ne manque pas, d'importance, au point do vue « nerfs ».

Comme nous quittions le restaurant, Dene-

solle ouvrit une porte sur le même couloir où nous endossions nos paletots. Une femme de mauvaise vie le suivait. Il me regarda, puis s'adressant par-dessus l'épaule à cette compagne :

— Un avocat général est mort. Voici une place pour l'un de ces messieurs.

Je le dévisageai en grommelant. Mais l'angoisse où m'avaient mis les incidents de la soirée, jointe à cette nouvelle émotion, me secoua si fort que je pensai défaillir. Je dus m'appuyer sur Julius jusqu'en bas.

... L'enterrement de M. Hervande est pour jeudi matin.

Il ne s'agit plus que de trouver l'adversaire et le vaincre...

DEUXIÈME QUINZ/lINË DE FÉVRIER 188...

Mercredi.

Me voici dans mon pied-à-terre de Paris. Un quatrième, ce pied-à-terre ; sombre et donnant sur une cour où montent les parfums d'écuries. On ne peut réunir tous les avantages. Je tiens à l'apparence de la maison et du quartier. Pour un assez vieux jeune homme, ces rues avoisinant Tavenue des Champs-Elysées me semblent d'excellent ton. Point d'industrie ni de populace. Un calme correct et nettoyé ; des trottoirs aussi propres que les manchettes des gentlemen : des hôtels à cours grillées ; des réverbères pompeux comme des couronnes royales. Pas de

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bruit ; les fiacres les plus propres circuleut lentement ; d'adorables équipages^ bleu d'azur, couleur chaudron, ou vert de majolique, passent au trot impeccable des steppers luisants, la fleur à l'oreille. Les palefreniers et les entraîneurs ont des mines imposantes de Scipions et de Brutus au Forum.

Aux façades, des serres suspendues d'étage en étage. Le concierge est rogue. Je me glisse rapidement vers la deuxième cour, entre les coupés qu'on nettoie à grande eau. Il faut monter par Tescalier de service. Quelle vexation! Les domestiques s'effacent avec une obséquiosité railleuse. Il y a derrière les portes des chocs de vaisselles, des rires de servantes, des jurons de cochers, à droite des paliers. A gauche les pianos carillonnent les airs d'opérette, les refrains du jour ; et il flotte des effluves de poudres de riz et d'ylang-ylang. Des formes blanches d'hétaïres inquiètes, guettent. Les voix des femmes criaillent ou fredonnent. Les yeux fardés sollicitent.

Enfin, je m'étends sur le canapé, furieux.

rêvant à la forlune nécessaire pour habiter les appartements de luxe réel, insultant le sort, les hommes, mon incapacité à pourvoir aux plus extrêmes besoins de la vie.

... Confessons que le ministre m'a fait appeler. Sous sa bienveillance extérieure, j'ai compris le reproche, la menace même. Il m'a beaucoup parlé du prince de P***, pour m'avertir que l'intervention seule de cet illustre ami me vaut la bonne grâce de TExcellence, mes mérites personnels étant par Elle jugés négatifs. « Plus d'énergie donc !... N'hésitez pas à suivre toutes les pistes, à exciter votre police... Il faut, monsieur, il faut que l'assassin des cinq crimes soit arrêté. Vous n'imaginez pas l'influence de ces catastrophes sur l'esprit des électeurs. Rappelez-vous comme l'affaire Troppmaun accéléra la chute de TEmpire. Vous nous mettez dans un grand embarras. Le département, dominé par des hommes d'esprit arriéré ou fidèles aux traditions monarchiques, goûtera plus volontiers encore les avis de la réaction si l'argument tiré de notre impuissance à protéger la vie

même des personnes s'accrédite sur un pareil exemple... etc. »

Je suis perdu dans l'esprit des hommes et, par conséquent, tout mon avenir immédiat se trouve compromis... Adieu mariage et fortune! Vous repasserez plus tard.

... Je me loue fort de savoir accepter de suite, sans plus récriminer, les événements accomplis. Venu à Paris pour obéir au ministre, pour tenter de remettre mes affaires en bon cours, maintenant que ratèrent mes démarches et ma diplomatie, il ne reste plus qu'à jouir de cette rapide villégiature. Même un certain contentement me vient, à songer que, ma situation étant tout à fait compromise, je pourrai me dispenser des tracas de ma charge. Le substitut si zélé travaillera. Avec mon préfet, nous multiplierons ces bonnes soirées de musique et de littérature, à deux chaudes imaginations, éprises de scepticisme pour les actes de l'homme officiel.

... Le pâle soleil se montre et adoucit la température âpre de ces derniers jours. Le voici qui éclaire tout un angle de la cour j»rofonde.

Les fenêtres atteintes par les rayons s'ouvrent aussitôt. Des figures de jolies filles y paraissent toutes fraîches de récents maquillages. Les chevaux piaffent en bas aux mains des palefreniers qui les harnachent. L'odeur de cold-cream et de crottin mêlés s'exhale de la maison soudain réveillée de la torpeur d'hiver. Les demoiselles s'interpellent, s'interrogent sur leurs santés et leurs amants. C'est d'une naïveté japonaise.

L'âme de la fille simplifie tout. L'hypocrisie de l'éducation et de la morale disparaissent. Comme elles se dénigrent ouvertement sous l'apparence jolie de leurs propos ! Ainsi que des enfants elles renchérissent sur leurs qualités personnelles, la richesse des cadeaux reçus, les défauts de leurs ennemies. La sainte, la naturelle canaillerie de l'humanité sociale se déboutonne et se dénude.

Depuis huit jours j'étudie ces intérieurs de courtisanes huppées que révèlent de soudaines éclaircies au ciel. Voici :

Observation î. — Louise, une Carmen que l'embonpoint honore, habite avec sa mère, sorte

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de gitane dépeignée, et un petit garçon qui ressemble étrangement à un poireau. Au matin, quand la belle rentre de campagne, la mère attend, pour son marché, la monnaie nécessaire. La fille ne veut donner que tant. -Réclamations acrimonieuses de la mère. La fille réplique, se fâche. La mère hurle. Les portes et les fenêtres claquent. L'enfant pleure dans sa chevelure de poireau. Le petit groom casse les assiettes et délire de joie dans la cuisine. Les deux femmes échevelées s'insultent : « Tu aurais mieux fait de travailler pour élever tes enfants que d'en faire des catins qui nourrissent ta fainéantise. On n'a jamais vu cela : une mère qui excite ses filles à la prostitution 1 Non : je n'irai pas avec le vieillard ! non, jamais ça, jamais ! » Pleurs, reniflements, sanglots ! Maman choisit un chapeau. Le groom coiffe sa casquette cirée et prend l'énorme panier aux provisions. Les fenêtres se rouvrent. Les perruches chantent. L'enfant-poireau, une trompette au bec, imite l'avertissement sonore des pompiers courant au feu, sans relâche, des heures durant...

A midi, maman met la table. Son opiniâtreté triomphe. Un morceau de veau fume parmi des carottes et du persil. Louise, les yeux séchés, se penche à la fenêtre. Elle a endossé une robe de soie mauve et violette qui reste déboutonnée pour ne point trop étreindre sa robuste poitrine. Par la fenêtre elle appelle « Anna ! »

Observation IL — Anna. Physionomie d'institutrice prétentieuse ravinée par d'inlassables débauches. Admirable chevelure d'or qui ondoie comme un fleuve derrière cette tête. morte, aux pommettes saillantes, aux yeux caves. Ses maigreurs drapées dans un peignoir de flanelle blanche ; elle se penche à sa fenêtre, et, plus retenue que Louise, repousse mollement par gestes l'invitation à déjeunjr. « Tu amèneras Mathilde si tu veux ! « Alors elle accepte.

La table luit, là-bas. Un feu rouge pétille. Louise assise près de la fenêtre pérore. Parfois monte la voix fausse de l'enfant-poireau qui redemande de la mangeaille. Le gTooni apporte les plats. La mère le calotte. Les carafes se vident. Rires, babillages ; l'excitation du des-

sert chauffe ces dames qui allument des cigarettes. Soudain tout se gâte : « D'abord je suis chez moi ici, et quand je suis chez moi, crie Louise, j'entends que l'on me respecte. Je vous donne à manger, respectez-moi! » L'nigreur des propos s'accentue. Bataille et gifles ; la mère pleure et se bassine la joue ; le groom emmène l'enfant qui a repris sa trompetlo. Louise embrasse Anna et la console. Un visiteur survenu disperse l'assemblée.

Jeudi.

Je connais Mathilde. Quel admirable corps de géante blanche ! Sa voix, virile, gourmande et brusque les gens ; elle va, très haute dans son peignoir de satin noir à collerette de clown.

Les cheveux sont courts, coupés, frisottants, par-dessus une nuque de Florentine. Elle vit chez Anna qui l'aime. Je dînai hier avec toutes deux . Notre conversation fut délicate et réservée. Anna cause aussi bien que M. de Kelnoëc et lit

des livres de philosophie difficile, raffinée. J'ai vu sur sa table Huysmans et Barbey d'Aurevilly. Leur bonne sort de chez un curé de province ; ce qui fait la joie de Mathilde. « Houp ! bonne de curé, apporte-nous ton rôti ! »

La nuit s'écoula en promenades dans les bruyantes tavernes, dans les cirques, dans les tivolis. J'eus la faiblesse de m'attarder chez elles, au retour. Leurs complaisances tant successives que simultanées ne furent pas vulgaires.

Au matin, chez mes voisines, j'entendis, de Talcôve, un bruit formidable, coups réguliers heurtant les feuilles du plancher. Les dormeuses se réveillèrent. Je m'inquiétai. De sottes histoires remplissent les journaux. « Ce n'est rien, c'est Griche, mon homme d'afïaires. Si vous permettez, il entrera. » Je permis. Mathilde appela : « Griche I Griche ! CupidonI hé, amènetoi I )) ,

Les coups au plancher retentirent plus proches. La portière se souleva. Une sorte de Faune, à barbe grisonne, sourit, grimaça; et je vis qu'à sa jambe droite, très courte, un pied

d'enfant s'attachait immédiatement sous le genou. Cela était soutenu par une sorte de boujon de chaise, peint en noir, tourné, ciselé, taillé, fleuri d'astragales et d'acanthes et cerclé de cuivre au bout. Le choc de ce boujon sur le plancher occasionnait un bruit de marteau à chaque pas.

Alors je reconnus l'étrange du lieu, cet immense lit drapé de soies noires pour mettre en valeur la pâleur des courtisanes, les rideaux épais aux fenêtres, et des fleurs, des bottes de fleurs rouges, blanches, violettes, jetées partout sur les meubles, bas comme des prie-dieu. La veilleuse se mourait dans une lampe d'église ; et le faune faisait le pître pour nous réjouir.

Anna était l'image de la mort, un crâne de craie paré d'une perruque d'or. La géante merveilleuse chantait, criait : « Hé, bonne de curé ! Bonne de curé ! Viens allumer le feu ! Sacristie ! »

Dimanche.

Je mange, je vis avec mes voisines. Elles me plaisent et me divertissent.

Certaine perversité me porte à goûter d'infinies délices dans la compagnie des êtres déchus. Je fréquentai les bohèmes, jadis. Il me fallut un grand effort pour me séparer d'eux et ne plus boire ou causer dans leurs brasseries jusqu'au matin. Leur terrible franchise, leur mépris affecté des plus strictes convenances et des idées admises, m'enchantaient. Non que je voulusse imiter ce débraillage, mais 'parce que je pensais manifestement que là mon âme s'affermirait davantage pour soutenir les thèses utiles au succès, lorsque je saurais comme elles sont faibles et fausses. Mon scepticisme s'éduqua dans cette société de jeunes peintres ou poètes ; et j'empruntai leur forte argumentation afin de professer les idées les plus banales nécessaires à qui entend parvenir.

Autant j'aime paraître dans le monde un homme délicat, incapable de contredire, tout préparé à goûter l'esprit courant ; autant je me délecte à connaître, chez les irréguliers, les raisons de la vie contraire et le renversement des propositions conventionnelles. Des uns et des autres je me gausse en moi, qui jouis des avantages extérieurs du premier état et de la fougue intelligente du second.

Anna, épouse de professeur, d'abord adultère avec les collègues de son mari et les officiers de la ville où il enseignait, puis partie un beau jour, venue à Paris, divorcée ensuite, propriétaire de revenus assez importants et qui les dépense à vivre avec de belles filles saphiques, — cette âme ainsi corrompue par les lectures hardies, se décèle admirablement souffrante. L'hystérie la mine. Parfois, au moment do suprêmes bonheurs intimes, elle croit périr, se tord et crie sous la morsure de l'Esprit du mal, le .Remords, sans doute, de son éducation pieuse. La boule hystérique roule dans son corps, le crâne de craie se creuse dans la per-

ruque d'or; FEnfer la brûle et l'étouffé au milieu de la volupté acquise ; devant sa superbe géante éperdue, surprise de la colère de Dieu qui n'atteint pas son âme à elle, son âme de belle bête simple.

La présence de l'Enfer me terrifie et m'attache ; je tremble ; ma peau se ride sous le froid de la petite mort ; et je continue à jouir délicieusement du mauvais spectacle : le combat de l'âme pécheresse contre l'Enfer vindicatif.

Lundi.

— Quand j^étais notaire, monsieur, me disait Griche...

Il a été notaire, ce misérable vêtu de draps de catafalque et qui se repaît des miettes à la table d'Anna, qui rassure les créanciers, éconduit les galants importuns, com.mande les tourtes chez le pâtissier, porte Mathilde au lit quand elle est ivre.

Le .voilà comme le maître des cérémonies,

dans cet antre de la débauche dispersive. De temps à autre il se lève, le boujon de chaise choque lourdement le plancher, il va jusqu'à la table et presse la pomme du vaporisateur. Une odeur d'héliothrope blanc emplit le petit salon, et combat l'éternelle odeur de cold-cream et de crottin mêlés. Puis il regarde l'heure afin de recommencer ponctuellement, dans dix minutes, la même opération d'hygiène.

— Quand j'étais notaire, monsieur, j'avais pour coutume...

— Griche, Griche, eh, cupidon I va me chercher des épingles à cheveux et du jasmin chez le coiffeur.

— Oui, madame Mathilde, oui...

— Griche , vous passerez chez l'huissier, aussi, pour ce commandement !

— Oui, madame Anna, oui...

— Quand j'étais notaire, monsieur...

Jeudi.

Comme elles causaient à deux, l'autre soir, Mathilde prononça le nom de Denesolle... Je m'informai.

— C'est le père de l'enfant de Louise. Ah î elle a bien raffolé de cet homme-là!

Mathilde aime à conter des histoires. Elle me débita des horreurs sur Denesolle. Il avait, exploité la malheureuse Louise.

— Quel ménage ! Aussi méchants l'un que l'autre. Lui, commettrait bien des crimes. Il était marin. On ne l'a plus revu. Je ne lui conseille pas de retomber dans la patte de Louise ; elle lui ferait tout passer, et s'il ne s'agissait que de lever un doigt pour le savoir mort, elle lèverait les deux mains... bien sûr.

A cet instant du récit, Anna, la robe blanche mal retenue sur sa nudité, s'avance, masquée de la perruque d'or épandue. Elle vint nous lire le passage lubrique du volume qu'elle parcou-

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rait... Sur un signe, Mathilde l'accompagna vers l'alcôve.

Biontôt l'Enfer tenaillait sa proie et les clameurs effroyables de la damnée, pliée en arc sur le lit de soies noires, épouvantaient les chevaux, qui se délDattirent en hennissant dans les écuries du fond.

Vendredi.

Le DenesoUe de Louise est bien le même contre qui je requis naguère à B***

Je mène une enquête.

Hypothèse. — Les cinq crimes ont pour auteur un marin, un marin instruit, un homme qui connaît les affaires de banque. L'habileté qu'il montre à échapper aux investigations ju* diciaires indique une volonté rare, un esprit jeune, au-dessus des peurs vulgaires, et qui peut être assommeur par simple calcul. Il ne s'abandonne à aucune des faiblesses coutumières aux assassins.

Or, Denesolle est un ex-offîcier de marine,

très intelligent, reçu de bonne heure à l'école navale. Des indélicatesses le firent rayer des cadres. C'est un débauché et un brave. A Fou- Tchéou, dans la dernière campagne d'Indo- Chine, il se signala par une valeur extraordinaire et aussi par sa vigueur corporelle. Il assommait les Chinois, leur écrabouillait la face... avec la simple crosse du revolver, arme dont il n'usait pas autrement. Cet homme ne possède pas de ressources... il vit cependant à B**' comme un étudiant à l'aise...

Denesolle pourrait fournir le rôle de l'assassin réclamé par le ministre dans l'affaire des cinq crimes.

Conclusion selon la méthode intuitive. — Denesolle sera arrêté, dès mon retour, pour peu que je sois sûr d'un témoin à charge. Cette Louise pourrait fort aid-er les choses. -

Samedi.

Mes amies ignorent la, profession qui m'occupe. Je prends soin de la leur cacher. Devant elles, je reste le bon bourgeois de B***, qui vient à Paris pour ses frasques. Aussi, mes interrogations sur Denesolle ne prennent-elles une autre importance que celle dévolue à tout potin. Mon instruction marche à souhait.

Rien n'empêche que Denesolle ne soit réelle^ ment le criminel. Le hasard a de ces manies. L'étoile me conduisit peut-être dans ce logement équivoque et insalubre où se déterminera la destinée de Denesolle et la mienne.

Afin de ne pas trahir mon titre, je pars demain. Griche m'accompagne jusqu'à B***, d'où il doit rapporter, pour Anna et Mathilde, quelques bibelots asiatiques que je leur promis en cadeau.

Je trouverai moyen de le mettre en présence de l'Adversaire ! 11 le connaît. De retour à Pa-

ris, il ne manquera point de renseigner Louise. Cette fille ne rêve que la vengeance. L'enfant que lui laissa le marin l'oblige à garder sa mère pour le soigner durant les absences obligatoires. De là sa vie gâtée, l'accueil nécessaire au triste vieillard, qui, vers les neuf heures, monte péniblement les escaliers jusqu'au seuil de la courtisane. On distingue aux lumières l'ombre grêle et courbée, le chapeau énorme. Les draperies tombent devant les vitres. La mère, Tenfant et le groom se réfugient dans la cuisine, cellelà menaçant ceux-ci d'une gifle opportune au moindre bruit capable de déranger les exercices du visiteur généreux.

Louise souhaite, avec une rancune exemplaire, la mort du père dénaturé, vingt fois le jour.

Mardi.

A B***. Chose faite. Denesolle médite, à cette heure, sous les verrous. L'étonnement de Julius fut extrême à mon injonction de décerner

contre lui un mandat d'amener; puis de signer une commission rogatoire au parquet de Paris, afin d'interroger mademoiselle Louise Marsille.

Griche, conduit par moi au Grand Café, vers rheure prescrite pour l'arrestation, entra juste à l'instant du scandale. Denesolle ricanait aux agents. Les paisibles habitués, très pâles, les officiers gouailleurs, se levaient en tumulte. Les garçons sauvaient la vaisselle.

J'avais dit à Griche : « Il me reste une course à faire là, tout près. Veuillez attendre cinq minutes ici. »

Un peu écarté dans l'ombre d'un pignon, j'assistai au départ de l'Adversaire, vaincu enfin. La berline disparue vers le quartier de la prison, je vins reprendre Griche.

— On vient d'arrêter un homme, me dit-il, ému encore... Il me semble bien que c'est l'ancien amant de Louise, vous savez, ce Denesolle...

— Bah!

Je me fis narrer au long les détails de l'événement. .Jusqu'au départ du train, j'assurai l'ex-

pédition du colis pour la fragilité duquel ma prudence affecta un extrême souci. Griche ne soupçonne pas mon titre. Pendant ses quinze heures de séjour à B**\ j'eus soin de ne le pas quitter, sauf les cinq minutes de l'arrestation.

— Adieu, monsieur.

— Adieu, Griche. Couvrez-vous bien. La nuit est froide. Mille choses à ces dames.

— C'est Louise qui va être étonnée!

— Pourquoi?... Ah oui !... Adieu donc.

Le boujon de chaise martela rapidement le plancher de la salle d'attente. On sifflait au départ... On reclaquait les portières. Je vis à travers les verrières le boiteux qui gesticulait désespérément. Des hommes d'équipe l'empoignèrent. Le train de Paris roulait déjà. On rouvrit un wagon. On le hissa, lui, sa valise, le colis, et sa jambe enfin, la jambe courte dont le bâton n'entrait pas. On poussa, on pesa. La portière fut reclaquée. L'œil rouge du dernier wagon s'amoindrit sous le tunnel. Les hommes d'équipe revenaient en riant, en s'allongeant au dos des tapes gaies.

Demain Louise, avertie, préparera sa vengeance. Après-demain elle sera convoquée par la commission rogatoire... ; nous verrons ce que vaut une haine d'Ariane.

... Le substitut m'attendait chez moi. Il est, à B***, le correspondant de V Agence Hstvas^ et il lui fallait des renseignements pour compléter sa dépêche, Julius sachant tout juste rien.

— Mon Dieu, oui, fîs-je. Nous tenons le véritable assassin. Depuis longtemps j'étais sûr de cette piste. Il me fallait toutefois une dernière, une importante certitude... Vous pensez bien, dans un cas aussi grave, messieurs, quand il y va de la tête d'un homme..., après tout, on ne saurait trop se prémunir contre l'imagination.. Bref, durant mon voyage, j'ai pu acquérir la preuve irréfutable de la culpabilité...

— Pourquoi avez-vous gardé le silence?...

— Je ne voulais pas accuser à la légère. Encore une fois, messieurs, il y va de la tête de cet homme...

— Ah ! toujours des scrupules, monsieur le procureur, blâma Julius.

— En effet ; que voulez-vous, on ne se refait pas, et j'ai la conscience grincheuse.

Un rire aimable m'avertit que le mot, trouvé charmant, serait répété, colporté, commenté.

Ensuite, je m'étendis quelque peu... Une femme de Paris, Louise M***, avait reçu de Targent de DenesoUe depuis le premier crime, et par trois fois. Les dates de ces versements correspondaient à celles des assassinats... Quoi de plus clair.

Le substitut rédigea, sous ma dictée, le télégramme, qui se termine ainsi :

«Si, au cours de l'interrogatoire de Louise Marsille, il est avéré qu'elle reçut ces trois envois immédiatement après les dates du 30 novembre, du 15 et du 31 janvier, l'instruction aura en mains la preuve absolue de la culpabilité de Denesolle. »

Demain les journaux de Paris reproduiront cette note. Louise les lira. D'après mes observations psychologiques, confirmées par les récits de Mathilde et d'Anna, elle ne reculera point

devant une affirmation osée pour satisfaire sa haine.

Me voici, je crois, devenu assez ferré sur la Méthode Intuitive chère à mes collègues.

La femme dénoncera-t-elle ?

Et la sagesse des nations, alors !

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