LES PROMESSES DE PARIS
1789 marque le premier triomphe civique de Maximilien. C'est Taniiée où l'Artois le députe aux États-Généraux. Sa province est pleine du bruit encore retentissant de plaidoiries fameuses, il est de robe, actif , probe et connu comme tel. C'en est assez pour assurer son succès. C'est à cette heure que se révèle peut-être pour lui son destin. Au moment où quelque chose d'obscur et de fiévreux germe aux entrailles de la France, il pressent le rôle que l'avenir lui réserve. Quelles promesses ne se lèvent pas pour lui de ce bel et farouche avenir? Quelle chose pourrait se refuser à l'enthousiasme de son cœur ardent ? Une ère nouvelle s'ouvre. Que ne peut-elle donner à l'espoir de celui qui, dans les prétoires artésiens cueillit les nobles lauriers de l'éloquence ?
En mai 178g, il part donc.
La diligence, la voiture publique pour Paris, a son relai chez Lefebvre, marchand étainier à Arras. C'est chez lui, qu'au prix de 35 livres lo sols, Robespierre retient sa place. Fouché a dit, ou a laissé dire (i), qu'il lui prêta quelques fonds pour entreprendre ce voyage. C'est une chose assez invraisemblable, car Robespierre n'étail point à cette époque un pauvre hère, il avait un état et de la famille. En supposant qu'il ail eu un besoin de fonds si pressant, n'est-il pas plus logique de croire qu'il se serait d'abord adressé à sa famille, à ses tantes? Ce sont là des choses bien puériles, dont il faut cependant parler puisque d'elles les adversaires de Maximilien tirent d'inattendus arguments.
Sa situation était modeste, cela est incontestable, et l'examen de sa garde-robe dont le relevé nous a été conservé, est significatif sur cet objet (2). On y trouve un habit de drap noir, une veste de satin assez bonne, une veste de raz de Saint-Maur, un peu
(1) Le Duc d'Oiranle, mémoire écrit à L... (Livourne?) en janvier 1820, par M. F... ; A Paris, chez l'éditeur, rue Valois- Batave, n* 8 ; et, au Palais-Royal, chez Corréard, Delaunay, Pélicier, libraires ; imprimerie de Victor Renaudiëre, Marché- Neuf, n» 48 ; 1820, in-8, p. 22.
(2) Ce relevé a été publié dans la Vie et les crimes de Robespierre surnommé le tyran^ depuis sa naissance Jusqu'à sa mort, ouvrage dédié à ceux qui commandent et à ceux qui obéissent, par M. Le Blond de Neuvéglise, colonel d'infanterie légère ; Augsbourg, chez tous les libraires et dans les principales villes d'Allemagne, 1795, in-8. — Le véritable auteur est l'abbé Liévin Proyart. On ne saurait accorder la moindre autorité à la plupart des faits ou accusations de son libelle, mais quelques détails en sont exacts. Nous ne citerons que ceux ci -dessus, nous abstenant désormais de faire appel à un ouvrage dont chaque ligne recèle une erreur ou une calomnie sciemment rapportée ou imaginée.
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passée, trois culottes, une de velours noir, une de drap noir et une autre de serge. Il possède six chemises, six cols, six mouchoirs» trois paires de bas de soie (dont une presque neuve), une paire de souliers usagés^ une autre paire, neuve celle-là. Dans cette malle étroite, la robe d'avocat est soigneusement pliée. Si on y ajoute deux vergettes pour les habits, deux brosses pour les souliers, une botte avec de la soie, du fil, de la laine et des aiguilles (car il ne dédaigne pas de coudre lui-même à son habit les boutons défaillants] , et le sac à poudreavec la houppe, on aura la garde-robe du jeune homme. Pas de manuscrits dans cette malle, seul, un paquet de ses mémoires destinés à être distribués. Mais il part avec la volonté de faire quelque chose, de se dévouer à l'avenir qu'il se veut. Et cela il le veut de toutes ses forces, de tous ses espoirs. Quatre ans plus tard, il tiendra le sort de la Patrie entre ses mains.