LES DUPLAY, GENS DE BIEN
Le n^ 366 de la rue Saint-Honoré (aujourd'hui D® 398) appartenait, avant la Révolution, à la Communauté des Dames de la Conception, dont les jardins le touchaient. Ce numéro et cette maison ont occasionné bien des controverses. Lefeuve la place au n"" 3g6 ; Louis Lazare, entre le n® 882 et 38^, c'està-dire au n®... Il ne le dit pas.
La polémique entre M. Sardou et M. Hamel a enfin définitivement fixé ce point et établi incontestablement que la maison Duplay est toujours debout, ses chambres à peu près respectées.
Le menuisier Duplay n'était pas sans ressources, puisqu'il possédait trois maisons. L'une, située rue
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des Mathurins, était louée 6.5oo livres ; une autre^ rue de l'Arcade, S.ooo livres, et celle de la rue du Luxembourg, avec une annexe, rue d'AngouIême, 5.600 livres (1). En 1779, par un bail passé chez M** Choron et Dutard, et d'une durée de neuf ans, il avait loué le 366 de la rue Saint-Honoré (2). Il y installa son atelier de menuiserie et la prospérité de ses affaires est nettement démontrée par son aisance. Sans doute celle-ci diminua pendant la Terreur, car dans une lettre de la femme Duplay à sa fille, nous voyons que le père Duplay a été forcé de reprendre son métier, de remettre la main à la besogne, car ses maisons étaient sans locataires (3).
Ce fut un de ceux que la Révolution n'enrichit guère. Les événements de thermidor lui portent un coup fatal. Toute la famille est arrêtée : la mère se suicide ou est tuée, en prison, on ne sait ; Duplay, compris dans le procès de Fouquier-Tinville, passe devant le tribunal révolutionnaire et est acquitté, et quand les débris de la famille se retrouvent, il est à peu près ruiné. Mais c'est un homme probe, et il le prouve. Il vend ses maisons pour désintéresser ses créanciers, fait des sacrifices considérables, sur lesquels, dit plus tard le fils Duplay, on peut consulter « tous les créanciers de mon père et notamment les deux principaux : M. Le Dure, inspecteur des domaines, dont les principes politiques n'ont jamais été douteux, et qui, cependant, professe pour son ancien débiteur une estime qui tient de la vénération,
(1) StéfanePol, le Conventionnel Le Bas..,; déjà cité p. 68.
(2) Victorien Sabdou, uol. ciY., p. 5.
(3) Voir cette lettre aux appendices.
LE ROMAN d'amour d'ÉLÉONORE 119
et M. de La Coste, vieillard aujourd'hui presque nonagénaire, qui a été si sensible aux procédés de mon père qu*il lui a fait remise de vingt mille francs sur sa créance (t) ». Quand éclate la conspiration de Babeuf, Duplay, sou. fils et son neveu, sont de nouveau arrêtés, parce que Babeuf, sur la liste de son futur gouvernement, a placé le fils Duplay comme ministre des Finances. Et le fils Duplay a dix- sept ans. Cela coûte aux trois hommes treize mois de détention. Quand ils sortent de prison, c'en est fini pour eux, et le père Duplay a sa vie à recommencer. Et Beaudot, qui ne les aime guère, parce qu'il n'aime pas Robespierre, dit : « Les Duplay étaient de fort honnêtes citoyens. » Voilà la famille où Maximilieu vient d'entrer.
(1) Extrait d'une note présentée en 1815 aux membres de la Chambre des députés, en réponse à une dénonciation au Roi, contre Duplay père. — Collection Le Bas ; Stéfanb Fol, vol. ci/., p. 69.