‹ Robespierre et les femmes: d'après des documents nouveaux et des piècesChapitre 15 sur 49 · TROIS ANNÉES DE VIE POLITIQUE · texte numérisé non relu

TROIS ANNÉES DE VIE POLITIQUE

Cette fortune, il n'est peut-être pas superflu d'en indiquer en quelques lignes la marche, la sûre continuité, car la vie de Robespierre, sa gloire, offrent l'admirable image d'une ligne droite, d'une ascension égale, jamais arrêtée.

Le premier éclat en est, en octobre 1790, sa nomination de président du tribunal du district de Versailles, nomination par laquelle les patriotes de Versailles répondent à une prétendue défaveur des Artésiens pour Maximilien. Aussitôt les royalistes de chansonner la chose :

Robespierre est juge à Versailles :

Digne patron de la canaille Il jugera vaille que vaille Cette insolente valetaille.

Mais sans faute on le honnira.

Et lorsque le coq chantera.

SAINT JUM

(D*apr^s la sanguiae d'Hubfrt Robert au Mns^e Carnavalet)

LE ROMAN d'amour d'ÉLÉONORE H5

Avec Le Coi...[ntre] on le pendra, Ainsi justice se fera (i).

Lui, cependant, préfère la place d'accusateur public près le tribunal criminel du département de Paris, l'obtient, — pour donner sa démission peu après, — et c'est son ancien camarade de Louis-le- Grand, Duport-Dutertre, qui lui succède à Versailles. Sept mois plus tard, le 19 mai 1792, parait le premier numéro du Défenseur de la Constitution^ par Maximilien Robespierre, député à l'Assemblée Constituante, format in-8, à l'imprimerie Pierre-Jacques Duplain, cour du Commerce. L'abonnement est de 36 livres par an, 21 livres pour six mois et 12 livres pour 3 mois. Le premier numéro contient l'exposition des principes du rédacteur. « C'est la Constitution que je veux défendre, déclare-t-il, la Constitution telle qu'elle est. On m'a demandé pourquoi je me déclarais le défenseur d'un ouvrage dont j'ai souvent développé les défauts ; je réponds que, membre de l'Assemblée constituante, je me suis opposé de tout mon pouvoir à tous les décrets que l'opinion proscrit aujourd'hui ; mais que, depuis le moment où l'acte constitutionnel fut terminé et cimenté par l'opinion générale, je me suis toujours borné à en réclamer l'exécution fidèle. » S'il se décide ainsi, tous les jeudis, à publier sa pensée politique, c'est qu'il est convaincu que chacun se doit à la chose publique, que personne n'a le droit de se dérober à la tâche civique. On l'a dit excellemment, etc'est surtoutà Robespierre que cela s'applique : « Le journalisme, au temps de

(1) Journal de la Cour el de la Ville, octobre 1790.

la Révolution, était surtout une tribune ; on était publiciste et non pas marchand de journaux (i). »

Journaliste 1 mais Robespierre n*est point le seul à Tétre 1 Dix, vingt de ses collègues sont avec lui sur la brèche, la plume à la main. Carra rédige les Annales pairioiiques ; Condorcet, la Chronique du mois; Brissot, le Patriote français ; Gorsas, le Courrier des départements ; Barère, le Point du jour ou Recueil de ce qui s'est passé la veille à r Assemblée nationale ; Marat, VAmi du Peuple ; Desmoulins, les Révolutions de France et de Brabant ; Robert, le Mercure national'^ Tallien, VAmi des citoyens : Audouin, le Journal Universel] Dulaure, le Thermomètre du Jour; Lequinio, le Journal des laboureurs \ Rabaud Saini- Étienne, la Feuille villageoise ; Louvet, la Sentinelle; Villette, la Chronique de Paris ; Fauchet, la Bouche de Fer ; tous jettent au peuple ces feuilles qui répandent la bonne semence et font germer au sol de France la neuve liberté.

La douzième livraison du Défenseur de la Constitution, qui rapporte les événements du lo août, annonce la disparition de la feuille hebdomadaire : a Les circonstances actuelles et l'approche de la Convention nationale semblent nous avertir que le titre de Défenseur de la Constitution ne convient plus à cet ouvrage; nous avions déclaré, dès l'origine, que ce n'étaient point les défauts de la Constitution de 1791 que nous voulions défendre, mais ses principes. Notre but n'a jamais été de la défendre contre le vœu du peuple, qui pouvait et devait la perfec-

(1) Auguste Dide, Hérétiques et Révolutionnaires. Paris, 1887, iii-18, p. 312.

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tionner ; mais contre la Cour et les ennemis de la liberté, qui voulaient la détruire et la détériorer. Nous continuerons cet ouvrage sous un titre plus •analogue aux conjonctures où nous sommes. » Et c'est la fin de ce journal qui, au dire même de Desessarts, a acquis à MaximiÛen « une grande popularité (i) ».

Le 10 août qui a vu la chute de la Royauté n'a pas vu déserter Robespierre à l'heure du danger. Il a été là, au premier rang, au poste qu'il a assumé, et <]uand on écrit qu'il s'est caché, quand on dit qu'il a eu peur, on ment. En doute-t-on ? Voici qui répond à Taccusation :

COMMUNE DE PARIS l'an second de la république française

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