‹ Robespierre et les femmes: d'après des documents nouveaux et des piècesChapitre 17 sur 49 · ROBESPIERRE CHEZ LUI · texte numérisé non relu

ROBESPIERRE CHEZ LUI

Leur maison de la me Saint-Honoré est vaste et confortable. Ils en occupent tout le rez-de-chaussée sur cour. On y pénètre par une grande porte cochère, flanquée à gauche d'une boutique de restaurateur î k droite, par celle d'un bijoutier (i). Ce bijoutier, un nommé Rouilly (2), est celui qui, le 10 août 1810, deviendra propriétaire de toute la maison. A gauche, en débouchant de la voûte que forme le corridor de la porte cochère, se trouve un grand escalier communiquant avec les appartements du premier étage sur rue. Ce sont les appartements qu'occupèrent Charlotte et Augustin, en 1792, à leur arrivée d*Arras. Démolis en 1816, il est impossible de les reconstituer dans tous leurs détails. Il n'en est pas de même du reste delà maison, demeuré intact, et livrant aujourd'hui encore le secret de la vie intime de ses loca^taires de la Terreur.

(1) Détails sur notre habitation et sur notre intérieur, manuscrit de Mme Le Bas. — Stépanb Fol, vol. cil,, p. 148.

(2) V. Sardou, vol. cit., p. 27.

 Tescalier succède une remise, puis Tatelier de Duplay, précédé d'un grand hangar (i). Daos le coin de cette aile de gauche, qui fait retour sur la cour, s'élève un escalier intérieur qui donne accès, au premierétage, à gauche, aux appartements de Maximilien, du fils Duplay, de Simon à la jambe de bois; à droite, à ceux des Duplay et de leurs filles. Dans la cour, face à la porte d'entrée, s'ouvre la salle à manger. Elle prend jour par une fenêtre et une porte. Entre leur intervalle il y a une pompe. Elle disparut dans les modifications subies par la cour sous l'Empire.  droite de la salle à manger, et ouvrant sur cetle même cour par une porte, se trouve la cuisine. Entrons dans la salle à manger. Elle est grande, claire, carrée. Dans le coin de gauche il y a un poêle. Le pan du mur du fond est troué d'une porte vitrée laquelle donne accès au salon. Du salon on passe dans un petit cabinet prenant jour par une fenêtre sur les jardins du Couvent de la Conception. A droite, une porte-fenêtre s'ouvre sur une étroite bande de terrain servant de jardin aux enfants. Là, Éléonore et ses sœurs ont planté des fleurs qu'elles soignent attentivement. Au-dessus de la clôture, qui ferme ce bout de terrain à droite, se penchent doucement aux brises de germinal, les lilas en

(1) Barras, dans ses Mémoires, t. I, p. 148, donne de l'entrée de la maison Duplay une description très exacte* « Pour arriver à Thôte si éminent qui daignait habiter dans la modeste bicoque, écrit-il, il fallait traverser une longue allée garnie de planches, destinées à la menuiserie. Cette allée était terminée par une petite cour de sept à huit pieds en longueur, tapissée de même de planches. Un petit escalier de bois menait à une chambre au premier. » Voyez, au surplus, aux appendices, le récit d'une visite à Robespierre par Barras et Fréron.

Grand Jardin du Couvon*

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l'Ioa du rez-de-chaussée de lu miii=joa Duplay.

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fleurs du jardin conventuel déserté. Retournons dans la grande cour. A droite, elle a un petit parterre, face au grand hangar de Duplay. Les plates-bandes s'arrêtent à la cloison d*un petit hangar où on serre de vieux outils et du bois. Enfin, dans le coin, de droite toujours, se trouvent les cabinets d'aisances.

Voilà le rez-de-chaussée de la maison du menuisier. Par le petit escalier de bois touchant Tatelier de Duplay, montons au premier étage. A gauche s'ouvre un petit cabinet auquel succède la chambre de Robespierre. Par une fenêtre basse elle reçoit, audessus du grand hangar de la cour, la lumière. La chambre du fils Duplay (c'est plutôt un cabinet, dit Mme Le Bas) succède, avec celle de Simon, à la chambre de Maximilien. De l'autre côté du palier, à droite, est la chambre des Duplay, éclairée par deux fenêtres sur la cour. Il faut traverser cette chambre pour entrer dans celle d'Éléonore et d'Elisabeth (Victoire couche dans la pièce au-dessus de la cuisine). Cette chambre des jeunes filles est assez vaste. Au fond il y a une alcôve qui subsiste aujourd'hui encore. A côté de cette alcôve un petit cabinet, éclairé par un jour de souffrance donnant sur le jardinet des enfants. A droite deux fenêtres.

Tel est l'étage de la maison. Le devant, nous l'avons dit, est réservé à Robespierre jeune et à sa sœur.

Les Robespierre payaient par an à Duplay, mille livres de loyer. L'appartement de Maximilien était meublé ; celui d'Augustin et de Charlotte ne l'était pas.

La chambre de Robespierre était basse de plafond et garnie fort simplement. Une peinture du temps, qui semble, par tous ses détails, singulièrement

Grand Jardin du Couvent

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Plan du premier étage de la maison Duplay.

(Exlraildt la brochure de M' V, Sfjrdoa.)

•exacte, nous montre son lit étroit, avec les montants terminés par des sphères de bois peint. Il avait des rideaux de damas bleu à fleurs blanches. Lamartine dil que c'était de « la serge rayée de bleu et de blanc ». La veuve Le Bas, plus explicite,a rectifié le détail, en ajoutant que ces rideaux provenaient d'une robe de Mme Duplay (i).

 côté de la fenêtre était placé « un très modeste bureau. » La chambre était garnie, en outre, d'un cahier de sapin dû aux soins du père Duplay, et contenant les livres de Robespierre. Il y avait, là, aussi trois chaises de paille pour les rares visiteurs admis dans la chambre, car Robespierre ne recevait généralement que dans le cabinet faisant suite au salon du rez-de-chaussée. Telle était cette pauvre et triste petite chambre que Fleury disait être un « appartement plus somptueux qu'on ne l'imagine, contrastant avec le reste de la maison (2) ». Qu'en savait-il? 11 n'y 4ivait jamais mis les pieds. Là, sur cette table de bois blanc, dans ce décor nu et austère, dans le silence des nuits ou au bruit matinal des varlopes et des rabots des compagnons menuisiers, furent rédigés tous ces discours brûlants et électriques dont les foudres éclatèrent à la tribune de la Convention nationale. Aujourd'hui, le passant qui, dans ce lieu désert, transformé en magasin de farine, vient évoquer le fantôme de l'homme de thermidor, peut l'imaginer là, penché sur sa table, dans l'ombre nocturne, sous la triste lueur de sa lampe déclinante (3).

(1) Détails sur noire habitation,..^ etc. — Stéfane Pol, vol. ciL, p. 149.

(2) Fleury, vol. cit., p. 183.

(3) « La nuit pour ses discours », dil Mighelet, ouvr. cit.<,

LE ROMAN d'amour d'ÉLÉOXORE 169

II écrit laborieusement, rature, recommence, surcharge ses pages, empoigné par la torture du style. Les pages qui sortent de ces laborieuses nuits-là sont définitives, écrites pour l'immortalité, testaments prophétiques légués par son génie à une postérité toujours étonnée d'un si grand destin. C'est là, au milieu des témoins de sa probe indigence, qu'il reçoit Saint- Just au retour de ses missions aux armées. Saint- Just I Tatroce jeune homme, de Michelet ; le Barbaroux des Terroristes, TAntinoûs des Jacobins, Fange exterminateur de Lamartine ; Saint-Just, enfin, dont Nodier, saluant le « cœur de jeune homme », disait: « Il s^occupait des enfants, il aimait les femmes, il respectaitlescheveuxbIancs,ilhonoraitlapiété,il croyait au respect des ancêtres et au culte des sentiments. » Entre ces deux hommes, dans cette chambre si terriblement silencieuse aujourd'hui, les destins de la République furent décidés. Ici, à la veille du suprême combat, ils échangèrent des encouragements, et peut-être des consolations. Ici enfin, entre ces quatre murs nus, dans le silence de la nuit, se déroula la tragique veillée de thermidor... Et cette chambre sert de magasin à un boulanger.

t. VI, la Terreur, p. 271. Et Labiartine : « Presque toujours un volume de Jean-Jacques Rousseau ou de Racine était ouvert sur sa table. » Histoire des Girondins, t. IV, p. 130. — « Dans les nuits qui précédaient son apparition à la tribune, il écrivait ce qu'il devait dire, lentement, correctement, sur sa petite table de sapin, avec un Racine ouvert sous les yeux. ■ Victor Hugo, Avani Vexil (1841-1848). Ce que M. Lenôtre, qui a de la mémoire, traduit par : « Un volume de J.-J. Rousseau ou de Racine restait ouvert sur la table. » Paris Révolutionnaire , III, p. 17.

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