‹ Robespierre et les femmes: d'après des documents nouveaux et des piècesChapitre 24 sur 49 · DE CATILINA ROBESPIERRE , TIRÉ, D*APRÉS,NATURE · texte numérisé non relu

DE CATILINA ROBESPIERRE , TIRÉ, D*APRÉS,NATURE

O toi , qui a Unt Tait de Tictimet , Eaiiemi ie Ngalitë « Taaa rtçu le pris de tea crines , £t aoua aorooa la liberté.

JriCBEarxEiinz a réca 33 ans| ta taîUe ^toît d« 5 pieda s oq 3 pouces ; son corpt jeté d*d-pfomb ^ sa iéamrchB terme ^ ^iite ^ et aséme tio peu brusque 4 il criapoic aon^^eiit aea mminê , eomioe par one espèce it eootraedoii de nétlt \ lé mime inoo^einent se fai- «il aeaiirdaiia aea dpenlee et dana son eol qu^Sl agi* tait ooBvularmnaiit â Jroile et à gaucbe ; êeê babtia éUskM ^unè pra^etd iHt/aXê ^ 6t sa cfaevelur»

Un ]>amphlet thermidorien.

force lorsqu'on a vu de près la profondeur des manœuvres et rhorreur de la corruption qu'emploie le despotisme pour asservir et dégrader l'espèce, pour conserver ou augmenter la stupidité des peuples, égarer l'opinion, séduire les faibles, effrayer le vulgaire et perdre les bons citoyens. L'histoire ne peint qu'à grands traits l'action et les suites de la tyrannie, et cet affreux tableau est plus que suffisant pour faire hatr violemment tout pouvoir arbitraire; mais je n'imagine rien d'aussi hideux, d'aussi révoltant que ses efforts, ses ruses et son atrocité déployés en cent façons, pour se maintenir dans notre révolution. Quiconque est né avec une âme et l'a conservé saine, ne peut avoir vu Paris dans ces derniers temps, sans gémir sur l'aveuglement des nations corrompues, et l'abîme de maux dont il est si difficile de les sortir.

J'ai fait dans cette ville un cours d'observations dont le triste résultat ressemble à celui qu'on tire presque toujours de l'étude des hommes; c'est que leur plus grand nombre est infiniment misérable, et qu'il est rendu tel par nos institutions sociales; c'est que l'on doit travailler au bien de l'espèce, à la manière de la Divinité, pour le charme de l'opérer, le plaisir d'être soi, de remplir sa destination ,et de jouir de sa propre estime, mais sans attendre ni reconnaissance ni justice de la part des individus ; c'est enfin que le peu d'âmes élevées qui seraient capables de grandes choses, dispersées sur la surface de la terre et commandées par les circonstances, ne peuvent presque jamais se réunir pour agir de concert.

J'ai trouvé sur la route, comme à Paris, le peuple trompé par son ignorance, ou par les soins de ses ennemis ; ne connaissant guère ou jugeant mal l'état des choses : partout la masse est bonne ; elle a une volonté juste, parce que son intérêt est celui de tous ; mais elle est séduite ou aveugle. Nulle part je n'ai rencontré

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de gens avec qui je pusse causer ouvertement et d'une manière utile de notre situation politique : je m'en suis tenue à laisser, dans tous les lieux où j'ai passé, des exemplaires de votre adresse; ils auront été trouvés après mon départ et auront fourni un excellent texte aux méditations de quelques personnes.

La petite ville où j'ai ma demeure, et dans laquelle je me suis arrêtée durant quelques jours, Villefranche, n'a que des patriotes à la toise, qui aiment la révolution parce qu'elle a détruit ce qui était au-dessus d'eux, mais qui ne connaissent rien à la théorie d'un gouvernement libre, et qui ne se doutent pas de ce sentiment sublime et délicieux qui ne nous lait voir que des frères dans nos semblables, et qui confond la bienveillance universelle avec cet ardent amour de cette liberté, seule capable d'assurer le bonheur du genre humain. Aussi, tous ces hommes-là se hérissent-ils au nom de république, et un roi paraît une chose fort essentielle à leur existence.

J'ai embrassé mes enfants avec transport, j'ai juré, en versant de douces larmes, d'oublier la politique pour ne plus étudier et sentir que la nature, et je me suis hâtée d'arriver à la campagne.

Une sécheïesse extraordinaire avait ajouté tout ce qu'il est possible d'imaginer à l'aridité d'un sol ingrat et pierreux, à l'aspect assez triste d'un domaine agreste, que l'œil du maître peut seul vivifier et qui avait été abandonné depuis six mois ; le moment de la récolte exigeait ma présence et augmentait mes sollicitudes ; mais les travaux rustiques portent avec eux la paix et la gaieté, et je les aurais goûtées sans mélange, si je n'avais découvert que les calomnies inventées à Lyon pour éloigner mon mari de la législature, avaient pénétré jusque dans ma retraite, et que des hommes qui n'ont jamais eu lieu que de sentir notre dévouement au bien général et au leur particulier, attribuaient

notre absence à Tarrestation supposée de M. Rolland, comme contre-révolationnaire ; enfin, j'ai entendu chanter derrière moi les Arislocraies à la lanterne I

Je ne doute pas des suites de ces absurdes préventions qui n*ont pu gagner la majorité; d'ailleurs notre seule présence et la reprise de cette vie simple et bienfaisante à laquelle nous sommes habitués, fera bientôt disparaître jusqu'à leurs moindres traces; mais comme il est aisé d'égarer le peuple et de le tourner contre ses propres défenseurs I

Quant à Lyon, cette ville est dévouée à Taristocratie ; ses élections sont détestables ; les députés ne sont que des ennemis de la liberté, des agioteurs, des gens nuls ou mal famés ; il n'y a pas un talent, même médiocre ; son département est composé à peu près comme sa députation à la législature ; quelques patriotes ont été poussés au district où ils ne sauraient faire grand bien, ni empêcher beaucoup de mal.

S'il faut juger du gouvernement représentatif par le peu* d'expérience que nous en avons déjà, nous ne devons pas nous estimer fort heureux. La masse du peuple ne se trompe pas longtemps grossièrement; mais on achète les électeurs, puis les administrateurs et enfin les représentants qui vendent le peuple. Puissions-nous, en appréciant les vices que les préjugés et es ambitieux ont fait introduire dans notre constitution, sentir toujours davantage que tout ce qui s'écarte de la plus parfaite égalité, de la plus grande liberté, tend nécessairement à dégrader l'espèce, la corrompt et réloigae du bonheur.

Vous avez beaucoup fait. Monsieur, pour démontrer et répandre ces principes; il est beau, il est consolant de pouvoir se rendre ce témoignage à un Age où tant d'autres ne savent point encore quelle carrière leur est réservée; il vous en reste une grande à parcourir pour que toutes les parties répondent au commencement, et

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VOUS êtes sur un théft ire où votre courage ne manquera pas d*exercice.

Du fond de ma retraite, j'apprendrai avec joie la suite de vos succès; j'appelle aussi vos soins pour le triomphe de la justice, car la publication des vérités qui intéressent la félicité publique est toujours un succès pour la bonne cause.

Si je n'avais considéré que ce que je pouvais vous mander, je me serais abstenue de vous écrire; mais sans avoir rien à vous apprendre, j'ai eu foi à Tintérét avec lequel vous recevriez des nouvelles de deux êtres dont Tftme est faite pour vous sentir, et qui aiment à vous exprimer une estime qu'ils accordent à peu de personnes, un attachement qu'ils n'ont voué qu'à ceux qui placent au-dessus de tout la gloire d'être juste et le bonheur d'être sensible. M. Rolland vient de me rejoindre, fatigué, attristé de l'inconséquence et de la légèreté des Parisiens; nous allons ensemble suivre nos travaux champêtres entremêlés de quelques occupations de cabinet, et chercher dans la pratique des vertus privées un adoucissement aux malheurs publics, s'il nous est réservé d'être témoins de ceux que peuvent faire une cour perfide et des scélérats ambitieux.

Accueillez, comme nous vous les offrons, nos sentiments et nos vœux (1).

(1) Cette lettre, faisant partie des papiers de Charlotte Robespierre, a été publiée dans ses Mémoiru^ pp. 416 et suiv.

Sont-ce là de ces lettres qu'on adresse à un ami ou un indifférent ? Celle-ci rérèle véritablement l'ascendant de Robespierre sur l'âme de celle qui sera la Reine de la Gironde. Mais alors elle se libérera de cette influence. Pourquoi ? Parce qu'elle aura conscience d'être à la tête d'un parti. Elle imaginera pouvoir, avec ses amis, balancer la puissance jacobine au bénéfice de la puissance girondine. Son ftme fébrile et tourmentée s'arrachera alors du joug de Maximilien et, rageusement, elle tracera de lui ce portrait misérable que nous transmettent ses Mémoires. Elle le niera devant la postérité, mais nierat-elle les éloges de 1791 et 1792 ? Et la lettre que voici est-elle moins significative que la première ?

Paris, 26 août 1792, au soir.

J'ai désiré vous voir, monsieur, parce que vous croyant un ardent amour pour là liberté, un entier dévouement au bien public, je trouvais à vous entretenir le plaisir et l'utilité que goûtent les bons citoyens en exprimant leurs sentiments, en éclairant leurs opinions. Plus vous me paraissiez différer sur une question intéressante avec des hommes dont j'estime les lumières et l'intégrité, plus il me semble important de rapprocher ceux qui n'ayant qu'un même but devaient se concilier dans la manière de Tatteindre. Quand Tâme est pure, quand les intentions sont droites et que la passion dominante est celle de Tintérêt général dépouillée de toute vue personnelle, de toute ambition cachée, on doit finir par s'entendre sur les moyens de servir la chose publique.

Je vous ai vu, avec peine, persuadé que quiconque, avec des connaissances, pensait autrement que vous sur la guerre, n'était pas un bon citoyen.

Je n'ai point commis la même injustice à votre égard ; je connais d'excellents citoyens qui ont une opinion contraire à la vôtre, et je ne vous ai point trouvé moins estimable pour voir autrement qu'eux. J'ai gémi de vos préventions, j'ai souhaité, pour éviter d'en avoir aucune en moi-même, de connaître à fond vos raisons, vous m'aviez promis de me les communiquer, vous deviez venir chez moi..., vous m'avez évitée, vous ne m'avez rien fait connaître, et, dans cet intervalle, vous soulevez l'opinion publique contre ceux qui ne voient pas comme vous. Je suis trop franche pour ne pas vous avouer que cette marche ne m'a pas paru l'être.

J'ignore qui vous regardez, comme uos ennemis morleh, je ne les connais pas, certainement je ne les reçois point chez moi en confiance, car je ne vois à ce titre que des citoyens dont l'intégrité m'est démontrée et qui n'ont d'ennemis que ceux du salut de la France.

Rappelez-vous, monsieur, ce que je vous exprimais la dernière fois que j'ai eu Thonneur de vous voir : soU' tenir la consîilulion, la faire exécuter avec popularité^ voilà ce qui me semblait devoir être actuellement la boussole du citoyen, dans quelque place qu'il se trouve. C'est la doctrine des hommes respectables que je connais, c'est le but de toutes leurs actions, et je regarde vainement autour de moi pour appliquer la dénomination d'intrigant dont vous vous servez.

Le temps fera tout connaître ; sa justice est lente, mais sûre : elle fait l'espoir et la consolation des gens de bien. J'attendrai d'elle la confirmation ou la justification de mon estime pour ceux qui en sont l'objet. C'est à vous, monsieur, de considérer que cette justice du temps doit à jamais éterniser votre gloire ou l'anéantir pour toujours.

Pardonnez-moi cette austérité d'expression; elle tient à celle des principes que je professe, des senti-

ments qui m*animent, et je ne sais jamais paraître que ce que je suis.

Roland, née Phlipon (1).

C'est là le premier déchirement. Un an plus tard la pauvre Manon, en prison, commencera sa catilinaire contre celui qu'elle accuse de tous les malheurs de la République. Elle dira alors que « la nature Ta fait si peureux », que sa « voix est triviale », qu'il est «jaloux (2)», et, girondine jusqu'à la mort, parce que c'est là son rôle et sa gloire, elle attestera sa haine anti-jacobine, pour avoir été, peut-être, la première de toutes les femmes de France à saluer, en Maximilien, le grand Jacobin.

On voit donc jusqu'où s'étend Tinfluence de Robespierre sur les femmes. Elle réserve d'étranges surprises, au surplus, parmi lesquelles celle de Charlotte Corday, hésitant à le prendre pour avocat, n'est pas la moindre(3). Qu'elles le veuillent ou non, toutes sont ses dévotes, et le demeurent, quoiqu'elles disent, quoiqu'elles fassent.

Robespierre, naturellement, en est assailli. Quiconque détient une parcelle du pouvoir est de même

(1) Cette lettre, longtemps inédite, fut trouvée parmi les papiers de Robespierre, supprimée par Courtois, et publiée par Berville et Barrière, ouvr, cii.^ t. I, p. 306.

(3) Mémoires de Madame Roland, édition de 1866, in-3S, t.I, pp. 80,81, 82; t. Il, p. 36.

(8) Dans sa lettre à Barbaroux « aux prisons de l'Abbajre, dans la ci-devant chambre de Brissot, le second jour de la préparation de la paix i», parlant de son avocat, Charlotte Corday écrit : « J*ai peusé demander Robespierre ou Chabot... » Et ce n^est pas de Tironie.

A.BJ. ROBERT IMERRR LE JEUNB

MP AAKPAS DEP' DUPAS DECALAIS OCFUTli: A LA CONs'EN IlON NAr!(jriALK fc! N qç? OECAI'ITF: Lh 10. AVtLf- bON rPERE

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LE SARDA.NAPALE DE LA TERREUR

en bulle aux sollicitations de celles qui, avant leur bon droit, font parler leur élégance et leur beauté : a Ce que la Révolution française n'a pas détruit, c'est Tinfluence des femmes, écrit Tune d'elles. Les comités républicains ne faisaient point contre elles une meilleure défense que les boudoirs de l'ancienne cour. Ils étaient remplis d'habiles négociatrices qui y déployaient les pouvoirs que leur donnaient de tendres regards^ de doux sourires, la folle gaieté, les saillies pleines de grftce.

Ce sont des armes que les Françaises savent mieux manier que les femmes de quelque

pays que ce soit. Les commissaires, agents, ministres, n'y savaient nullement résister ; et je crois qu'à tout prendre, le sexe féminin, auquel l'acte constitutionnel ne confère aucun droit, exerce encore une autorité à peu près despotique sur le peuple souverain (i). »

(1) Maria-HAléna Williams, Nouveau voyage en Suiêêe ; traduction de 1798. Cité par G. A. Dauban, Parié en 1794 et

Mme Roland.

Cela en Tan II. En Tan VIII, ces mœurs n'avaient guère changé puisque nous voyons Fouché, minisire de la police, ordonner à ses inspecteurs de ne tolérer sous aucun prétexte les femmes dans les locaux de Tadministralion (i). Sous ce rapport, on peut encore se croire, de nos jours, en Tan II ou en Tan VIII. Ce n'étaient point que les administrations qui étaient assiégées ainsi. On connattles démarchesde Joséphine de Beauharnais auprès du conventionnel Vadier, et n'est-ce pas Vilate qui nous apprend que, tous les matins, Tantichambre de Barère était remplie de jolies femmes, porteuses de pétitions, auxquelles TAnacréon de la< guillotine, prodiguait les galanteries (2) ? Dès lors il est permis de croire à la présence de pareilles visiteuses à la maison Duplay. On présume le parti qu'en tirent quelquefois les détracteurs, de rincorruptible. Ces femmes viennent lui demander des vies humaines, et comme il est le Tigre, le Buveur de sang, il refuse toujours. C'est le conte de Fleury. Sa sœur, Mme de Sainville, est allée demander à Maximilien la liberté du comédien arrêté pour laffaire de Paméla, Inutile de dire comment Robespierre la reçoit (3). Aventure à peu près iden-

tn 1795, histoire de la rue, du club el de la famine, compoêée d'après des documents inédits, particulièrement les rapports de police et les registres du Comité de Salut public. Paria, 1869, iii-8. p. 692.

(1) Lettre autographe signée, au citoyen Des mare ts ; Paris, 29 ventôse an VIII ; 1 p. in-18. — Catalogue d'une curieuse collection de lettres autographes des célébrités des dix-huitième et dix-neuvième siècles, écrivains, artistes, hommes d'État, provenant du cabinet d'un amateur parisien. Paris, mai 1S88, in-8, n" 91.

(2) Vilate, Causes secrètes de le Révolution du 9 au 10 thermidor,., ; déjà cit., p. 19.

(S) Fleury, vol. cit., p. 180.

tique dans les Mémoires de la duchesse d'Abraniès. Là nous voyons Mme de la Marlière solliciter la grâce de son mari, le général. «Lorsqu'elle fut partie, Robespierre dit : « Sais-tu qu'elle est jolie, cette femme-là ?... mais très jolie I » Et il accompagna cette remarque de réflexionsqui glacent et font frémir tout à la fois (i). » Vous entendez bien : quand Mme de la Marlière fut partie ! Mme d'Ahrantès écoutait donc aux portes ? Mais ces solliciteuses, Màximilien ne les recevait point toujours. « Mme de Rache est de retour à Paris, écrit à propos de Tune d'elles le conventionnel Le Bas à son père. Elle a été plusieurs fois en vain chez Robespierre pour l'intéresser à faire crouler la substitution qui la gêne ; elle n'a pas trouvé moyen de lui parler (2)... » On peut croire que Mme de Rache ne fut point la seule à être dans ce cas.

Ce dédain devient lui-même un argument contre Robespierre. S'il ne veut point abuser de ces solliciteuses chez lui, c'est par pure hypocrisie, pour conserver intacte cette probe réputation d'austérité qui est la sienne. C'est pourquoi on le fait courir le tendron par la ville. Notre anonyme allemand l'insinue avec habileté. « Il rentre extraordinairement tard, écrit-il ; il travaille souvent jusqu'après minuit au Comité de salut public; mais s'il n'est pas au Comité, il n'en rentre pas moins jamais avant minuit. Où est-il pendant ce temps ? Nul ne le sait (3). » Le

(1) Mémoirti de Madame la duchesse dAhrantès. Paris, 1835, seconde édition; in-8, t. VI, p. 70.

(2) Lettre du 16 octobre 1792. — Stéfane Pol, le Conventionnel Le Bas,.. ; déjà cit., p. 86.

(8) Georges Avknei., arl. cit., p. 212.

bon Allemand fait erreur, Monijoye sait, lui, oh est Robespierre : dans une maison de prostitution, tout simplement, lui qui, à une invitation à souper de Camille Desmoulins, a répondu : « Je reste chez moi. La tisane de Champagne est le poison de la liberté. » Mais enfin, Monijoye Tassure. « Il donnoit des festins dispendieux, tantôt à Saint-Cloud, tantôt àConflans, tantôt à Issy... il terminoit ses journées par des orgies où Ton servoit à profusion les mets les plus recherchés, les vins les plus exquis... » Et chacune de ces orgies se terminait « par une débauche nocturne (i) ». Le moyen, s'il vous platt, de ne pas croire un homme aussi affirmatif ? Aussi ne s*en fait-on pas faute, et c'est en droite ligne que nous verrons, un peu plus loin, venir des contes de Fleury, réédités avec agrément par Tintrépide M. Lenôtre, et enjolivés par M. Victorien Sardou, ce drame où on voit un Robespierre muni... d'un fils naturel. C'est comme j'ai l'honneur de l'écrire. Cela franchit même les frontières, et c'est pourquoi nous voyons des historiens polonais accuser l'Incorruptible de la mort de la princesse Rosalie Lubomirska, coupable d'avoir résisté aux avances du Tigre (2). Mais pour plaindre son pitoyable sort, est-il besoin d'en accuser aussi puérilement Robespierre ?

Mais la plus plaisante de ces histoires, est celle, mise en circulation, par la seconde femme de Talma, Charlotte Vanhove, de la Comédie-Française. On doit laisser au morceau toute la saveur de sa naïve et outrecuidante ingénuité :

(1) MONTJOTE, vol, cil,, p. 2S0.

(2) Kraushar, Oflcfra Terroryzmu, Cracovie, 1877, in-8, paȐim.

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"TDtJ TRAITRE ROBESPIERRE-

E t/^ SE <? COMPtiCES '"

Tenue ^ar la Furie ; avec Ujirb crimes et forfaits que l'on découvre fous les jours. ■

. , Suivie de la vite privé da scéléfat HENRIOT.

Il » ■ vécu trente-cinq »us ; sa caille était âe Cioq pieds trois ou quatre pouces ; son corps jette d'à-iflomb ; sa démarche ferme, vive, et même un peu brusque ; il crispoit souvent ses •nains , cotame par une espèce de contraction dç .' nerfs ; le même mouvement se faisoit sentir daoi »e8 épaule» et dans son col qu'il agitoii convul- «vtment à droite et a gauche ; ses habits étoieni «l'une propreté élégante, et sa chevelure toujours ! •wgnée ; sa pbj'sionontie on peu renfrognée n'avoic, ïkft de reffl«5*4ble ; «qb teiai était Uvide é»

Un pamphlet thermidorien.

Robespierre venait presque tous les jours au théâtre; la jeune actrice (i) ne fut pas longtemps à s'apercevoir qu'elle était l'objet de cette assiduité. Elle frémit; et, craignant les manifestations d'un amour si fatal, elle chercha les moyens de retarder au moins une déclaration qu'elle craignait de ne pouvoir longtemps éviter. Elle se dit malade et s'abstint de la scène.

Mais quelle fut sa terreur lorsque Talma vint lui raconter ce qui s'était passé relativement à lui I II avait un tailleur en grande renommée : c'était le seul qui exécutât parfaitement, d'après la direction du tragédien, de petites redingotes courtes à la polonaise, ornées de brandebourgs... Robespierre fit mander le tailleur en questton, et lui dit, en peu de paroles, de lui faire un habit. Celui-ci, croyant ajouter à sa réputation de tailleur à la mode, tout en prenant mesure à Robespierre, lui dit : « Si le citoyen voulait une petite redingote à la Talma !» — A ce nom, une crispation de nerfs saisit Robespierre et se manifesta de telle sorte que le tailleur tremblant crut voir un Tigre prêt à le saisir : « Talma! Talma /» répétait Robespierre. — « Je ne dis pas cela, citoyen ! » criait en reculant le pauvre tailleur ; et, sans finir de prendre mesure, il saisit la porte et courut à toutes jambes jusqu'à la rue de la Victoire (2),

(1) L'actrice se met ici elle-même en scène, car son récit commence en ces termes : « Une jeune actrice, qui venait d'être reçue au Théâtre de la République, avait inspiré au grand tragédien (Talma) une véritable passion ; et la jeune personne n'y était point insensible... » De fait, elle attendit sept ans encore avant de Tépouser. Le mariage est du 16 juin 1802.

(2) La rue ne portait point encore ce nom. C'était la rue Chantereine, transformée, par arrêt du 8 ventôse an VI (26 février 1798] de rAdministration centrale du département de la Seine, en rue do la Victoire. (Cf. Gustave Bord, VHôtel de la rue Chantereine et ses habitants (1777-1867) ; le Carnet, mars, 1903, p. 361.) Talma, on le sait, y habitait le petit hôtel loué par Joséphine peu avant son mariage avec Bonaparte.

pour informer Talma de la scène qui venait d'avoir lieu(i). .

Il faut, à la vérité, reconnaître que nul n'a pris ce conte au sérieux. Les sentiments de Robespierre sur le Théâtre de la Nation (2), ce « repaire dégoûtant de Taristocratie », ainsi qu'il dit lui-môme, on les connaît, et les thermidoriens les rappellent aux jours de leur vengeance. « Qui croirait, s'exclame Courtois, qu'un des projets de Robespierre fut d'abolir les spectacles (3) ? » Qu'eût-il dit, connaissant l'anecdote de Charlotte Vanhove ? Les arguments qu'il en eût tirés eussent été écrasants. Il n'en a rien fait, et pour cause. Le tailleur s'est tu ; Talma s'est tu ; seul, l'objet « d'un amour si fatal », s'est vanté, un peu tard, il est vrai, de la chose. Mais c'est une femme et le souci de la vraisemblance lui demeure étranger. Pour juger de son anecdote, elle suffit. De môme des autres. Si elles pèchent, c'est par la base. La base seule appartenant à l'histoire, il n'y a qu'à laisser le reste au roman. Lésâmes sensibles y trouveront toujours des satisfactions.

Telles cependant, ces notes, aussi peu précises

(1) Éludes sur Varl Ihéâlral, suiuies <f anecdotes inédites sur Talma et la correspondance de Ducis avec cet artiste, depuis 1792 jusqu'en 1816, par Mme Vve Talma, née Vanhove, maintenant comtesse de Chalot. Paris, 1836, in-8. — Ce passage a été réédité par M. d'Alméras dans la réimpression de Touvrage de Uegnault-Waiun, Mémoires sur Talma, avec notes et nombreux documents. Paris, 1904, in-lS. '

(2) « C'est au mois de juillet 1789, après la prise de la Bastille, que la Comédie-Française avait adopté ce titre de Théâtre de la Nation. » Arthur Pou(;in, la Comédie- Fran" çaise et la Révolution. Paris, s. d. in-18, p. 66.

(3) E.-B. Courtois, Rapport.. .^ p. 27,

puissenl-elles être, apportent une indication sur les dévotes de Robespierre. Sans doute, ces solliciteuses ne sont-elles que des dévotes par nécessité ou besoin, mais il en est d'autres plus désintéressées, dont nous avons à tirer de Tombre les profits perdus. Elles nous le montrent assiégé comme un ministre d'ancien régime, mais aussi dédaigneux des offres qu'elles lui peuvent faire. C'est là précisément ce que lui reprochent ses ennemis au lendemain de sa chute. Il est vrai qu'ils yajoulent le grief de la grossièreté et de la cruauté dans le refus. Sur ce point ce que nous avons déjà dit de l'homme, de son souci de la politesse, répond. N'est-ce pas une vertu, dans ces temps sans mœurs, d'avoir résisté, au nom d'un idéal de probité civique et de propreté morale, à toutes ces solliciteuses si près de céder en s'offrant? Et pour n'avoir point fait de toutes ces femmes ses maîtresses, on l'appelle le « don Quichotte de la vertu (i) ». Eût-on mieux aimé qu'il en fût le don Juan ?

(1) Arsènp Houssaye, vol. cit.^ p. 316.

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