‹ Robespierre et les femmes: d'après des documents nouveaux et des piècesChapitre 25 sur 49 · INTÉRÊT DBS THERMIDORIENS A FIANCER ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

INTÉRÊT DBS THERMIDORIENS A FIANCER ROBESPIERRE

Robespierre austère, solitaire, chaste, fut une énigme pour ceux qui le poussèrent au guet-apens de Thermidor. Des hommes à filles comme Barras, Barère, Tallien, ne comprirent point Texemple de cette vie privée qui ne se jugeait point inséparable de sa vie publique, et qui dédaigna le masque d'une facile hypocrisie. Il y avait là pour eux quelque chose de mystérieux dont ils cherchèrent en vain la solution. Enfin Tun d*eux Tapporta : Robespierre dédaignait les citoyennes parce qu'il visait plus haut. Plus haut ? Qui donc ? A Mme Royale, la fille de Louis XVI. Et la bande des ruffians fiança Tlncorruptible à la captive du Temple.

Ce faisant ils satisfaisaient à la double énigme. Nous venons de voir la première. La seconde était d'une plus grande importance. Robespierre avec des vues sur Mme Royale montrait nettement le but auquel il tendait : la tyrannie. Il n'avait renversé le tyran Capet que pour se mettre à sa place en épousant la fille. Simple calcul ! Ruse ingénue ! Faisant semblant d'y croire, ils y firent croire les autres. Ce devint article de foi, fait établi et démontré. Le 9 thermidor n'avait donc véritablement abattu que celui qui visait à la tyrannie et aspirait à y atteindre par la voie la plus ingénieuse.

La réaction thermidorienne rassembla, à cet égard, un faisceau de faits qui devaient prouver la chose jusqu'à l'évidence. Dans la tragique nuit, des soldats s'étaient présentés au Temple, pour en enlever les prisonniers. « Le bruit s'est répandu, écrivait un pamphlet, que pour se donner plus de lustre aux yeux de ses futures (sic) confrères couronnés, le tyran devait forcer la main à la jeune Capet et l'épouser. Pourquoi, en effet, ces efforts tentés dans la nuit du 9 au 10 thermidor pour s'emparer du Temple ? Ce mariage pouvait être à ses yeux un moyen de se faire reconnaître par les Puissances étrangères, si ses satellites l'avaient fait proclamer ici. Cette conjecture n'étonna pas ceux qui connaissent les ambitieux et les Cours (1). » Pour soutenir

(1) Vies secrelles et politiques de Couthon, Sainl-Jusl^ Pobespierre jeune, complices du tyran Robespierre , et assassins de la République (par J. Leblanc) ; à Paris, chez Prévost, rue Jacques, n* 1D5, près la Fontaine Severin; Tan 11 rie la République Française, une et indivisible ; in-8, p. 31. — Ce pamphlet se termine, p. 36, par cette singulière note :

cette thèse inattendue, on pouvait s*appuyer sur l'autorité d'un des hommes du coup d'État. « Peutêtre ne le croiriez-vous pas, dit Barère à la Convention, sur le bureau de la Maison commune où se tenoit la séance contre-révolutionnaire, étoii un sceau neuf, n'ayant pour empreinte qu'une fleur de lys ; et déjà, dans la nuit, deux individus s'étoient présentés au Temple pour en demander les habitans (i). »

Et ce môme Barère assure nettement que Robespierre ne songeait qu'à épouser la fille Capet. Il trouve sur ce terrain un singulier contradicteur : Barras, lui-môme, lequel qualifie son rapport d*« aussi cruel que mensonger contre Robespierre (2) », Mais cette dénégation ne vient que quelques années après le 9 thermidor, quand Barras, avec Vadier (qui nia le fait de la Heur de lys), Amar, Cambon, Billaud- Varenne, et d'autres encore, comprit le crimecommis dans cette journée où sombra la République. Mais, dans l'instant, il s'agissait d'abattre Catilina, et, pour ce, quels moyens n'étaient bons ? Et le meilleur, n'était-ce pas celte absurde accusation de tyrannie ? C'est dans le même système qu'on fit rentrer la constatation, faite dans cette même nuit, de Tinscription du sac de cuir avec lequel Robespierre épongeait le

« Les citoyens lecteurs sont avertis que si cette vie a élé retardée, c'est que l'éditeur a été égorgé par un homme, en lui donnant une poignée de main. Cet homme ne peut être qu'un partisan de Robespierre... » Naturellement.

(1) Rapport fait au nom dts Comités de Salut Public et de Sûreté générale^ par Barère^ sur la conjuration de Robespierre^ Couthon, Saint'Jusl et leurs complices ; séance du 10 thermidor, l'an deuxième de la République française, une et indivisible ; imprimé par ordre de la Convention nationale ; à Paris, de l'imprimerie nationale, in-8, p. 4.

(2) Barras, ouvr, cit,, t. [« p. 204.

2d0 nO&fiSPIERRB ET LES FEMMES

sang figé sur sa m&choire fracassée. Et quelle était cette inscription ?

Au Gkand Monarque

Lecourt

Fournisseur du Boi et de ses troupes^

rue Saint'Honoré, près celle des Poulies

à Paris (i).

Au Grand Monarque !... N'était-ce pas une preuve des visées criminelles de Robespierre ? On le pensa; mieux encore, on le dil.

Et, de môme que le reste, on le crut. Personne ne s*éleva contre Fabsurdité de Taccusation ; bien mieux, elle s'imposa au point d'être encore de mode en Tan V, et de constituer un grief contre les derniers Jacobins, la « queue de Robespierre ». Nous en trouvons Técho dans une chanson inédite dirigée contre la fraction montagnarde.

Le Tombeau de Robespierre.

Couplets sur Vair qu'on voudra^ pourvu qu'il aille.

composés longtems après le Vaudeville, et

mis au net dans leur état fixe à la fin du mois

germinal, cinquième année républicaine.

Approchez, Merlins et consorts :

Venez voir la fameuse pierre,

(1) Ao/m relatives à Robespierre lorsqa*U fut apporté au Comité de salut public ; réimprimées dans VHistoire parlementaire de la Révolution Française^ ou journal des assemblées nationales depuis 1789 jusqu'en 1815, par P.-J.-B. Bûchez et P.-C. Roux. Paris, 1- juin 1837, in-8, t. XXXI V, p. 93.

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Une chanson satirique contre Robespierre. {Collection2Hector Fleitchmann.)

Où gît le très précieux corps Du patriote Robespierre.

La tête y manque, par malheur, Cest en vérité bien dommage ; Mais on n'a pu couper son cœur, Et la tête a servi pour gage.

Il voulut sous le nom de Loi Faisant grimper sa Dictature, Devenir véritable Roi D'une République en peinture.

Ce plan superbe échoua net; Et trompé dans sa faim canine, Au lieu d'épouser la CapeU Il épousa la guillotine.

Petits Cromwell, faux demi-dieux,

Instruisez-vous par son exemple :

Songez que le Peuple a des yeux

Et que partout il vous contemple.

Solez d'abord, dans tous les cas,

Bons Français, si vous pouvez l'être ; '

Et si vous ne le pouvez pas, Tâchez au moins de le paraître.

Mais non, vous ne le pourrez pas, Pour le bien paraître il faut Tétre ; Allez donc, marchez sur Iqs pas De votre abominable Maître.

Allez avec le doux espoir De sortir par la même porte ; Je vous souhaite le bonsoir, Et que le diable vous emporte (1).

(1) Pièce autographe en notre possession.

N'est-ce point là une singulière preuve de la croyance attachée par certains à rallégation de Barère et des autres thermidoriens? Il serait sans doute puéril de la discuter et de la réfuter ici. Toute la vie politique de Robespierre plaide contre elle. Aussi bien est-il inutile d'insister sur Todieux d'une accusation, qui transforma en un tel objet, la pitié de celui qui crut que la chute d*une jeune tête royale était inutile au salut d'une République, victorieuse alors sur ses frontières et sauvée par sa foi jacobine.

LA VIEILLE GHALABRE

Après avoir montré l'influence de Robespierre sur les femmes, nous pouvons, du chœur de ses dévotes, détacher quelques fifi^ures particulières, dont les manifestations d'admiration personnelles, apportent une contribution précieuse à cette enquête psychologique.

De toutes les correspondances féminines de Robespierre, celle de Mme de Chalabre est la plus importante. Pas de documents plus complets pour juger des relations qui existèrent entre elle et lui.

Il est assez malaisé de fixer les origines de cette femme. Le nom qu'elle portait n'était pas tout à fait inconnu dans Thistoire de la Gn du dix-huitième siècle qui comptait alors dans les Chalabre deux branches : les Bruyères de Chalabre, auxquels appar-

l'Ii&a^i^rif an^bi^e de 1^3. rrpréitrMikiU RtlIUl^HKEnË

LE SARDANAPÀLE DE lA TERREUR 226

tenait un colonel du régiment de Limousin (i), et les Roger de Chalabre, célèbres par les joueurs et croupiers porteurs de ce nom. Us Tétaient de père en fils. C'est ainsi qu'on voit un officier des Gardes du corps, fils du vieux Chalabre, devenir banquier et croupier du jeu de Marie-Antoinette (2), alors que son père perdait sur les mêmes tapis verts, 4^.000 louis, soit 1.008.000 francs (3). Il est vrai qu'il se rattrapait quelquefois, comme en janvier 1782, où il rafla, en quatre heures de temps, 1.800.000 livres à ses partenaires (4). Le fils lui-même gagnait souvent. Une lettre de Mercy-Argenteau, ambassadeur d'Autriche, à Marie-Thérèse, nous apprend qu'en novembre 1779, il gagna ig.ooo louis, lors d'un voyage de la Cour à Marly (5). Il avait pour second un chevalier de Saint- Louis, M. de Poinsot, dont Tilly vante l'obligeance (6). C'est là le Chalabre qu'on voit figurer dans la plu-

(1) Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie- Antoinette, la Cour et la Ville, de 1777 à 1792, publiée d'après les manuscrits de la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, avec une pré race et des notes par M. de Lescure. Paris, 1866, in-8, t. H, p. 23.

(2) Mémoires secrets, l** octobre 1778.

(3) Correspondance secrète inédite sur Louis XV L,. ; édit. Lescure, 1. 1, p. 330.

(4) Ibid., 1. 1, p. 463.

(5) Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et le comte de Mercy-Argenteau, avec les lettres de Marie-Thérèse et de Marie- Antoinette ; publiée avec une introduction et des notes par M. le chevalier Alfred d*Arneth, directeur des Archives de la maison impériale et de TÉtat d'Autriche, et M. A. Geffroy, professeur à la Faculté des lettres de Paris. Paris, 1874, in-8, t. HI, p. 368.

(6) Souvenirs du comte Alexandre de Tilly, pp. 821, 322, dans la Bibliothèque des Mémoires relatifs à r histoire de France pendant le dix-huitième siècle, avec auant-propos et notes, par M. F. Barrière. Paris* 1862, in-lS,-!. XIV.

IS

part des pamphlets obscènes contre Marie-Antoinette (i). Quel degré de parenté unissaitl'admiratrice de Robespierre à ces fameux joueurs ? On ne le sait point exactement ; à peine connaît-on la date de sa naissance : 1752. Elle s'appelait Jeanne-Marguerile, et se flattait d'un marquisat, assez suspect, à la vérité (2).

Comment en tra-t-elle en relations avec Robespierre, au temps de la Constituante, dans les premiers jours de 1791 (3) ? C'est là encore un autre point demeuré obscur. Ses lettres au conventionnel donnent à croire qu'elle lui écrivit pour lui exprimer son admiration, qu'il y répondit en envoyant les brochures de ses discours, et qu'ainsi ce commerce épistolaire s'établit, en attendant qu'une fréquentation quotidienne le rendit inutile. En effet, toutes les lettres connues de Mme deChalabre datent de 1791 et des premiers mois de 1792. Il est à présumer qu'à cette époque elle fut admise rue Saint-Honoré, chez les Duplay, dont elle était voisine, puisque sa maison appartenait aux Dames de la Conception.

Ce furent vraisemblablement les dames Duplay

(1) Notamment dans VEssai historique sur la vie de Marie- Antoinette d'Autriche, reine de France, pour servir à Fhistoire de cette princesse, p. 99, et Le Porte-Feuille dPun talon rouge contenant des anecdotes galantes et secrettes de la Cour de France, p. 50.

(2) M. d'ÀLMÉRAS, vol. cit. p. 118, rappelle baronne. Nous n'avons rencontré ce titre nulle part.

(3) Et non en juillet 1791, comme l'écrit M. Laurent de Trentels, dans une communication à l'Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, 10 février 1908, vol. LVII, col. 188. — En effet, la date du début de ces relations est fixée par la première lettre de Mme de Chalabre, datée du 26 février 1791, publiée par Bervillb et Barrière, ouur, cit,, t. I, p. 171.

Le sardaNapalé de La terreur

qui riniroduisirent dans le cercle intime de Maximilien. Lamartine, renseigné par la veuve Le Bas, nest pas loin de le dire nettement : « Mme de Chalabre, écrit-il, femme noble et riche, enthousiaste de Robespierre, se dévouant à lui comme les veuves de Corinthe ou de Rome aux apôtres du culte nouveau, lui offrant sa fortune pour servir à la popularisation de ses idées, etcaptant Tamitié de la femme et des Glles de Duplay,pour mériter un regard de Robespierre (i). » Thiers juge moins lyriquement, et moins indulgemment, le rôle de cette Mme de Chalabre. Cette « vieille marquise, à l'entendre , était la principale de ces femmes qui soignaient en véritables dévotes ce pontife sanglant (2). »

On a dit, un peu plus ridiculement, qu'elle ne lui servait qu'à « tenir un miroir pour jeter un coup d'œil à sa cravate (3) ». Ce n'est pas tout à fait sous cet aspect que nous la montre sa correspondance. Rien

(1) A. DE Lamartine, Histoire des Girondins. Paris, 18i7, in-S, t. IV, liv. XXX, pp. 431, 432.

(2) Thiers, Histoire de la Rivolutiony liv. XXIII.

(3) Albert Savine et François Bournano, voL c//., p. 141.

L'Incorruptible.

{Gravure de iSlS.)

228 tiOBESPIfiRRE ET LES FEMMES

de particulièrement intime dans ces lettres. Il est vrai qu'on peut objecter que ce ne sont là que les lettres du début des relations du conventionnel et de la marquise. Mais il y a une excellente raison pour croire qu'elles demeurèrent toujours sur ce terrain. C'est que Mme de Chalabre était vraisemblablement loin d'être belle. Son médecin Thibault déclare, dans un rapport du 3o pluviôse an III, qu'il la soigne depuis à peu près vingt ans, atteinte qu'elle est d'une dartre et de nombreuses infirmités qui nécessitent des visites fréquentes (i). Et Robespierre qui a là, à côté de lui, des jeunes filles fraîches, jeunes, douées de toutes les grâces rieuses et charmantes de leur printemps, aurait préféré à elles cette vieille femme ? Si vous le déclarez débauché, déclarez-le aussi sans goût.

C'est donc uniquement sur les lettres omises par Courtois qu'il nous la faut juger. « Les lettres de cette dame qui nous ont été conservées, écrit M. Hamel, sont toutes animées du souffle antique de la liberté. Ce n'est pas une républicaine à la façon de Charlotte Corday, agitée des passions vengeresses des Némésis ; c'est une Spartiate» dont l'amour de la liberté et de l'égalité a embrasé le cœur (2). » Une Spartiate» c'est beaucoup dire. En réalité, c'est un

(1) M. R. Laurent de Trentels, loc. cit.y col. 189, indique ces renseignements comme tirés des Archives NaUonales série F^, dossiers 45882, et 4798. Ces deux cotes sont, manifestement fausses. I^ première n'existe pas aux Archives Nationales; quant à la seconde, elle n*a rien à voir avec Mme de Chalabre. En effet la série F^, qui contient les papiers du Comité de Sûreté Générale, conserve dans la carton 4798, le relevé des cartes de civisme délivrées par la section des Lombards, de 1792 à Tan III I

(2) E. Hamel, ouvr. cit.t t. I, p. 402.

peu moins que cela, une Mme Roland moins soucieuse de la discipline classique, mais aussi loquace et pédante qu'elle dans le débordement de son style lyrique et politique. Ces lettres sont peu connues généralement» et c'est tant pis. Ce qu'elles nous montrent c'est l'influence robespierriste sur la femme de la Révolution, entraînée par elle aux adulations les plus Véhémentes, et les plus explicables, quand on sait en vertu de quelle puissance s'exerce sur elle l'ascendant de Maximilien. La correspondance débute par une lettre dont le ton, poli et élégant, dénote bien que c'est une des premières écrites par la marquise au directeur qu'elle se veut pour sa conscience politique :

A M. Robespierre^ député de P Assemblée Consliluanle.

Ce 26 février 1791.

C'est à la conformité de nos sentiments patriotiques, Monsieur, que je dois les éloges que vous m'avez adressés. Dans ce sens, le cœur a tout mérité, et je m'en enorgueillis. La vanité ne saurait me faire prendre le change, j'y perdrais trop. Vous avez eu la complaisance de faire passer, avec votre lettre une excellente réputation des principes sur Torganisation des jurés (1). Selon mes très faibles lumières sur cette matière, il me semble que vous touchez la vérité comme dans tous vos autres discours ; aussi le patriote Ca-

(1) Cet important discours sur les principes de rorganisation des jurés fut prx)noncé par Robespierre à la Constituante, dans la séance du 6 février 1791. On le trouvera dans le recueil : Discours et rapports de Robespierre^ avec une introduction et des notes par Charles Vellay. Paris, 1908, in-18, pp. 1 et suiv.

mille [Desmoalins^j dans son dernier discours, peint-il avec un naturel charmant, une précision vraiment originale, le caractère de vos talens. On croirait que le génie du bon et trop malheureux Jean-Jacques Ta inspiré ; c'est d'une touche aussi délicate; il eût versé tant de larmes en lisant ce passage! Bon Camille, vous méritez le bonheur dont j'espère que vous jouirez avec votre aimable compagne (i).

Revenons à la politique. Il me semble, Monsieur, que les Comités en général veulent toujours faire un travail pour Tesprit, qui souvent gfite, car les idées simples sont plus près de la nature et de la vérité. J'espère que le progrès des lumières fera mieux connaître, apprécier de jour en jour, ceux qui, détachés de cette puérile vanité, entre le noble et vrai courage de franchir la barrière des préjugés pour s'élever à la hauteur de la révolution et de la raison; malheureusement, c'est avec le petit nombre. Il vient de se passer des événemens assez piquans, depuis quelques jours ; je me flatte que nous saurons en profiter comme des autres. Si tous vos momens n'étaient pas consacrés au salut de notre chère patrie, je désirerais bien en causer avec vous ; mais je crains de lui voler un temps si précieux. S'il était possible de concilier ce désir, vous me feriez beaucoup d'honneur et de plaisir. Ne craignez pas le grand cercle d'une oiseuse compagnie; ce n'est pas du tout mon genre ; un très petit nombre, mais très petit, d'anciens amis, compose ma société; tous bons patriotes, car je ne saurais en estimer d'autres. Sans estime, point de plaisir ni bonheur ; vous ajoutez au nôtre, Monsieur, celui de la reconnaissance la mieux sentie. Vous la retrouverez dans nos expressions comme elle est dans notre cœur.

Chalabre.

(1) Le mariage de Camille Desmoulins ne datait que de (Jeui; mois à peine (29 décembre 1790),

Vous approuverez que je supprime la forme servile d'usage (1).

Plus vif, le ion se hausse dans la seconde lettre. Cette fois Mme de Chalabre aborde de front le problème politique et s'élève avec une véhémence familière contre le décret sur les finances qui la froisse et la désespère :

Enfin, Monsieur, notre ruine est consommée par Taffreux décret qui remet la gestion de nos finances dans la main des avides courtisans, grflce aux prétendus usages qui mènent aujourd'hui l'Assemblée nationale. Non, non, la nation ne peut consentir à son esclavage par des lois contraires à ses véritables intérêts; cette dernière injustice va la tirer de son assoupissement. Était-ce donc la peine de faire une révolution pour la terminer ainsi? Ciell 6 quelle iniquité, quelle dégradation de l'espèce humaine ; et c'est Tor, ce vil métal qui rend les hommes stupides et féroces. Quel mépris des richesses ne doivent pas avoir les vrais patriotes 1 Ils doivent les dédaigner, les repousser, les craindre comme un poison subtil qui corrompt tout ce qu'il touche. Le bonheur et la vertu ne se trouvent que dans la médiocrité. Richesses et vertus sont incompatibles, rien n*a pu nous en convaincre comme cette révolution. Trois députés seulement, et vous êtes de ce nombre, toujours au chemin de l'honneur, trois ont combattu l'infâme décret. Que vont dire les provinces ? Je voudrais bien qu'elles fissent toutes, sans exception, les plus vives réclamations. Il est impossible que jamais la confiance renaisse, que l'ordre et l'économie se rétablissent. Les biens du clergé vont être dilapidés ; la part est faite, la cour s'en empare,

(1) Berville et Barrière, ouvr. cit.^ t. I, pp. 171, 172.

et nos meilleurs députés gardent un silence coupable. Quoi I c'est principalement pour remédier au désordre des finances que la nation nomme des représentans, et, après dix-huit mois de souffrances, l'abîme s'ouvre de nouveau pour engloutir toutes nos ressources ! Quelle cruauté de nous faire languir si longtems pour combler nos malheurs I Je ne puis vous exprimer combien ces idées m'affligent. Vous sentez aussi vivement que moi, j'en suis persuadé, ces derniers coups portés à notre liberté. Décret fatal, décret maudit qui rompt toutes les mesures d'une juste réparation, brise les doux liens de l'égalité ! Hommes sans pudeur, qui l'avez fait passer, puissiez-vous être un jour accablés de remords, nous serions assez vengés. Malheureuse patrie I

L'indignation est à son comble. Nous voilà donc enfin constitutionnellement sous le joug des tyrans. Ah I quittons ce douloureux entretien. Faites-moi llionneur, Monsieur, d'accepter un petit dîner patriotique, dans le commencement de la semaine prochaine. Choisissez le jour qui vous conviendra le mieux, qui vous dérangera le moins de vos travaux, pourvu que je sois prévenu deux jours d'avance, afin que je puisse réunir M. et Mme Bitaubé, qui seraient flattés de se rencontrer avec vous. Je suis, avec les sentimens d'estime et de reconnaissance fraternelle de tous les bons citoyens envers vous,

Chalabrb.

Mille remerciemens de vos brochures (1).

Le 2 janvier 1791, Robespierre prononça aux Jacobins la première partie d'un grand discours contre la guerre. Il s'élevait contre le projet de la Cour de lever trois armées destinées à refouler les émigrés,

(1) Berville et Barrière, ouvr. cit., t. I, pp. 173, 174, 176.

armées pouvant servir aussi à combalire la Révolution naissante. Le 1 1 janvier, Maximilien acheva ce discours capital de son œuvre oratoire, et c'est de ce même jour, que date la lettre que voici de Mme de Chalabre :

Non, je ne trouve pas d'expression qui puisse rendre à rinimitable Robespierre la surprise, Témotion que m'a causée la lecture de son intéressant et utile discours dans la dernière Révolution de Parié (4). Les patriotes ont bien fait de Ty insérer, parce que ce journal se lit beaucoup et va partout; on ne saurait trop se hâter de prémunir les vrais Français contre les pièges de la guerre. Mais hélas ! je crains que ce ne soit un parti pris dans TAssemblée nationale, car le député Ramond nous a annoncé un long et beau rapport du Comité diplomatique, dont les conclusions seront sans doute pour la guerre. Juste ciel ! que de trahisons I Malheureuse patrie 1 de faux guides vous détournent encore du bon chemin par de nouvelles ruses plus fînes que celles des modérés ; elles n'ont pas un caractère si marqué de fausseté, elles n*en sont que plus dangereuses. Patriotes égarés, dit-on, à ceux qui ne veulent point la guerre... Ha I continuons de nous égarer ainsi pour rétouffer et sauver la patrie.

Encore nin discours aux Jacobins lundi, loué par les cruels partisans de la guerre, qui s'y acharnent comme des corbeaux après leur proie. S'il en est ainsi, désespérons du salut de la patrie. Vainqueur môme avec le pouvoir ennemi, c'est être vaincu. C'est la solution de toute la question ; mais comme vous le dites, on veut toujours être à côté.

(1) Les Révolutionê de Paris, de Prudhomme, publièrent, en eiTet, les deux parties du discours de Robespierre. La première dans le n^ 130, la seconde dans le n"* 131.

Comment, avec tant soit peu de jugement donner dans un pareil piège ! Cela me paraît incroyable; au lieu de suirre la nature, on aime mieux raisonner contre. Fil Fi! de l'éloquence; c'est bien le cas. Faibles humains, qui vantez vos lumières, Tinstinct des animaux est bien supérieur à votre bel esprit, car il ne les trompe jamais.

Je ne puis résister au sentiment de reconnaissance que m'inspire la vertueuse conduite du fidèle Robespierre, malgré le conseil qu'il nous donne lui-même de ne pas trop nous livrer à ces transports. Sa touchante modestie produira TefTet contraire à en juger par moi; mais il ne sera pas dangereux pour la liberté; la plus noble émulation en sera le fruit. Salut^ amitié.

Chalabre (1).

Mais, dans toute cette correspondance, la lettre la plus véhémente, la plus féminine môme dans le sentiment, est celle que Mme de Chalabre adresse, le 20 mars 1792, à son ami :

Patriote ami, je sèche d'impatience dans Tattente de votre discours que mille incidens ont reculé. Voilà donc un ministère jacobin (2). Vous aviez prévu cette ressource d'un machiavélisme aux abois. Les patriotes, qui voient tout en beau, racontent avec complaisance la dernière séance des Jacobins ; la présence des nouveaux ministres, qui veulent avoir des communica-

(1) Berville et Barrière, ouvr. cit., t. I, pp. 176, 176. — Cette lettre, de 3 pages in-4, lit partie de la collection Benjamin Fillon. Cf. Inventaire.,. ; n« 631, I60.

(2; Dumouriez, remplaçant de Lessart, comme ministre des Affaires étrangères, el de Lacoste, comme ministre de la Marine, remplaçant Bertrand, venaient, le 17 mars précédent, d'entrer dans le ministère.

tions avec cette Société. Grand Dieu I la liberté est donc à jamais perdue I On ofTre un baiser de paix au plus zélé défenseur de cette sainte liberté comme s'il pouvait être garant de ces belles promesses ou accessibles à la flatterie. Cest ainsi que le vice prend un coin du manteau de la vertu pour cacher sa difformité, et sMmposer aux esprits confians. Pour moi, j'ai le malheur de voir plus noir que jamais. Si l'Assemblée nationale laisse échapper l'occasion qui se présente de venger enfin la nation d*un pouvoir ennemi, convaincu d'avoir encore dernièrement tramé sa ruine en soutenant les contre-révolutionnaires d'Arles, d'Avignon, etc.; s'il n'est pas dans cette assemblée un patriote assez courageux pour déchirer le voile qui couvre ces horribles et ténébreuses manœuvres, peindre en traits de feu les dangers de conserver cet odieux pouvoir, de lui laisser seulement gagner un mois, la France est perdue. Hélas ! après tant d'espérances faudra-t-il nous résoudre à voir notre malheureuse patrie couverte de cendres et de ruines? C'est le vœu des coupables; non, non, qu'on les juge, et tout est sauvé. Je ne conçois plus les vues des patriotes; tant de lenteur me désespère. 0 Robespierre 1 votre génie doit trouver le remède à nos malheurs. Il n'y a que vous, pour ainsi dire, qui me laissiez quelque lueur d'espérance. Je ne puis vous peindre la tristesse de mon âme; plus je vois de sûreté dans les autres, plus je tremble : elle augmente nos dangers. Si vous prononciez demain votre discours, ne m'oubliez pas, je vous prie. Pour éviter à notre jeune ami la peine de venir deux fois dans le même jour, car il y a loin d'ici chez vous (1),

(1) Mme de Chalabre, nous l'avons dit, était voisine des Duplay. Ce passage de sa lettre semblerait assez inexplicable, si on ne savait qu'elle possédait à Vanves une maison de campagne où Robespierre paraît avoir été quelque-

je Tattendrai demain jusqu'à deux heures pour dîner. Recevez les nouvelles assurances du plus inviolable attachement. Chàlabrb.

Cher patriote, encore un souvenir. Je tremble qu'on ne fasse passer le décret sur les mariages, que la sage motion de M. Français avait écarté, n'en déplaise à la c Royale Chronique > et à M. Brissot. Quelle dangereuse proposition au moment où le fanatisme aiguise ses poignards ; comme si TAssemblée n'avait pas des choses bien autrement importantes à traiter. A propos de cette Chronique, le grand orateur du genre humain se persuade avec une suffisance ridicule que la Nation vt prendre ses jongleries ministérielles pour des vérités. Les éloges qu'il donne aux officiers généraux, surtout à Luckner, sont tout à fait dans le genre du compère Polichinel; serait-il par hasard celui des ministres ? Ce serait une bonne question à lui faire par nos journalistes (1) !

Voilà donc toutes les pièces soustraites au dossier thermidorien. En a-t-il existé d'autres ? C'est chose certaine, puisque nous voyons dans la collection Benjamin Fillon figurer cet autre billet autographe de la marquise, qui échappa vraisemblablement aux éditeurs des Papiers omis^ en 1828 :

Mon sang bouillonne : je viens de lire, avec encore plus d'indignation que de surprise, un projet de décret qui, sans M. Reubell, eût passé dès aujourd'hui : rétablissement d'un tribunal prévôtal, un tribunal de sang contre les patriotes, abhorré même sous le despotisme. J'espère que, demain, les patriotes Buzot,

fois. Au lendemain du 9 thermidor la municipalité de Vanves apposait les scellés sur cette maison.

(1) Ber VILLE et Barrière, ouvr, cU.y t. I, pp. 176, 177, 17S.

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Péthion, Robespierre, Grégoire, se rallieront avec (orce contre ce décret, Mais, hélas '?.., je suis dans une inquiétude inexprimable (i) !...

Quant aux lettres que Robespierre écrivit, vraisemblablement, à Mme de Chalabre, elles ont disparu. Par là un coin de sa psychologie nous échappe et force nous est de la juger sur les pièces d*une seule des parties. Au surplus Texamen est concluant. Il nous confirme dans cette certitude de l'ascendant exercé par la rigidité de son caractère, Tunité de sa vie privée et morale, sur les femmes. Cepf.ndant la pureté civique des intentions de Mme de Chalabre peut être soupçonnée, et à ce soupçon une note du conventionnel J.-P. Picqué, des Hautes-Pyrénées, nous initie. Il la faut citer ici complètement, car elle apporte aux débats des arguments qu'on ne doit point passer sous silence.

Dans un manuscrit, exhumé jadis par M. Pélissier, il écrit :

Robespierre logeait chez Dupleix (sic), dans une modeste et petite maison de menuisier, rue Saint-Honoré. Quelques membres des Jacobins et de la commune de Paris, ses correspondants, séides dévoués, mais qu'il envoya depuis au Tribunal révolutionnaire, et la famille Dupleix composaient toute sa société. Ardent, mais réservé, irrésolu, audacieux et timide, glorieux, vindicatif et jaloux, atrabilaire, sa domination l'occupait tout entier. Tourmenté par des terreurs et une agitation continuelles, inséparables de sa position et de son tempérament irritable, cherchant dans son inquiétude quelques moments de repos parmi ses fami-

(1) Inventaire de la collection Benjamin Fillon^ n» 6S1, 17»

licrs et dévoués courtisans, il se livrait facilement k leurs inspirations. La comtesse de Chalabre, on ne sait trop comment introduite dans cette société particulière, une fois parvenue à un grand degré de confiance, adroite, insinuante et familière, devenue intime amie de la femme et des filles Dupleix, passait sa vie avec elles, assistait à la rédaction des fatales listes de suspects, les indiquait à son gré, dirigeait la colère de Robespierre, l'effrayait par des révélations en feignant de Tapaiser ; sa main traçait les noms des patriotes, ceux de la minorité do la noblesse réunie au Tiers-État en i789, ennemis de la cour, des Polignac dénoncés d'abord aux Jacobins et par Robespierre au Comité de Salut public, renvoyés au Tribunal révolutionnaire. Les plus atroces jugemens dictés par cette furie trouvaient des apologistes bien salariés. Je Tai vue, après les séances orageuses, plaindre, parler à Toreille, encourager, essuyer le front de Robespierre, et cet homme, indifférent pour toutes les femmes, lui donner de fréquents témoignages de considération et d*afrectueuse confidence. L'agent puissant de la faction royaliste, Taffreuse Chalabre, j'en suis convaincu^ conduisit cette longue et cruelle persécution contre les fondateurs de la liberté et la minorité de la noblesse révolutionnaire, les hommes de lettres, les membres de l'Assemblée constituante, et les meilleurs défenseurs de la patrie. Ainsi furent sacrifiés les illustres victimes des vengeances royalistes, Bailly, Thouret, Barnave, Chapelier, Condorcet, Lepeletier, Beauharnais, Custine, Biron, Malhesherbes, Dillon, Broglie, confondus avec des courtisans qui avaient déplu, des femmes innocentes, des contrerévolutionnaircs, des brigands : tableaux effrayants, qui ont laissé les souvenirs les plus odieux du gouvernement républicain, bien innocent de tant de cruautés soldées, excitées parles implacables ennemis de la France...

Et dans une note, il insiste, et répète encore :

Robespierre conserva une haine profonde contre rAssemblée constîtuanle qui n'avait pas apprécié ses talens. Chacun de ses membres était son ennemi. On explique le nombre de ses victimes immolées k sa vanité. L'infâme Chaiabre secondait la vengeance des royalistes contre les courtisans passés dans les rangs des patriotes. Ainsi périrent Custine, Beauharnais, Dillon, Broglie, Aiguillon, Lauzun, Malesherbes, et tant d'autres frappés par des ennemis secrets, jaloux, des créanciers. Robespierre et Coblenz marchaient ensemble (1).

Quelle part de possibilité y eut-il dans le rôle qu'attribue Picqué à la marquise ? Il est assurément impossible, devant Tabsence complète de documents probants, de le fixer avec précision, mais n'est-ce pas ici le cas de rappeler la phrase d'un ouvrage oublié : « Beaucoup de belles dames de Tancien régime, mues par un esprit de charité, n'avaient point dédaigné d*enchatner à leur char quelques-uns de ces farouches conventionnels qui faisaient tout trembler autour d'eux (2) ? » Mme de Chaiabre a-t-elle joué ce rôle auprès de Robespierre ?

(1) J.-P. Picqué, VHermile des Pyrénées^ publié dans Souvenirs et Mémoires^ recueil mensuel de documents autobiographiques, souvenirs f mémoires, correspondances. Paris, 1900, in-8, t. III (juillet-décembre 1899), pp. 134, 136. — Sur Picqué, voyez une excellente étude parue, en Juillet 1899, dans les Annales du Midi : Un conventionnel oublié : J.-P. Picqué.

(2) M. de Talieyrand. Paris, 1885, in-8, t. II, p. 140. — Une note du Catalogue de la Bibliothèque de M, Alf. Bégis, de la Société des amis des Livres. Paris, 1899, ln-8, III* partie, n* 662, p. 64, attribue c^t ouvrage anonyme à Villemarest, ancien secrétaire du prince Camille Borghèse.

Apparition de Tombre de Mirabeau dans l'armoire de fer découverte au château des Tuileries (1792).

Certains détails équivoques de sa vie prêtent assez aisément le flanc à l'accusation, mais le fait que la réaction thermidorienne la traqua, en raison de ses relations avec Tlncorruptible, plaide cependant en sa faveur. On la voit, en effet, arrêtée le 22 thermidor, au lendemain presque de Texécution de Maximilien. Elle est écrouée à la maison Talaru, rue de la Loi, ci-devant Richelieu. Jusqu'au 25 thermidor suivant elle y demeure, puis elle est transférée à Sainte-Pélagie. De là elle passe à la Bourbe (ou Maternité) le 8 vendémiaire an III ; au Luxembourg, le 25 brumaire; au collège du Plessis, le 2 floréal ; le 28 elle retourne à la Bourbe. Enfin, après un an moins cinq jours de détention, on la libère. Thermidor an III la voit rassembler les débris de sa prospérité éparse. Désormais elle n'a plus d'histoire. Elle plonge dans la nuit d'un silence qui, d'année en année, pèse sur elle, l'ensevelit et Técarte de l'histoire. Où meurt-elle? Quand? On n'en sait rien. D'elle il ne demeure que ces lettres sauvées du grand naufrage du temps, épaves fragiles et durables, qui attestent de sa dévotion jacobine. Mais quelque part aussi, dans un carton des Archives, demeure la preuve de sa faiblesse féminine, de son reniement. Robespierre tombé, elle Fadhorre ; Robespierre mort, elle l'injurie (1). Elle n'avait que l'auréole de son dévouement. Pourquoi le Havard vient-il la ternir de toute la poussière éparse de ce carton, qui fait qu'on la reconnaît trop faible pour le grand rôle qu'elle a voulu jouer ?

(1) Voyez aux appendices quelques documents inédits sur Mme de Ghalabre après Thermidor.

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