LES HOMMAGES DE LA SOBUR DU FLAMBEAU DE LA PROVENCE
Moins importante que pour la. vieille Chalabre, est la note qu'on doit consacrer à cette autre dévote de Robespierre : la sœur de Mirabeau. S'il est une surprise, dans les papiers omis par Courtois, c'est bien celle d'y trouver une lettre de cette femme, effacée dans la grande ombre de Riquetti, mais dont le nom donne une singulière valeur à la missive. Singulier rapprochement I Étrange rencontre ! Mirabeau et Robespierre, ce sont les deux pôles opposés de la Révolution. Le premier l'arrête et se vend; le second la pousse et se donne. L'un, c'est le tonnerre et la corruption ; Tautre, l'éclair et l'incorruptibilité. Aucun lien entre eux, si ce n'est l'éloquence. Dans les premières joutes oratoires de la Révolution, le Flambeau de la Provence n'a pas été sans dédaigner la Chandelle d'Arras. Du haut d'une gloire neuve et spontanée, il a regardé monter, lentement, mais inflexiblement, le maigre avocat artésien.
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C'était au temps où rAssemblée plaisantait son accent aigre. Puis Mirabeau est mort. On Ta porté au Panthéon français. Et Tavocat d'Arras est monté à un sommet qui fut interdit à Thomme dont la tête eût roulé sous le couteau de 98.
Qu'a pu haïr Maximilien en Riquetti? Son mensonge civique, ce masque qui est tombé au lendemain de sa mort, lors de Touverture de l'Armoire de Fer qui a livré les secrets de sa trahison. Mais dès lors tout a été fini. Mirabeau-Tonnant n'a plus été que le Judas d'une cause désespérée, le jouisseur aux mains pleines d un or impur, accusé que ne peut que condamner Tincorruptible conscience de Robespierre. Et c'est là précisément, cette corruption, qui ajoute à l'intérêt de la lettre de la sœur de Mirabeau. « Non, citoyen, s'écrie-t-elle. Ton ne me corrompra jamais ! » Elle tente ainsi de prévenir l'objection évidente de Maximilien. Comment ne soupçonnerait-il pas le mensonge de l'offre qu'elle fait ? La sœur mérite-t-elle plus de créance que le frère, ce frère dont le crime fait qu'on balaie ses cendres d'un Panthéon profané? C'est vraisemblablement ceci qui règle la conduite de Robespierre à l'égard de la « femme Riquetti ». On ne la trouve point pourvue du poste qu'elle sollicite, et cette dévote trouve son Dieu réfractaire à la sollicitation. Et sa lettre, la voici :
Ce 30 germinal, l'an II de la République.
Cher Robespierre, ne crois pas que Tintérôt me domine jamais. Je propose au Comité de Salut public de me rendre utile, en apprenant à lire, écrire, travailler la musique; enseigner dans le Catéchisme de la Na^
tare. Va, 6, c, qui a été présenté à la Conveation. J'assiste sans cesse aux séances ; c'est un code d'instruction qui nourrit le cœur et l'esprit ; de là je vais aux Jacobins. Les principes de vertu que tu exprimes, autant dans tes paroles que dans tes actions, m'ont fait concevoir le projet d'instruire les enfans gratis. Je ferais tort à des officiers, à des femmes de la patrie... Non, citoyen, l'on ne me corrompra jamais ; tu peux croire que j'aimerais mieux mourir de misère pour la vertu, cela n'est pas déshonorant; mais l'or, corrompu par le vice, prend une acrimonie qui empoisonne la conscience et les mœurs. La Grèce a été perdue par le luxe. Les Romains étaient vertueux, ils menaient une vie frugale; l'âme s'agrandit par la fatigue, s'endurcit au vice et se renouvelle à la vertu. Mon cher Robespierre, non, je ne te quitterai jamais ; ne crains pas cela; j'aurai des vertus en suivant tes conseils et tes exemples ; et, loin de toi peut-être, un autre air que le sol que tu habites me perdrait. Non; ferme et invariable, tu es un aigle qui plane dans les cieux ; ton esprit, ton cœur est séduisant ; l'amour du bien' est ton cri d'alarme; le mien est que tu vives longtemps pour le bonheur d'une Convention que j'aime. Je me flatte que tu auras égard à ma demande. Je n'ai d'autre désir que de me rendre utile à la République que j'aime. Compte sur mon cœur.
Je suis ta concitoyenne, qui te salue avec fraternité.
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Au cilogen Robespierre, député à la Convention nationale, au Comité de Salut public (i).
(1) Bebville et Barrière, ouvr. cil., t. II, pp. 166, 166. — La pièce est accompagnée de cette note : « En marge est écrit au crayon : Sœur de Mirabeau. >
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Ce que Robespierre a cru de toutes ces protestations, la suite donnée à la lettre y répond. Il n*a pas admis le désintéressement de celle dont le nom môme était la négation de tout sacrifice à Tidéal civique. Eut-il tort? Mais, grâce à elle, il est, une fois de plus, possible de souligner l'attraction exercée par Maximilien sur les caractères féminins. On voit le sentiment secret mêlé à ces enthousiasmes politiques, la teinte passionnée dont ils se colorent assez maladroitement. L'attraction s'exerce d'autant plus irrésistiblement que Thomme y est rebelle et s'y refuse. C'est parce qu'il ne cède pas et qu'il demeure à l'austère altitude où il se veut, qu'il domine toutes celles qui l'enveloppent du tourbillon de leurs désirs. Il donne le rare exemple d'y résister, de préférer la Patrie à l'Amour, et le respect de soi-même, au sourire complaisant et égrillard d'une postérité, assez basse, pour ne point comprendre la noblesse de sa renonciation.
KipuBLiQVE Prakçaub.