TROUVÉ A LA MAISON COMMCJNE
ikaOUN sair qued^ui t^i nmr du 9 au lo rbcrcD dor , lorsque la commune SACOhtTE cuurhott au m»cneni dt &a penc , Bobespicrre' quhca un ensuite le lieu des séances du cctnseiic>gt^néra( ^ chacun sair qlll'' hc rira un coup de pfstorei. Mai$ ce qi>e çbACQA ne^ «^ Bail, pas , et ce que Papprens ^ toat le moiMlô ^(V. «u^arani de brûiti U fa^aie amuice iti^^OJÊtisgs^^ .,
Un pamphlet thermidorien.
Robespierre excepté de la proscription générale prononcée par roligarchie britannique contre les hommes de la Terreur. Sans doute, on ne le loue pas, mais on fait mieux: on le place au-dessus de la tourbe conventionnelle. On le hausse au-dessus des autres acteurs de la tragédie. Nettement il est indiqué comme le Mattre de demain, le Mattre d'un régime restauré que, dans la confusion présente, il prépare. C'est le chef des Jacobins, soit, le Jacobinisme, lui-même, mais si on traite un jour, ce ne sera qu'avec lui. Barére dénonce ce sentiment, dans la séance de la Convention du 7 prairial an II, comme une calomnie destinée à perdre Robespierre (1). De fait il se trompe, et attribue à la haine du jacobinisme ce qui n'est que Teffet de la reconnaissance tacite d'une puissance indiscutable, de jouren jour affermie. C'est pourquoi, répétons-le, il est assurément curieux d'en trouver un des premiers échos sous la plume d'une femme. Et le ton mérite d'en retenir l'attention.
Monsieur, lui écrit-elle, je n'aime pas la dissimulation; je ne la pratique jamais en aucune occasion envers personne, et je n'endure pas qu'on la pratique envers moi. Vous en avez usé, Monsieur, vis-à-vis de moi. Vous m*avez fait accroire que vous acceptiez, pour le bien de la chose publique, ma petite offrande, et vous ne Tavez pas acceptée.
(1) Voyez les pp. 6, 7, 8, du Rapport êur leê crimeê de VAn^ gleierre envers le peuple françai^^ et sur ses attentats contre la liberté des nations^ fait au nom du Comité de Salut Public^ par Sarère^ dans la séance du 7 prairial^ Van second de la République une et indivisible^ imprimé par ordre de la Convention; de rimprimerie nationale, in-8.
LE SAftDANAPALE DE LA TERREUR 2ol
Ce qu'elle explique ensuite, prouve qu'elle a une certaine fortune et qu'elle a mis l'argent à la disposition de Robespierre, par un bon sur ses banquiers.
Les comptes de recette et de déboursement que mes banquiers viennent, selon leur annuelle coutume, de me transmettre, en font preuve. Mon illusion a été bien douce et bien agréable, et mon réveil en est d'autant plus pénible. Vous êtes obligé, Monsieur, en honneur, ainsi que par pitié, de m'en dédommager par des réalités. Si la date de cet ordre faisait un obstacle à sa négociation, veuillez me le renvoyer, et j'en ferai un autre revêtu de toutes les formalités requises pour son immédiate acceptation.
Et, pour le décider, elle lui rappelle sa promesse d'une lettre qui semble bien définitivement perdue. Lacune regrettable à tous les titres, d'abord pour les raisons qu'exposait Robespierre, ensuite parce que c'était là la lettre à une femme, et qu'un document de cette nature méritait d'être connu.
Vous avez contracté. Monsieur, continue TAnglaise, l'obligation de Taccepter et de vous en faire payer en venant ici (1) m'assurer de l'usage que vous comptez en faire. Ne méprisez pas ainsi les Anglais ; ne traitez pas avec cette humiliante dépréciation la bégayante aspiration de bonne volonté, envers la cause commune de tous les peuples, d'une Anglaise.
Les Français étaient autrefois célèbres par leur complaisance pour le sexe le plus faible, et le plus sensible par là même aux injures. Malheur à nous, si
(1) Le texte donné par Berville et Barrière donne la date de la lettre sans indication de lieu. Le catalogue Laverdet, ci-dessus cité, l'annonce comme venant de Fresnel (ou Tresnel).
la Révolution nous ôte ce précieux privilège I Mais je réclame un plus juste droit: ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit
Dans la plus persévérante détermination de chercher satisfaction jusqu'à ce que je l'obtienne,
J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre vindicative ser\'ante.
Theeman Stephen.
12 janvier 1792.
A M, Robespierre, ancien député de V Assemblée ConstituanUy maison de M, Dupley^ menuisier^ rue Saint- Honoré, vis-à-vis celle Saint- Florentin, à Paris (1).
Ce que fut la suite de cette correspondance on l'ignore. Mais le fait d'y voir Robespierre refuser de l'argent, fait aisément comprendre pourquoi Courtois s'empressa de l'omettre dans son rapport de nivôse an III. Il assure n'avoir point voulu grossir démesurément son petit travail. Il y paraît.
A l'abri de la ferveur civique dont elles faisaient montre, toutes ces lettres n'abordaient pas nettement la question d'amour. Avec l'épître d'une jeune Nantaise nous y arriverons.
Cette lettre, quoiqu'ignorée de Courtois comme de Berville et Barrière, provient incontestablement des papiers saisis chez Robespierre après Thermidor. Elle faisait partie de la fameuse collection du colonel Maurin, composée, comme on le sait, des papiers de Palloy, le démolisseur-exploiteur de la Bastille, et d'Albertine Marat, la sœur de l'Ami du Peuple. Au
(1) Berville et BAiouàRE, ouvr. c<7., t. II, pp. 163, 164.
catalogue Maurin, elle figura en 1862, sous le n* 368 (4**) (1). La vente n'eut pas lieu et la collection^ cédée à l'amiable, fut répartie entre divers amateurs. Une grosse partie cependant vint constituer le cabinet de l'expert Etienne Charavay, qui vendit vraisemblablement cette lettre de la jeune Nantaise, avec un lot d'autres missives adressées à Robespierre, à M. Benjamin Fillon (2). Grâce à ce dernier, la lettre est connue intégralement, et on doit s'en féliciter, car nul document n'éclaire, plus complètement les dessous physiologiques du culte féminin voué à Robespierre.
Ce 13 prairial, Tan 2*.
Mon cher Robespierre,
Depuis le commencement de la révolution je suis amoureuse de toi, mais j'étais enchaînée et j'ai su vincre ma passion. Aujourd'hui que je suis libre, parce que j*ai perdu mon mari dan» la guerre de Vendée, je veux, en face de l'Être Suprême, t'en faire la déclaration.
Je me flatte, mon cher Robespierre, que tu seras sensible à Taveu que je te fais. Il en coûte à une femme de faire un tel aveu, mais le papier soufre tout et on rougi moins de loin qu'en face l'un de l'autre. Tu es ma divinité suprême et je n'en connais d'autres sur la terre que toi : je te regarde comme mon ange tutel-
(1) Catalogue dune importante collection de documents autographes et historiques aur la Révolution française^ depuis le 13 Juillet 1789 jusqu'au 18 brumaire an VIII. Paris, Charavay, libraire, expert en autographes, rue des Grands-Augustins, 26 (ci-devant rue des St. -Pères), 1862, in-8, p. 243.
(2) Inventaire Benjamin Fillon,.,, déjà cit., 631, 16«. — La lettre y est indiquée comme ayant 1 p. 1/4 in-4. -~ Voyez aussi Uamel, ouvr, cit,y t. III, p. 624.
laire et ne veux vivre que sous tes lois ; elles sout si douces que je te fais le serment, si tu es aussi libre que moi, de m'unir avec toi pour la vie. Je t*oflfre pour dot les vrais qualités d'une bonne républicaine, 40.000 francs de rente et être une jeune veuve de 22 ans. Si cette offre te convient, répond moi, je Ven supplie. Mon adresse est à la veuve jakiu, poste restante, à Nantes. Si je te prie de me l'adresser poste restante, c'est que je crains que ma mère ne me gronde de mon étourderie. Si je suis assez heureuse pour obtenir de toi une réponse favorable, je m'empresserai de lui montrer. Pour lors plus de mistére. Adieu, mon bien aimé. Songe à la petite Nantaise et à cette malheureuse cité qui est bien affligée par le fléau de la guerre. Comme ton mérite te donne beaucoup d'influence dans TAssemblée, fais donc tes efforts pour nous délivrer de la misère où nous sommes. Je ne parle pas pour moi, mais pour tous les braves sans-culottes et bons citoyens. Réponds-moi, je t'en supplie, sinon je me rendrai importune dans mes écrits. Adieu encore une fois. Songe à l'infortunée qui ne vit que pour toi.
Ne m'est point le cachet de la Convention. Ecris-moi comme un simple particulier (1).
Et naïvement, elle écrit cela de sa main maladroite, conflant au rugueux papier le secret de son âme bondissante. Comment le voit-elle, ce Robespierre, dont elle est amoureuse depuis Taurore de sa gloire ?
Comment Tévoque-t-elle, le grand homme dont elle ne sait rien, sinon qu'il est, là-bas, le maître, et
(1) Revue des documents historiques, suite de pièces curieuses et inédites publiées avec des notes et des commentaires, par Etienne Charavay, archiviste paléographe. Paris, 1877, in-8, t. IV, pp. 88, 89.
auquel, rougissante, palpitante, anxieuse et éperdue^ elle s'offre? II est sa divinité, son ange « tutellaire »», comme elle l'écrit, et sans doute, le soir, pâle au souvenir de son audace, elle Timagine, lisant, là-bas, dans la grande ville, sa pauvre lettre provinciale. Si elle savait ! Si elle le voyait, lui, son dieu, son héros et son amant, dans sa triste chambre de la maison Duplay, penché sur sa méchante table de bois, dans le décor nu et rude de sa vie austère ! Pauvre petite Nantaise qui rêve peut-être de son grand homme, avantageusement campé dans le luxe d'un palais royal abandonné à la révolution I
C'est là sans doute l'image qu'elle conservera de lui, éclatante, radieuse et charmante, la vision du Robespierre de prairial, promulguant son culte consolateur à une tribune que sa parole hausse à l'immortalité ! Elle ne sait pas, elle ne saura peut-être jamais, que par un soir de juin, lourd et tiède, chargé des parfums épars de l'été parisien, il a brisé le cachet de la lettre amoureuse, dans le pauvre réduit qui est son royaume et son palais, à ce tyran, à ce dictateur. Soir de prairial^ plein de Todeur des feuillages du jardin conventuel proche, plein de phalènes qui se heurtent à la flamme vive et inclinée de la table, soir où éclatent, dans la rue, le rire des enfants et la voix des gens qui hument le frais sur le pas de leurs portes ! Et lui qui, par la retraite nocturne, se prépare à la Pentecôte civique du 20 prairial, lit cette lettre confîante et ingénue, et rêve sur les lignes qui lui tremblent un peu devant les yeux. Quel coup de fouet à la chair domptée et vaincue par le plus austère devoir I Quelles visions levées soudain derrière les paupières closes! Elle est là-bas, l'amoureuse qui
s'offre, Tamante qui attend et espère. C'est peut-être le bonheur, le simple bonheur d'une vie sans tourmentes, le foyer, la tendresse» Técran d'or des lampes familières, la fenêtre ouverte sur un noble et bel horizon, la maison pleine de roses et claire de sourires... Qu'il dise un mot, et tout cela sera à celui, ce sort heureux et vulgaire sera le sien. Bonheur banal et sûr !
Ce soir est lui-même complice de la tentation. Le rire des enfants monte; les voix babillent, et l'odeur des charmilles conventuelles s'alanguit, tratue, tenace, pénétrante, indicible... Et la paix de la nuit de prarial... Et l'appel du bonheur sous la clémence ineffable du ciel clairoùluit l'errante lueur desconstellations...
Alors il ouvre les yeux, voit la table, la lampe, les feuilles éparses où sèche l'encre du prochain discours... il voit tout cela, son présent, et la promesse fatale levée de son avenir... Il a choisi.
Pauvre et petite Nantaise amoureuse, qui espérera deux mois encore sa réponse, et ne Tattendra plus quand l'écho du couperet du lo thermidor aura retenti à travers la France, et pour l'éternité.
yic;
M. ïiOBERTSPIEKRE,
Un porlnit populaire de 1789