‹ Robespierre et les femmes: d'après des documents nouveaux et des piècesChapitre 33 sur 49 · DES CITOYENS · texte numérisé non relu

DES CITOYENS

U^. LXXXU,

PAB TaLLXBN.

DÉPUTÉ A LA COMVENTION NATIONALlî.

« assassiner n'est pas répondre »i

Du ler. Vendémiaire y cr^isième ann^e répubUcai!>ff/

Que les mëchans , les ambitieux , tes iiuri* guans et les fripons tremblent ; le jour de la vérité et (le la jusitice est enfin arrivé,

La liberté de la presse est reconquise; des milliers d*écrits lumineux sortent déjà de toutes parts , et bientôt sans doute de nouveaux vont eacone parottre. La liberté des opinions , arm^a du flambeau de la raison , vient d'une main assurée tracer au p'euple si long- temps trompé la route qu il doit désormais tenir pour parve-

Un journal thermidorien.

dit,il s'abstenait de paratlreau Comité, de prendre pari aux délibérations de ses collègues dont il devinait ThosUlité, la mauvaise foi, le désir de secouer son joug de vertu tyranni que. Intervenir dans TaiTaire eût donné corps aux clabauderies de la crapule qui préparait, en coup final, la journée du prochain Thermidor.

El cependant Robespierre intervint dans l'affaire Renault. Comment ? Il est impossible de le savoir avec certitude, mais le fait est certain. Cécile Renault avait deux frères. L'atné, âgé de 82 ans, fut arrêté chez son père, à Paris. L'autre était aux armées^ Au lendemain du 4i mandé à Paris où il n'arriva qu'après la sanglante soirée du 29, coupable, — servons-nous de cet euphémisme — au môme titre que son père, son oncle et sa tante, du crime de sa sœur, il attendait à Sainte-Pélagie sa comparution devant le Tribunal révolutionnaire. C'est de là qu'il prit le parti, courageux et audacieux, d'écrire à Robespierre pour implorer sa clémence. C'est une lettre peu connue, et de quelle importance, cepen dant, dans cette cause si tragiquement défigurée î

Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort !

Du 16 messidor. Tan II de la République Française une, indivisible, impérissable.

Renault, quartier^maître du deuxième bataillon de Paris, au citoyen Robespierre, représentant du peuple.

Citoyen,

Si j'étais complice de celle qui chercha à te percer le sein, j'aurais prévenu la vengeance des lois, puisque j'appris ce forfait et m'en affligeai avant d*ôtre arrêté. Mais, calme de mon innocence, je n'ai à rougir que d'ôtre le frère de celle qui a voulu assassiner un des

meilleurs amis de la patrie, tandis que je ne cherchais qu'à en détruire les ennemis ; quel contraste de caractère! mais je n'en suis pas moins malheureux.

Incarcéré sans doute par suspicion, n'ai-je pas à craindre une longue détention; n'ai-je pas à craindre de ne pouvoir de longtemps partager la gloire de mes frères d'armes et d'être privé de Thonneur de servir ma patrie, dans l'instant qu'elle appelle tous ses enfans à sa défense. Ces réflexions m'affligent et m'anéantissent. Mais, quoi 1 les fautes ne sont-elles donc pas personnelles, et punit-on l'innocent pour cause de proximité de sang avec le coupable? Je ne puis me le persuader ; le juste a toujours ses droits; mais qui fera valoir les miens? Seul, abandonné, sans appui que ma faible innocence, à qui avoir recours? A toi, Robespierre I toi, qui dois avoir en horreur toute ma génération si tu n'étais pas généreux. Aide-moi à passer l'éponge de la vertu sur un tableau qui déshonore le patriotisme. Sois mon avocat. Tu peux faire un effort si sublime. Je te fournirai les moyens nécessaires à ma justification, et la voici : Ma conduite morale et politique, sur laquelle je ne crains pas la plus scrupuleuse information, le zèle constant avec lequel j'ai servi ma patrie contre ses ennemis conjurés, les témoignages avantageux que j'ai mérités de tout mon corps, l'horreur et la douleur que j'ai éprouvées et témoignées lorsque j'ai appris, avant d'être arrêté, le crime et son auteur, enfin ma jeunesse qui m'annonce un long terme à servir glorieusement ma patrie. En faut-il davantage à ton grand cœur, pour opérer une belle action et me faire renvoyer à mon poste, où, et toute ma vie, en me rappelant ta vertu, tu seras l'idole de ma reconnaissance.

Salut et fraternité. Renault (1).

(1) Berville et Barrière, ouor. cit., t. I, pp. 196, 197. -— Cette pièce, 1 p. 1/2 in-folio, figura dans la collection Ben-

<c Sois mon avocat ! » s'écriait le prisonnier. Il ne passa pas au Tribunal révolutionnaire et fut libéré le premier fructidor an II. Â cette date les Thermidoriens pouvaient s'attribuer le mérite d'avoir sauvé cette tête (i).

Dans ce temps ils diffamaient la sœur : ils en faisaient la maîtresse de Robespierre. Si CSécile avait été guillotinée, c'est parce qu'elle fatiguait Maximilien de son amour (2). Ce Sardanapale se débarrassait de ses conquêtes encombrantes en les envoyant « jouer à la main chaude », ou « passer la tête au vasistas », comme disait Vadier.

Au lendemain même du 10 thermidor, Taccusation s'étalait tout au long dans un de ces pamphlets hurlés par les rues, imprimés sur un rugueux papier avec des caractères raboteux. C'était à la fois diffamer le mort de la veille et outrager la guillotinée du 29 prairial. Et le pamphlet disait :

Maintenant que la crainte de Texécrable tyran dont la France s'est purgée ne retient plus la vérité captive dans rinjustice (sic), elle se montre de toutes parts et des révléations (sic) ajoutent chaque jour quelques nouveaux motifs à la profonde horreur qu'inspire le seul nom de ce monstre.

On se souvient de la fille Regnault, livrée au tribunal révolutionnaire et condamnée à mort avec son père,

jamin Fillon, sous le n* 631, 11*. Elle y est qualifiée « d'une rare platitude » .

(1) Les historieDS thermidoriens ont trouvé préférable de faire guillotiner les frères avec la sœur. Voyez notamment Alisson, Histoire de FEurope, signalé par Louis Blanc, ouvr, cit., t. XI, p. 69.

(2) Histoire de la Révolution par deux amis de la liberté, t. XIII, p. 313. — Cité par Louis Blanc, ouvr, cit., t. XI, p. 83.

son frère et une vieille tante; la première comme ayant tenté d'assassiner Robespierre, les autres comme complices de cet attentat. Eh bien ! on assure aujourd'hui que c'est encore là un des crimes attroces (sic) du Catilina moderne pour se rendre plus cher aux yeux d'un peuple qu'il trahissait si indignement.

La fille Regnault, dit-on, bien loin de vouloir attenter aux jours de Robespierre, en était éperduement amoureuse, et se voyait délaissée après avoir vécu avec lui dans l'union la plus intime, Ne pouvant supporter cet abandon, elle assiégeait la maison de Robespierre, se plaignait de son infidélité et en était toujours rebutée. Fatigué de ses importunités, Robespierre imagina de s'en débarrasser, et par un raffinement de scélératesse bien digne de lui, de l'immoler à sa réputation, après l'avoir sacrifiée à ses infâmes plaisirs. Il la dénonce comme ayant voulu l'assassiner; son infortunée famille est comprise dans l'accusation : elle périt tout entière sur l'échafaud, et le monstre, couvert du sang de ces nouvelles victimes, s'applaudit, triomphe et médite les nouveaux forfaits qui. en ont enfin délivré l'humanité (1).

Ce n*est pas à ceux qui nous ont suivi jusqu'ici que nous entreprendrons de démontrer la puérilité de la calomnie. Ce qu*on y retrouve, et il faut le souligner, c'est le coup de patte thermidorien, cette accusation contre un Robespierre qui, par cinquantequatre tètes coupées, veut faire juger de la valeur de la sienne. Toute la tactique de la bande du Comité

(1) Véritable portrait de Catilina Robespierre, tiré d'après nature; se trouve à Paris, chez le citoyen Hamand, rue Éloy, n» 17, près le Palais de justice; et chez le citoyen Berté, rue Honoré n^ 41, en face la rue Florentin ; s. d. (1794), in-«, pp. 7, 8.

de Sûreté générale est là. En donnant Cécile pour maîtresse à Maximilien, on tentait, assez maladroitement, et vainement au surplus, de la dissimuler. La malice était cousue de fil rouge«

Mais, dans le fait de cette tentative criminelle si puérile, ne retrouve-l-on pas encore rinfluence de Robespierre sur les femmes ? Il est vrai que celle-ci le considère comme un tyran, et que c'est « pour voir comment un tyran est fait », qu'elle se rend chez lui. Quel sentiment est le sien? Est-ce du mysticisme névrosé, la hantise du coup de Charlotte Corday, ou une innocente folie ? Tout cela à la fois» vraisemblablement. Au surplus, de ses réponses à l'interrogatoire du 4 prairial", il appert que Cécile Renault ne jouissait pas de toutes ses facultés (i). C'est une folle peu dangereuse, douce, naïve, quelque chose comme une illuminée. Là dedans point de délit, point de crime, et le seul qu'on pourrait lui reprocher serait, d'avoir été l'innocente cause de cette énorme flaque de sang de l'holocauste du 29 prairial, vers laquelle on poussa Robespierre, où il trébucha et tomba (2)...

(1) « Cette jeune fille qui semblait avoir quelqu'exaltation dans les idées, et même quelque désordre par le mouvement égaré de ses yeux... » Riouffe, Mémoires cTun détenu pour servir à Vhisloire de la tyrannie de Robespierre ; s. 1. an III, in-8, p. 81.

(2) Finissons par un curieux rapprochement. Le 16 janvier 1863, un fils de Mme Tallien ~ cette cause indirecte du 9 thermidor ! — le docteur Cabarrus, recommandait au directeur du Palais-Royal une jeune actrice à laquelle il portait de rintérét. Et cette jeune actrice s'appelait... Cécile Renaud I — La lettre, 1 page in-8, était offerte au prix de 4 francs au Catalogue Noël Charavay^ n* 363, janvier 1906, pièce n* 66892.

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