DISCOURS DE ROBESPIERRE CONTRE LE BONNET ROUGE
Nous avons dit dans quelles circonstances Robespierre fut amené à se prononcer contre le port du bonnet rouge, dans la séance des Jacobins du 19 mars 4792. Il le fit avec une habileté extrême qui lui rallia tous les suffrages de la société. On trouve un écho de ce discours dans un article de Prudhomme, daté du U mai suivant, et conseillant de garder le bonnet rouge pour les jours de péril en signe de ralliement, •c A la vue du premier bonnet rouge sur la tête d'un bon citoyen bien connu pour tel, disait-il, rallions-nous autour de lui, en nous couvrant à son exemple (i). > Robespierre répondit en ces termes à la lettre de Pétion aux Jacobins :
Je respecte, comme le maire de Paris, tout ce qui est Timage de la liberté ; mais nous avons un signe qui nous rappelle sans cesse le serment de vivre libres ou de mourir, et ce signe, le voilà ! (// montre sa cocarde.)
(1) Révolutiom de Paris, n» 141, 24 mars 1792,
En déposant le bonnet rouge, les citoyens qui l'avaient pris par un patriotisme louable, ne perdront rien. Les amis de la liberté continueront à se reconnaître sans peine au même langage, au signe de la raison et de la vertu, tandis que tous les autres emblèmes peuvent être adoptés par les aristocrates et les traîtres.
Il faut, dit-on, employer de nouveaux moyens pour ranimer le peuple. Non, car il a conservé le sentiment le plus profond de la patrie. C'est lui qui attend constamment le jour du bonheur commun, retardé par les perfides intrigues de ceux qui ont voulu le mettre dans les fers. Le peuple n'a pas besoin d'être excité, il faut seulement qu'il soit bien défendu. C'est le dégrader que de croire qu'il est sensible à des marques extérieures. Elles ne pourraient que le détourner de l'attention qu'il donne aux principes de liberté et aux actes des mandataires auxquels il a confié sa destinée.
Je vous rappelle, au nom de la France, à l'étendard qui seul en impose à ses ennemis, le seul qui puisse rallier à vous tous ceux que l'intrigue a trompés. Ils voudraient, vos ennemis, vous faire oublier votre dignité, pour vous montrer comme des hommes frivoles et livrés à un esprit de faction. Vous devez donc vous décider à ne conserver que la cocarde et le drapeau^ sous les auspices desquels est née la Constitution. — J'appuie les propositions de M. Pétion, et je demande que la Société ordonne l'impression et l'envoi de sa lettre à toutes les sociétés affiliées, comme exprimant nos vrais principes (i).
(1) Œuvres de Maximilien Robespierre,., t. I, pp. 300, 301. — A. Vbrmorel, voL cit,, p. 31, ne donne qu'un court extrait de ce discours où s'exprime beaucoup plus le Robespierre élégant que le Robespierre homme politique.
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