LETTRE DE M"® DUPLAY A SA FILLE
La lettre que voici n'a point été publiée dans le Rapport de Courtois. Omise ou supprimée par lui, elle n'a été donnée qu'en 1828, par Berville et Barrière dans leur édition complète du Rapport, tome III, pp. 230, 531. La lettre n'est point datée. Les éditeurs y ont suppléé par une note au bas de la pièce: «Ce brouillon de lettre, écrit par la femme Duplay, après le 9 thermidor, parait destiné à sa fîlle. » C'était là une affirmation aussi péremptoire qu'inexacte. En effet, les éditeurs oubliaient que la femme Duplay arrêtée avec sa famille le 10 thermidor, avait été trouvée morte le 11 thermidor, au matin, par les guichetiers de Sainte- Pélagie, ainsi qu'il résulte du procès-verbal de la section des Sans-Culottes, faisant partie de la collection Le Bas. Il semble bien que la femme Duplay n'ait pas eu le loisir d'écrire à sa fille à cette date. D*autre part le texte, à lui seul, donne un démenti à Taffirmation de Berville et Barrière. Il y est parlé du peuple qui doit
se lever € pour terrasser tous les scélérats qui n'ont pas voulu la mort du tyran >. Or» à qui peut s'appliquer ce grief, sinon aux Girondins? C'est donc bien au .début du mois de mai 1793 qu'il convient de placer la date de cette lettre, incontestablement adressée par Mme Duplay à sa fille Sophie, la seule qui ne demeurât point chez elle.
Vous me marquez par votre dernière, que vous m*avez écrit plusieurs fois, et cependant je n*ai reçu qu'une de vos lettres depuis le mois de septembre. Votre silence m'affligeait sensiblement ; je croyais que vous aviez oublié votre mère. Je vous aurais néanmoins donné de mes nouvelles ; mais, sachant que vos frères vous avaient écrit, j'attendais que vous vous ressouvinssiez de moi.
Nous sommes ici dans des transes continuelles : nos perfides mandataires, bien loin de s'occuper de faire le bonheur du peuple et d'élever la liberté naissante sur des bases solides, cherchent au contraire à l'avilir et à l'étouffer. La voix de la vérité ne peut plus se faire entendre dans la Convention ; enfin la scélératesse y est à son comble. Le peu de patriotes qui sont restés purs ont lutté jusques à présent avec courage, mais je les vois sur le point de succomber, et la liberté sur le point d'être détruite pour jamais, si le peuple ne se lève pas pour terrasser tous les scélérats qui n'ont pas voulu la mort du tyran. Que vous dirais-je de plus ? Giraud même a déserté la cause du peuple, pour se ranger du côté des coquins, et il n'en est pas le moindre.
Voilà où nous en sommes : ajoutez à cela le dérangement de nos affaires; votre père a été obligé de reprendre son état. Aucune de nos maisons n'est louée ;
mais nous nous consolerons de cela, s'il en résultait quelque chose pour l'intérêt public...
Cette lettre ne dément point ce que Fabien Pillet, secrétaire du Comité de Sûreté Générale^ a dit de Mme Duplay, à savoir que, depuis l'entrée de Robes^ pierre chez elle, elle s'occupait activement de politique, et que les tribunes des Jacobins et de la Convention n'avaient pas une plus fidèle habituée.
Exécution de Robespierre et de ses compli^ VexicuHon a lieu le 10 thermidor an II.
;, conspirateurs contre la liberté et l'égalité.
(D'après une gravure allemande.)