‹ Robespierre et les femmes: d'après des documents nouveaux et des piècesChapitre 7 sur 49 · AU MORAL · texte numérisé non relu

AU MORAL

Son portrait moral, Robespierre s'est, heureusement pour lui, chargé de nous le léguer lui-même. Ce qu*on possède de ses papiers nous permet de deviner son âme, d'analyser son caractère. Au moral comme au physique il a été travesti, dénaturé. Analysé, le masque tombe, et c*est un autre Robespierre que celui de la légende thermidorienne qui nous apparaît. Ce qu'il est jeune homme, ses vers, ses lettres, sa vie, nous le disent. Ce qu'il est, homme politique, les harangues tombées de ses lèvres aux tribunes publiques, nous l'apprennent. Jeune, il est « un peu porté à la mélancolie (i) ». Sans doute, et comment en serait-il autrement dans cet Artois humide et gris, devant ces paysages nostalgiques et uniformes? Homme mûr, il est bien, suivant l'excellent jugement de Louis Blanc, « le sombre, l'austère, le sobre, le

(1) Jban Bernard, vol. cii., p. 8.

circonspect Robespierre (i) ». Ce sont là ses qualités, et dans l'explosion révolutionnaire de 89 et de 98 qui grise les cerveaux, donne à la France la névrose guerrière et sanglante, ces qualités deviennent des vertus. Vertu que Taustérité aux temps où le Palais Égalité est un énorme lupanar public, où Mirabeau meurt d'excès sexuels, et où les énormes « ribotes » de Danton mènent, jupes au vent, gorges à nu, des filles faciles dans les vide-bouteilles des bords de la Seine. Vertu que la sobriété, à Tépoque où les observateurs de Tesprit public signalent et dénoncent des repas à 100 livres par tête (2). Vertu encore que la circonspection alorsquetant d'oreilles seprôtent aux conlidences qui seront demain des trahisons. Seule vertu dans un temps où tant s'en flattent et si peu la montrent I A quoi bon prolonger ici la défense de Robespierre? Dans cette cause toujours pendante, chaque fait, chaque geste^ apporte un argument toujours irrécusable et plaide en sa faveur. Il n'attend de la postérité d'autre justice que celle qu'il convient de rendre à tout accusé.

(1) Louis Blanc, Histoire de la Révolution française, Paris, 1861, in-8, t. XI, p. 74.

(2) Cf. notre volume les Filles publiques sous la Terreur, d'après les rapports de la police secrète et des documents inédits des Archives Nationales. Paris, 1908, in-16, p. 220 et passim.

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